Publié dans Romans contemporains

Le crépuscule du Paon – Claire Bauchart

Éditeur : Editions du Rocher
Parution : 19 février 2020

Résumé : Journaliste de l’influent hebdomadaire En avant, Pascaline Elbert vient d’être promue responsable du service politique. Cette femme de caractère, « temporairement » séparée, doit mener de front : piloter des enquêtes d’envergure, supporter la jalousie de ses confrères ou le regard culpabilisant de la nounou quand elle est en retard, sans oublier les nuits entrecoupées par les pleurs de sa fille… Sa vie est un désordre savamment orchestré, mais Pascaline ne se laisse jamais abattre ! En s’emparant d’un dossier brûlant qui même le très populaire ministre de l’économie Stéphane Toxandrie, un dirigeant d’entreprise de premier plan et un romancier en mal de reconnaissance, elle va révéler au grand jour leurs liens troubles et leurs aspirations aussi insatiables que dévorantes…

Je tiens à remercier Claire Bauchart et sa maison d’éditions pour l’envoie du roman

Mon avis : Me voilà sorti de mon confort et de mes lectures pour découvrir la plume délicate et savamment maîtrisée de Claire Bauchart. Outre les affaires politiques et journalistiques qui conditionnent ce roman, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une femme, le destin de Pascaline Elbert notre journaliste de l’influent hebdomadaire En avant qui va s’emparer, pour notre plus grande joie, un dossier brûlant. Elle va au fur et à mesure de son investigation soulever des montagnes de poussières et gratter minutieusement la peinture écaillée pour nous dévoiler des liens troubles et pas très déontologiques. Le roman est très bien écrit et, pour moi, Claire Bauchart révèle un sujet dans l’air du temps. C’est le destin d’une femme, une parmi tant d’autres, qui doit être sur tous les fronts et jongler entre sa vie professionnelle, sa vie de maman et sa vie de femme. Elle doit se battre, quotidiennement, dans un milieu masculin et se frayer un chemin pour trouver sa voie, sa place.
Loin d’être un coup de cœur, Le crépuscule du Paon a su me toucher et m’émouvoir. Ce roman a le mérite d’être extrêmement bien écrit, traitant de sujets d’actualités et surtout maîtrisés par le travail de recherche et le talent de narratrice que possède Claire Bauchart.

Faites du bruit pour ce roman car il sera faire chavirer votre petit cœur de lecteur.

Publié dans littératures françaises, Romans contemporains

Est-ce ainsi que les hommes jugent? – Mathieu Menegaux

Mathieu Menegaux

Parution le 02 Mai 2018 aux ÉDITIONS GRASSET

Résumé : Gustavo est à l’aube d’une journée déterminante pour sa carrière. Rien ne va se passer comme prévu. Au petit matin, la police fait irruption à son domicile et le place en garde  à vue pour homicide volontaire. Questionné, bousculé, Gustavo s’effondre tandis que son épouse, Sophie, s’acharne à tenter de réunir des preuves matérielles de son innocence.
Mais est-il encore possible de rétablir la justice dans une société gouvernée par l’émotion, où les réseaux sociaux et le tribunal de l’opinion font désormais la loi?

Mon avis : Avec Mathieu Menegaux, il est très facile de s’identifier aux personnages. Il a ces mots qui résonnent en nous de manière significative et nous projette dans l’espace temps du roman. Gustavo, c’est moi, j’ai donc pu ressentir ses angoisses, ses craintes, ses frustration ainsi que sa honte.
Fermez les yeux quelques secondes et laissez vous emporter par votre imagination. Vous êtes réveillé de bon matin (alors que votre maison est plongée dans les limbes de la nuit) par une horde de policiers prêt à en découdre avec vous, persuadés que vous êtes LE tueur d’un homicide commis il y a de cela trois ans. Mais vous savez, tout au fond de vous, dans vos tripes que vous êtes innocent. Drôle de sensation n’est-ce pas?
Va s’en suivre une longue descente aux enfers, vingt-quatre heures d’une garde à vue lourde de conséquences. Comment prouver un crime dont on a aucun lien? Comment démontrer à la justice que nous n’avons jamais fait une tentative d’enlèvement sur une jeune adolescente, et encore moi un homicide volontaire en écrasant de sang froid le père de la victime? Comment retrouver une dignité et un semblant de vérité alors que nous sommes tombés dans une machination qui, nous prouve par manipulation que nous sommes bel et bien coupable?
l’Engrenage, voilà de quoi il s’agit. Gustavo verra sa tête mise à prix sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook…) La toile s’acharne et hurle vengeance, place notre homme au milieu d’une guerre déjà perdue d’avance. Enfin… Jusqu’à que…
L’écriture de Mathieu Menegaux est limpide, direct et fait germer l’inquiétude, le doute mais aussi l’empathie. Est-ce ainsi que les hommes jugent? fait preuve d’une belle densité qui nous plonge dans la vie d’un coupable innocent. Je suis cependant un peu déçu car j’aurais bien aimé connaître un dénouement meilleur pour la jeune victime qui en parallèle se bat pour reconstruire sa vie mais aussi en savoir davantage sur le véritable assassin. Cela n’empêche en rien la jolie structure du roman. L’histoire nous rattrape et nous procure un grand huit de sensation.

