Publié dans littérature japonaise

Confession d’un masque – Yukio Mishima

Parution : 21 février 2019
Éditeur : Éditions GALLIMARD
Traduit du japonais par Dominique Palmé

Note de la maison d’éditions : C’est sur l’édition originale de 1949, établie par Kawade Shobô, que s’appuie la présente traduction. Nous nous sommes efforcée de rester aussi proche que possible de la ponctuation de Mishima, notamment concernant les tirets longs de plus d’un cadratin (_____) et les enchaînements de six points de suspension (……). Ce sont là des aspects fondamentaux de la recherche stylistique de l’auteur qui donnent au texte son rythme et son caractère singulier.

Résumé : Dans l’intimité de sa chambre, un jeune garçon s’éveille au désir en parcourant les pages d’un livre d’art. Obsédé par la beauté stupéfiante du corps nu, ligoté et mordu de flèches de saint Sébastien, il laisse libre cours à ses rêveries cruelles où l’objet de son fantasme est torturé, tué, dévoré. Dans la rue, il est attiré par des matelots et les petits voyous, et à l’école par un charismatique camarade de classe dont l’assurance et le charme subjuguent. Prenant peu à peu conscience de son attirance sexuelle pour les hommes, il tente de réprimer ses pulsions et se fabrique un masque social qu’il porte chaque jour aux yeux du monde. De l’enfance à l’âge adulte, il tentera à tout prix de se conformer à ce qu’il croit être la norme du désir. Mais cette comédie conventionnelle de l’hétérosexualité ne saurait le duper éternellement, et pour ne pas trahir plus longtemps son être profond, il devra trouver la force de regarder en face cette attirance qui le consume, et apprendre enfin, à vivre en paix avec lui-même.

Mon avis : Avec les mots de Yukio Mishima, l’expression « faire tomber le masque » prend enfin tout son sens. Confession d’un masque est un chef d’ouvre autobiographie qui a soulevé, à l’époque de sa sortie, un véritable scandale. (Remettons- nous dans le contexte historique, Yukio Mishima publie ce roman en 1949. Le japon sort d’une crise marquant l’histoire. Pays conservateur et patriotique, le caractère sadique et l’érotisme homosexuel que présentent magnifiquement ce roman ne sont donc, pour l’époque, pas très bien accueillis).
Yukio Mishima nous offre ici une véritable confession sur cet enfant, cet adolescent et ce jeune homme qu’il était à l’époque et qui était rempli de doutes, de questions et d’angoisses. En effet, ses penchants homosexuels, son attirance pour le morbide et l’auto-destruction, son attirance pour la virilité et sur la place qu’il possède dans ce monde vont le pousser à se créer un masque pour se fondre avec aisance dans cette société. Mais qu’on chasse le naturel, celui-ci revient au galop.
Bienvenue dans l’antre de la douleur, celle qui nous remet sans cesse dans la peau d’un homme que l’on occulte, celui qu’on est mais qu’on n’accepte pas. C’est un long chemin semé d’embûches que Yukio Mishima devra emprunter pour combattre ses propres démons et faire face aux regards qui jugent pour s’accepter enfin tel qu’il est.

Un roman introspectif, intime, réel et fantasmé au thème délicat qui frappe encore aujourd’hui notre société. Les mots d’une précision quasi chirurgicale foncent droit vers notre cœur pour remettre en questions nos propres croyances, nos idéaux et convictions. En sortant de notre zone de confort, nous réfléchissons sur ces conditions qui nous poussent à nous créer notre propre masque.

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La papeterie Tsubaki – Ogawa Ito

La papeterie Tsubaka - Ogawa Ito

Résumé :  A vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamukara, dans la papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues.

Mon avis : Quelle lecture étonnante rythmée avec lenteur et délicatesse sur l’art de vivre à la japonaise et l’univers extrêmement codifié d’un métier particulier qu’exerce notre narratrice Hatoko dite Poppo… Écrivain public.
Descendue d’une longue lignée d’écrivain public, Hatoko va faire ses armes auprès de son maître – qui n’est autre que sa grand-mère – sur l’art très maîtrisé des Kanjis, Irakana et Katakana.
De sa plume, elle calligraphie avec volupté et élégance des lettres en tout genre.
Vous souhaitez envoyer un lettre d’amitié, un faire-part pour un mariage, une naissance ou une simple missive. Rentrez donc dans la papeterie Tsubaki ou Hatoko vous accueillera autour d’un thé, cernera votre demande et votre personnalité pour donner naissance à une oeuvre d’art épistolaire. Voilà un roman rempli d’allégresse et de poésie ou l’air du numérique – textos, e-mails – sont mis au placard pour n’en garder que l’essentiel.

« C’est avec le corps qu’on écrit » 

Un magnifique roman que je vous conseille fortement. La plume d’Ogawa Ito est douce, veloutée et orchestrée par les quatre saisons de Kamakura.  

