La petite fille sur la banquise – Adélaïde Bon

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Résumé : Quand ses parents trouvent Adélaïde muette, pleurant sans savoir dire pourquoi, ils l’emmènent au commissariat et porte plainte contre X pour attouchements sexuels. Elle grandit sans rien laisser paraître, le sourire aux lèvres. Des années de souffrance et de solitude, à se battre contre les méduses. Vingt-trois ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs, un suspect a été arrêté. Tout s’accélère.

« Elle ne sent pas les méduses s’immiscer en elle ce jour-là, elle ne sait pas qu’elles vont la déporter de sa route, l’attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu’au moindre de ses pas, la faire douter de ses poings, rétrécir année après année le monde qui l’entoure à une poche d’air sans issue. Personne ne la prévient, personne ne lui explique, le monde s’est tu. »

Mon avis : Il y a des romans qui laissent des traces, parfois diffuses et éphémères, souvent indélébiles et profondes. C’est le cas avec La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. Avec une grande maîtrise des mots et une spontanéité sans faille, elle nous livre ici un témoignage poignant et d’une grande puissance. Jeune fille bercée par des parents de bonne famille, elle évolue dans les quartiers huppés du seizième arrondissement de Paris quand un malheureux jour du mois de mai, tout bascule, sa vie s’arrête, elle prend sans le vouloir un aller simple direction les enfers où elle fera alors la connaissance de ses « méduses » que l’on nommera angoisse, crise, boulimie, cauchemars, panique et cætera. Il a suffi d’un homme, d’un seul pour qu’elle tombe dans un monde qui n’est pas le sien, un monde qu’elle ne mérite pas, mais qui est désormais à elle. Elle n’a alors que neuf ans.
Viennent ensuite des années de combats acharnés pour retrouver un semblant de paix, entre confrontation avec des pédiatres, psychologues, séances de yoga pour la voix, psychothérapies, stages et cætera, rien y fait, elle semble tout aussi perdue. Comment définir les maux quand on ne se souvient pas de la cause? Elle souffre d’une amnésie traumatique, il lui faut le déclic, le facteur déclencheur qui la ramènera sur le chemin de la vie, de l’espoir. Cette étincelle viendra à elle après vingt-trois ans dans l’oubli, grâce à des personnes exceptionnelles mais aussi à un mot, un seul : VIOL. De là, le procès, l’homme est retrouvé… tout s’accélère. Parfois il suffit d’un mot pour guérir les maux.
D’une plume sans fioriture nous partageons avec Adélaïde son histoire, sa vie et son combat. Un roman bouleversant qui nous prend aux tripes et ne nous laisse pas indifférent. Ici, le tabou se brise, les sentiments se bousculent et les yeux se mouillent. Je conseille vivement cette lecture, souvent difficile mais tellement vraie dont les détails psychologiques sont extrêmement bien détaillés.
Un immense merci à Adélaïde Bon de soulever le voile sur la pédérastie (du grec ancien παῖς / paîs, « enfant », et ἐραστής / erastếs, « amant ») , une respectueuse révérence à votre force ainsi que vos mots et merci pour cette confession qui marquera, j’en suis sûr, la littérature française.

Extrait choisi :  Est-ce qu’elle s’est essuyé la bouche du revers de la main, passé la langue sur les dents, recoiffé un peu? Est-ce elle ou lui qui a remonté la culotte, remis un semblant d’ordre dans la robe-tablier rouge, tiré sur le chemisier blanc? Elle le regarde en opinant du menton, comme les petits chiens qui hochent la tête sur les plages arrière des voitures. Je suis gentille, je suis jolie, j’aime ça, tu es mon ami, tu aimes mes grosses fesses, tu me fais du bien, je suis gourmande, je ne dirai rien, c’est notre secret, je te promets, je ne dirai rien. Des mots qu’il lui a dits et dont elle ne se souvient pas, pas plus qu’elle ne se souvient de ce qu’il lui a fait….

Quelques mots sur l’auteure : Adélaïde Bon est une comédienne et écrivain née en France en 1981 La petite fille sur la banquise est son premier roman publié aux éditions Grasset en 2018.

 

« Un grand merci pour votre soutien dans cette sphère étrange qu’est internet. J’espère que mes articles vous plaisent et que mes lectures et rencontres vous piquent la curiosité 🙂 J’espère être avec vous le plus longtemps possible 😉 » HANAE 

 

 

        

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