Bref! ON ADORE ♥♥♥

Extrait choisi : « Gustavo rêve. Il se tourne et se retourne dans son lit, avec le désagréable sentiment d’avoir chaud aux pieds, mais froid aux épaules. Il remue la couette dans tous les sens, sans beaucoup d’égards pour sa femme qui, elle dort paisiblement. Il éprouve une sensation étrange : il se dit qu’il rêve et pourtant il sait très bien qu’il ne se souvient jamais de ses rêves. C’est une grande frustration pour lui, d’ailleurs. Chaque matin il se réveille avec l’impression d’avoir traversé un long tunnel mal éclairé, une forme d’interruption non désirée du son et de l’image, avant de reprendre le fil de sa vie. Il dort ou il est éveillé. Jamais dans cet était semi-comateux, délicieux, ou se mêlent songes et réalité. Non cauchemar, ni rêves érotiques, ni sensation de rater une marche avec le haut-le-corps qui l’accompagne. »

Quelques mots sur l’auteur :

Mathieu Menegaux portrait

Mathieu Menegaux est né en 1967. Il est l’auteur de Je me suis tue (Grasset, 2015 / Points, 2017), primé aux Journées du livre de Sablet et de Un fils parfait (Grasset, 2017, Points, 2018), prix Claude Chabrol du roman noir, en cours d’adaptation pour la télévision.

Publié dans Feel Good, Romans contemporains

La librairie de la place aux Herbes – Eric de Kermel

La librairie de la place aux Herbes - Eric de Kermel.JPG

Éditeur : Eyrolles
Collection : Romans Eyrolles
Date de parution : 23/02/2017

Résume : La librairie de la place aux Herbes à Uzès est à vendre ! Nathalie saisit l’occasion de changer de vie et réaliser son rêve. Devenue passeuse de livres, elle raconte les histoires de ses clients en même temps que la sienne et partage ses coups de cœur littéraires.
Elle se fait tour à tour confidente, guide, médiatrice… De Cloé, la jeune fille qui prend son envol, à Bastien, parti à la recherche de son père, en passant par Tarik, le soldat rescapé qui la guerre a meurtri, et tant d’autres encore, tous vont trouver des réponses à leur questions.
Laissez-vous porter par ces histoires tendres, drôles ou tragiques qui souvent résonnent avec les nôtres.

Quand les livres inspirent et aident à mieux vivres…

Mon avis : Une Ode aux livres, une déclaration d’amour pour les lecteurs, c’est ma première impression quand j’ai ouvert ce roman.
Une courte fiction qui nous murmure à l’oreille son petit secret… Les livres peuvent guérir des maux.
Eric de Kermel nous livre ici un roman rafraîchissant inondé de poésie et de douceur. Nous rencontrons différents personnages chacun avec ses maux qui n’ont en lien que Nathalie (Ancien professeur sur la capitale qui décide de tout plaquer pour Uzès, petite ville de Gard riche d’histoire et y ouvrir sa librairie) et les romans que cette lectrice passionnée et passionnante leur prodigue.
Les livres, point névralgique du roman tout comme sa zone géographique, nous donne  une image chaleureuse et positive sur une communauté avec des degrés d’émotions, un parcours de vie et des attentes bien différentiables . Nous sommes dans le Feel-good, loin des livres de « développement personnel », celui-ci fait franchement du bien.