Extrait choisi : « Sur la vielle porte à deux battants vitrés en haut figurent les mots papeterie à gauche et Tsubaki à droite. Tsubaki, comme le grand camélia du Japon qui se dresse à l’entrée, véritable sentinelle chargée de protéger la maison.
La plaque en bois fixée à côté de la porte a beau être noircie, en regardant bien, on arrive à déchiffrer le nom d’Amemiya, tout délavé. Deux caractères d’une grande simplicité, mais magnifiques. Comme le nom de la boutique, c’est l’Aînée qui les a écrits.
La famille Amemiya est une lignée d’écrivains calligraphes qui remonte, paraît-il, à l’époque d’Edo, au XVII ième  siècle. Autrefois ils faisaient office de secrétaire et prenaient la plume pour les nobles et les seigneurs. Evidemment, avoir une belle écriture était une condition fondamentale.
Plus tard, à l’époque d’Edo, des femmes ont rempli ce rôle dans l’entourage féminin su shogun, au service de l’épouse officielle et des concubines aussi. L’une d’entre elles aurait fondé notre lignée. Depuis les femmes Amemiya sont écrivains publics et calligraphes de génération en génération. »

Quelques mots sur l’auteur : 

Ogawa Ito

Ogawa Ito est une écrivaine japonaise née en 1973 à Yamagata.
Ogawa Ito démarre l’écriture par la rédaction de chansons et de livres illustrés pour enfants. Saluée par la critique, La papeterie Tsubaki est son quatrième roman publiéaux éditions Philippe Picquier

Les précédents romans :

Le restaurant de l’amour retrouvé 
Le ruban 
Le jardin Arc-en-ciel

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Parfum de glace – Yôko Ogawa

Yôka Ogawa - parfum de glace

Résumé : À la mort de son compagnon, Ryoko réalise qu’elle ne savait rien de lui. Le jeune homme s’est suicidé dans son laboratoire de parfumeur, où il créait des fragrances exceptionnelles en combinant son incomparable mémoire olfactive à ses capacités scientifiques. Sur les lieux du drame, Ryoko trouve une disquette contenant quelques phrases énigmatiques. Incapable de faire le deuil de cet homme étrange, elle part à la rencontre de son passé.
Entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient, Yôko Ogawa atteint ici le cœur des êtres, la source de leur mémoire, pour exprimer l’indicible douleur de vivre.

Mon avis :  Une étonnante histoire pour une jolie leçon de vie.
Dans ce roman nous faisons connaissance avec d’étranges personnages. Leurs personnalités y sont complexes et parfois difficiles à cerner, à la limite du sauvage. Nous devons les dompter pour comprendre leur but, leur désir ainsi que leur motivation respectives. La qualité d’écriture de cette auteure nous met au parfum. C’est une véritable invitation dans un monde qui est le sien. Ce n’est pas le premier roman que je lis d’elle et j’ai remarqué que certains thèmes sont récurrents comme : le goût de l’inexplicable, la source de la mémoire, la symbolique entre le réel et l’imaginaire. Une des particularités que j’ai trouvée intéressante mais aussi curieuse, c’est que la romancière décrit peu les sentiments et les états d’âmes de la narratrice, et finalement on sait peu de chose sur celle qui nous accompagne durant tout le récit. Nous décelons certaines brides de sa vie et de sa personnalité grâce à d’autres protagonistes, mais le mystère reste encore entier. Ce roman comme toute l’oeuvre de cette écrivaine nous pousse aux questionnements parfois évidents mais aussi beaucoup plus existentiels.
En bref, un roman plein d’espoirs et de doux souvenirs. La lecture y est limpide et très agréable.

Quelques mots sur l’auteur : Yôko Ogawa est une romancière et nouvelliste originaire du Japon. Son univers romanesque est caractérisé par une obsession du classement, de la volonté de garder la trace des souvenirs ou du passé. Elle a reçu tout au long de sa carrière de nombreux prix pour ses romans, ses nouvelles ainsi que ses essais. Notamment le prix Akutagawa, le prix Tanizaki, le prix Izumi, le prix Omiuri et le prix Kaien.  Beaucoup de livres ne sont pas encore traduits (malheureusement).
Toute l’oeuvre de cette écrivaine est aux éditions actes sud.

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Le poids des secrets – Aki Shimazaki

AKI SHIMAZAKI

Dans cet article, je vais vous parler de ma forte attirance pour la littérature japonaise. Tout d’abord, sachez que je voue une véritable admiration pour la culture japonaise. J’aime leur nourriture, leur savoir-vivre, leur savoir-être, leur respect face aux autres et à la nature. Ils ont une façon bien spécifique d’appréhender la vie, la mort… Comme l’a si bien évoqué Amélie Nothomb dans son roman La nostalgie heureuse  littéralement Natsukashii. C’est un concept typiquement japonais : pour les nippons, la nostalgie, contrairement à nous occidentaux, est heureuse. « L’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur » dixit Amélie. Cette attirance pour cette civilisation ne date pas d’hier. Elle est ancrée dans mes idéaux depuis des lustres et me suit partout. Je me sent parfois super Kawaii!!!. Quoi de mieux pour vous parler de la littérature japonaise en vous présentant ici l’oeuvre d’Aki Shimazaki le poids des secrets. Avant tout une petite présentation de l’auteure s’impose.