« J’aime les livres, j’aime tous les livres! Les tout petits, écrits d’un seul geste comme les très grands qui sont l’oeuvre de toute une vie. »
Un roman qui me parle, qui me comprend, moi qui suis devenu adepte de plusieurs genres littéraires
« J’aime les livres qui racontent de grandes histoires romanesques à vous tirer les larmes, mais j’ai aussi un grand plaisir à me laisser prendre dans les déambulations intellectuelles et savantes des essais qui me procurent le sentiment d’être plus intelligente. » 
Eric de Kermel personnifie le livre, le rend humain loin d’être un simple objet. Celui-ci impose le respect
« J’aime les tranches de livres lorsqu’ils sont rangés dans les rayons, on les regarde la tête légèrement inclinée, comme si nous les respections avant même de les avoir ouverts. »
C’est aussi grâce aux livres qui de découvre qui je suis…
« Je dois beaucoup à mes lectures. Ce sont-elles qui me font grandir et choisir mon chemin, qui m’ont permis de ne pas voir le monde qu’avec mes seules lunettes mais aussi avec le point de vue de ceux qui m’ont ouverte à d’autres univers, d’autres époque.
Je ne me suis jamais sentie aussi proche de moi-même qu’en lisant le mots des autres. » 
Je crois sincèrement que les livres, nos lectures sont le reflets de notre âmes et peuvent nous ôter beaucoup de maux
« En  parcourant la bibliothèque d’une personne qui me reçoit chez elle. J’en sais davantage sur mon hôte que s’il s’était présenté durant des heures. Il faudrait pouvoir réunir les lecteurs d’un même livre. Ils doivent certainement se ressembler, vibrer aux mêmes émotions et s’emporter dans des colères aux sources similaires. Il y a des communautés qui s’ignorent derrière chacun des livres. »

Un roman que je conseille à tous les passionnés pour un moment de bien-être en compagnie de personnages attachants et de romans en tout genre.

On note également de nombreuses références sur les rayons de la librairie de la place aux Herbes. Une véritable mine aux trésors, de découvertes et de classiques tels que : Les contemplations de Victor Hugo, Les fleurs du mal de Charles Baudelaire, A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Voyage avec l’absente d’Anne Brunswic, La vie d’une autre de Frédérique Deghelt, l’Île de Robert Merle, Regain de Jean Giono, Magellan de Stefan Zweig, Chimères de Nuala O’Faolain, Les heures de Michael Cinningham, Mrs Dalloway de Virginia Woolf, La beauté du monde de Michel Le Bris… Liste non exhaustive 🙂

Extrait choisi :  Je vous note ici la préface écrite par Érik Orsenna qui m’a donné un avant goût du roman et déjà le sourire aux lèvres.

Il était une fois…
C’est ainsi que commencent les histoires qui nous enchantent.
Il était une fois une librairie.
C’est ainsi qu’Eric de Kermel nous emporte dans un très joli conte.
Il était une fois Nathalie, prof de lettres et parisienne.
Elle n’en peut plus de la Grande Ville. Décidément, elle veut changer de vie. Mais pas de mari. Double souhait qui, de nos jours, ne manque pas d’originalité.
Souvent, ils venaient à Uzès, 8 573 habitants, trésor du Gard, ville d’art et d’histoire.
Pourquoi ne pas y passer le reste de leur vie au lieu de seulement les vacances?
Le destin leur répond : « Chiche! »
Une librairie se trouve être à vendre, au coin de la place aux Herbes.
Et voilà comment l’aventure commence.
Qu’est-ce qu’une librairie?
Une banque centrale d’une très particulière espèce. On n’y fabrique pas de la monnaie. Ou alors celle qui permet de se rêver pour de se vouloir LIBRE.
Dans cette librairie, les clients se présentent. Vite, ils deviennent amis. Et vite, à l’image de Nathalie, ils décident de changer.
Car un livre, un vrai livre, vous bouleverse. Il réveille en vous le royaume des désirs, le peuple des possibles, l’indomptable Armada des « pourquoi pas »?
Et de même que nous, êtres humains, sommes différents les uns des autres, de même aucun livres ne ressemble à un autre. Tel qui chamboulera l’un, fera bâiller l’autre. À chacun son enthousiasme. Chaque lecture est un voyage, un amour.
Il était une fous neuf personnages en quête d’ils ne savaient quoi. Ce conte nous dit ce qu’il advint d’eux, sitôt leur livre ouvert.
Qu’est-ce qu’une librairie?
Bien plus, bien autre chose qu’une série d’étagères où se morfondent les ouvrages.
C’est un lieu. Un lieu de lumière et de chaleur. Un lieu de partage et de confidences. Une géographie de fraternités.
Un lieu qui lie.
Voilà pourquoi ce conte est d’abord un récit de gratitude.
Les hommes, je veux bien sûr dire les femmes aussi, qui nous font vivre!
La réciproque est vraie : quelle pauvreté, quel ennui, quelles répétitions serions-nous sans eux?
Il était une fois dans la vielle et bonne ville d’Uzès, une librairie toute neuve…

Publié dans Romans étrangers, Romans contemporains

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill.JPG

Éditions Gallimard 2017
Collection Folio 2018

Résumé : Scandale aux États-Unis, le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle a été agressé en public par une femme de soixante et un ans qui devient une sensation médiatique. Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’université de Chicago, reconnait alors à la télévision sa mère qui l’a abandonné à l’age de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui a versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en juste. En désespoir de cause, le jeune homme promet un livre révélation sur cette mère dont il ne sait presque rien et se lance ainsi dans la reconstitution minutieuse de sa vie, à la découverte des secrets qui hantent sa famille depuis des décennies.

Mon avis : QUELLE CLAQUE !!!!
Voilà un véritable pavé de 950 pages d’une intensité folle. Je n’ai subi aucune longueur, aucune redondance et aucun mal-être. Bien au contraire, j’ai été happé du début jusqu’à la fin. Un roman audacieux et complexe qui tire le portait d’une Amérique dans deux époques bien différentes sans tomber dans les lourdeurs du cliché.
Nathan Hill nous offre un premier roman d’une densité maîtrisée. Au fil des chapitres nous voyageons d’une génération à une autre, d’un contexte à un autre, d’une mentalité à une autre, comme pour nous faire comprendre et apprendre qui sont vraiment tout ces personnages. Je n’ai ressenti aucune personnalité « principale » dans le roman, alors oui, il y a Samuel et sa mère qui sont l’essence même de ce livre, mais chaque personne ont un rôle tellement important à jouer que la structure de l’histoire en est riche de sens et de rebondissements.
Les idées, les décors, les tranches de vies y sont décrits avec justesse et malgré toutes les directions que l’auteur nous fais prendre, le file conducteur reste quant à lui, le même. Un véritable coup de maître pour ne perdre aucune miette de cette histoire qui soulève beaucoup plus qu’une simple femme jetant des cailloux sur un gouverneur. Beaucoup de sujet y sont traités telles que : l’addictions aux jeux vidéos, la relations élève/professeur, les histoires familiales, les non-dits, les mensonges…
Je ne souhaite réellement rentrer dans les détails, non pas par fainéantise bien au contraire, mais ce roman est dans le TROP, il y a trop de personnage, trop histoires parallèles, beaucoup de complexités narratives. Un véritable cocktail de sensations et d’émotions comme un show à l’américaine.

J’ai adoré ce roman, c’est de la véritable littérature que nous offre Nathan Hill qui a eu l’audace de nous jeter en pleine figure un aussi gros et beau pavé. Je me pose quand même une question sur son éventuel prochain roman.
Peut-il nous offrir un livre d’une aussi bonne qualité?

J’espère que mon article vous procurera l’envie de découvrir – Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill – et de vous laisser submerger pour toutes ses magnifiques émotions

Je ne suis pas critique littéraire, je n’ai pas cette prétention là. Je vous crache avec toute spontanéité et simplicité mes émotions. Je suis un passionné… C’est aussi simple que cela 😉

Extrait choisi : « Si Samuel avait su que sa mère allait partir, peut-être aurait-il fait plus attention. Peut-être l’aurait-il davantage écoutée, observée, aurait-il consigné certaines choses essentielles. Peut-être aurait-il agi autrement, été une autre personne. Peut-être aurait-il pu être un enfant pour qui ça valait la peine de rester.
Mais Samuel ne savait pas que sa mère allait partir. Il ne savait pas qu’en réalité elle partait depuis des mois déjà – en secret, et par morceaux. Retirant des choses de la maison, une à une. Une robe de son placard. Une photo de l’album. Une fourchette du service en argent. Un édredon de sous le lit. Chaque semaine, elle prenait un objet différent. Un pull. Une paire de chaussures. Une décoration de Noël. Un livre. Lentement, sa présence s’atténuait dans la maison… »