Aki Shimazaki est une japonaise de nationalité Québécoise qui est née au Japon en 1954 à Gifu au centre du pays. Elle vit à Montréal depuis 1991. Après des années dans une société d’informatique à Vancouver. Elle s’installe dans la province du Québec. Femme de lettres, elle donne des cours de japonais et de français. Le poids des secrets  est le premier cycle de son oeuvre qui compose trois pentalogies.

Le premier cycle dont je vais vous parler maintenant est une pentalogie qui explore la psyché nippone contemporaine dans ses tabous et ses mensonges, au cœur desquels ses personnages se débattent pour retrouver liberté et dignité. Elle se décrit donc en cinq courts romans TsubakiHamaguriTsubameWasurenagusaHotaru.

TSUBAKI :

Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko raconte le quotidien d’une adolescente pendant la Seconde Guerre mondiale, son déménagement à Nagasaki avec ses parents, le travail à l’usine, les amitiés et les amours naissantes avec son voisin. En révélant peu à peu une trame familiale nouée par les mensonges de son père, elle confesse les motifs qui l’ont poussée à commettre un meurtre, quelques heures avant que la bombe atomique tombe sur la ville.

HAMAGURI :

De naissance illégitime, Yukio est un enfant puis un adolescent solitaire. À Nagasaki, il partage sa vie avec sa mère et le mari de celle-ci. Pendant la guerre, il  trouve un peu de quiétude dans la forêt de bambous avec sa seule amie, sa voisine Yukiko, dont il est devenu amoureux et à qui il confie son désir de revoir sa demi-sœur. Ce n’est que des années après avoir perdu la trace de ce premier amour et sans jamais avoir retrouvé sa sœur qu’il pourra enfin attacher les fils du souvenir à ceux de la réalité.

TSUBAME :

Lors du tremblement de terre de 1923, les japonais profitent de la confusion pour exterminer les ressortissants coréens. Enfant illégitime, Yonhi n’a que douze ans à cette époque et se voit confiée à un prêtre, à l’abri de la tourmente. Sa mère ne reviendra jamais, pas plus que son oncle, et la petite devra désormais porter un nom japonais, Mariko. Coupée de son histoire familiale, l’ayant toute sa vie cachée à son propre fils, à ses petits-enfants et même à son défunt mari, elle en élucide un élément fondamental, l’identité de son père, en rencontrant une dame qui traduit pour elle le journal laissé par sa mère.

WASURENAGUSA :

Infertile, Kenji Takahashi n’a pu perpétuer la lignée de sa noble ascendance. Après un premier mariage pourri par les convenances, il a tourné le dos à son héritage, à ses parents, et a choisi malgré eux d’épouser Mariko et d’adopter son fils naturel. Entouré de sa famille, il est maintenant un vieil homme heureux, mais affaibli par les travaux forcés en Sibérie. Or, le hasard et les conversations avec son partenaire d’échecs le ramènent à des souvenirs liés à ses choix. Il pense surtout à Sono, sa nurse, et c’est en visitant un temple pour y voir la tombe de celle-ci qu’il découvre une autre part de vérité sur ses origines.

HOTARU :

Tsubaki est très attachée à sa grand-mère, Mariko Takahashi, dont les jours sont désormais comptés. Alors que la jeune femme se sent prête à succomber aux lueurs du désir, la vieille dame lui fait des révélations troublantes sur sa propre innocence abusée. L’étudiante apprend alors le lourd secret dont jamais encore sa grand-mère n’avait parlé, pas même à son défunt mari, non plus qu’à son fils, le père de Tsubaki.

Son oeuvre est publiée en France chez Leméac/Actes Sud

Mon avis : Cela n’engage que moi bien entendu mais je trouve que la plume de Aki Shimazaki est sans fioritures, l’écriture est d’une simplicité à la limite de l’extravagance. Avec une pudeur apparente, nous plongeons dans un univers rempli de paradoxes, de questionnements et de vérités cachées. On plonge inévitablement dans les eaux troubles de tous ces destins croisés. De la philosophie à la métaphysique, de la fantasmagorie à la réalité. Où que nous soyons, nous faisons face à la stricte vérité. Tout l’art de la littérature japonaise. Quelle merveilleuse lecture que nous offre ici cette écrivaine. Vous souhaitez vous initier à ce genre? Pourquoi ne pas commencer par ce chef d’oeuvre? Vous ne pourrez en être que conquis.

Amicalement vôtre

Hanae