Quelques mots sur l’auteur : 

Nathan Hill

Né à Cedar Rapids, il grandit dans le Midwest, où ses grands-parents travaillaient comme producteurs de maïs, de soja et de bétail. Pour permettre à son père de gravir les échelons au service de la gestion des magasins Kmart, ses parents déménagent successivement dans plusieurs États américains : l’Illinois, le Missouri, l’Oklahoma, le Kansas…

Il complète un baccalauréat en journalisme à l’université de l’Iowa, puis obtient une maîtrise en écriture créative de l’université du Massachusetts. Il travaille un temps comme journaliste, avant d’enseigner à l’Université de Floride et à l’Université de St. Thomas au Minnesota.

Il publie quelques nouvelles dans diverses revues avant de faire paraître, en 2016, Les Fantômes du vieux pays (The Nix), un roman qui remporte le prix Art Seidenbaum pour la première œuvre de fiction et qui est sacré, en France, Révélation étrangère du magazine Lire en 2017.

Publié dans littératures françaises, Romans contemporains

Reviens – Samuel Benchetrit

Reviens - Samuel Benchetrit

Reviens de Samuel Benchetrit parut aux ÉDITIONS GRASSET

Résumé : Son fils est parti, son ex-femme le harcèle, son éditeur le presse, des mariées de téléréalité le fascinent, Pline l’Ancien le hante, un canard le séduit, une infirmière bègue le bouleverse…Bienvenue dans le monde tendre et poétique d’un écrivain en quête d’inspiration et d’amour.
Un feu d’artifice tour à tour grave, hilarant et émouvant.

Mon avis : Les éditions Grasset ont eu la gentillesse de m’envoyer le nouveau roman de Samuel Benchetrit.

♥ Quelle jolie et agréable découverte. ♥

L’auteur nous offre ici une comédie acidulée avec pour personnage principal un écrivain en panne et quête d’inspiration – il est face à une solitude qu’il n’a inconsciemment pas choisi – . Une ex-femme qui le harcèle et qui n’a d’autre sujet que de critiquer son art et l’amour qu’elle porte à leur fils. Ce fils (son véritable amour, sa fierté) qui a décidé de quitter le cocon paternel pour faire le tour du monde. Son éditeur qui met une pression quant à l’éventualité d’un nouveau roman, sans oublier ses démêlés avec les impôts.
Avec beaucoup d’humour et d’amour, Samuel Benchetrit nous envoie dans les strates presque atmosphériques d’un homme émouvant et vraiment attachant, de cet écrivain face à lui-même et son imagination qui, comme de l’eau, peut déborder à tout moment. Nous sommes là, face à ce livre, on s’y attache, on le dévore… On l’aime!
L’écriture de Samuel Benchetrit est sans fioriture, douce et poétique parfois corrosive et c’est aussi cela qui donne tout son charme 🙂
Je conseille ce roman qui nous apporte une jolie parenthèse inattendue dont nous avons tous besoin.

♦♦♦♦

Pour celles et ceux qui n’ont pas encore eut l’occasion de lire ce roman, je vous propose une petite devinette que j’ai trouvé très touchante et qui résume bien l’amour que cet écrivain éprouve pour son fils. J’ai hâte de lire vos suggestions 😉

C’est l’histoire d’un père inuit qui a élevé son fils seul après que sa femme est morte en accouchant. Le père ne parlait pas, Jamais un mot à son fils durant toute son enfance. Il l’emmenait pêcher avec lui. Le nourrissait, le lavait. Le veillait le soir près de son couchage, jusqu’à ce qu’il s’endorme. Il lui souriait. Lui murmurait des chants. Mais jamais un mot. Pas la moindre parole.
À l’âge de quinze ans, comme c’est la tradition dans cette région, le fils a quitté la maison pour faire un voyage de plusieurs mois dans les glaciers. Le père a préparer son paquetage, un arc, sa lance, de quoi manger, et l’a accompagné jusqu’à la sortie du village.
Ils se sont regardés longuement, et le père lui a dit un mot.
Le premier de sa vie.

À votre avis, quel était ce mot?

 

Publié dans littératures françaises, Romans contemporains

Shanghai Fan – Raphael Bée

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Shanghai Fan parut aux éditions REMANENCE

Résumé : Le milieu de la pub dans l’empire du Milieu. Clem a voulu tenter l’expérience et la voilà happée dans le tourbillon d’une ville qui ne s’arrête jamais. Partagée entre sa relation à distance avec Margaux et sa vie d’expat, elle se voit confier l’organisation d’un événement pour Shanghai Fan, la nouvelle marque de luxe dont tout le monde parle. Mais rien ne va se passer comme prévu. Rivalités, combines et jalousies s’enchaînent, à l’image de la démesure de la ville, tantôt attachante, tantôt terrible.

Aime la Chine, la Chine t’aimera.
Déteste la Chine, la Chine te tuera.

Mon avis :  Alain Peyrefitte a écrit un jour : « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera ». Un essaie parut en 1973 qui s’est venu à plus de 885 000 exemplaires. Je pense aussi au roman d’Amélie Nothomb Stupeurs et tremblements… Bon d’accord son roman s’est déroulé au Japon, mais c’est un pays voisin non?
Avant de rentrer dans le cœur du sujet et pour vous donner une petite idée mon avis sur Shanghai Fan de Raphaël Bée, je peux d’ores et déjà lui souhaiter le même succès que ses prédécesseurs. 🙂
Raphaël Bée possède un savant mélange d’imagination et de précision. En effet, l’histoire nous tient en haleine et nous retrouvons une psychologie complexe des personnages. La plume de l’auteur est extrêmement précise et nous donne des éléments très détaillés de l’atmosphère, de la culture et de la mentalité de Shanghai. Au fil des pages, nous voyageons et nous découvrons une civilisation finalement peut connue. Je peux vous certifier que ça procure pleins de sentiments.
À travers le quotidien d’expatriés en quête de reconnaissance et de gloire dans une Chine de démesure et de paradoxes, nous ressentons, telle une claque, un choc des cultures
Shanghai Fan est un roman qui nous plonge dans l’univers de la pub mais surtout dans une entreprise chinoise ou le déshonneur est une abomination. Raphaël Bée a su tirer le portrait d’un vaste empire à travers le regard de jeunes français dont ils ont tout à prouver.
Un roman d’une belle richesse et d’une grande qualité. Un véritable coup de cœur, je vous conseille vivement de vous le procurer et de vous en délecter. ♥ 

Extrait choisi : La rockstar. C’est comme ça qu’ils parlaient d’elle en interne. Quand elle croisait des collègues dans l’ascenseur de la tour où elle travaillait, Mi Ya sentait les regards impressionnés dans son dos et les chuchotement  » c’est elle ». Quand elle traversait les allées des différents open spaces qui menait à son bureau, les gens s’arrêtaient un instant dans leurs tâches et murmuraient entre eux. Cela ne faisait que quelques semaines qu’elle siégeait au vingt-sixième étage, juste après avoir été auréolée d’une réputation de rockstar par le président du groupe.

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J’espère de tout cœur que cet article vous a donné envie de lire Shanghai Fan, ce roman d’une très grande qualité signé de la plume d’un auteur très doué , vous trouverez ci-dessous ma petite entrevue avec l’auteur Raphaël Bée ↓↓↓

N’hésitez pas à retrouver l’auteur sur sa page Instagram Raphaël Bée

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Raphael Bée.JPG

Hanae : « Bonjour Raphaël. Peux-tu nous parler un peu de toi? »

Raphaël Bée :  » Je suis Raphaël Bée, et je viens – hélas – de fêter mes 30 ans. Je travaille en freelance pour des maisons de luxes françaises, que j’accompagne dans leur stratégie et conception de contenus pour leurs réseaux sociaux et site web. Avant cela, j’ai eu la chance de m’expatrier quatre ans en Chine pour participer au développement d’une agence de communication française qui ouvrait alors son premier bureau à l’étranger. Quand je suis arrivé, nous étions 4. À mon départ, nous étions 150. Ce fut une période de croissance folle à l’image de la Chine, à un rythme plus que soutenu et qui a fini par user; l’envi d’écrire est venue en même temps que j’envisageais de changer d’environnement. »

Hanae : « Quel est ton processus d’écriture? Quelles lignes directives as-tu mise en place pour la création de l’histoire? »

Raphaël Bée : « Les personnages et la structure de Shanghai Fan ont été posés alors que j’habitais encore en Chine. J’ai commencé par imaginer les personnalités que je voulais mettre en avant, comme une grille de lecture des gens que l’on peut croiser à Shanghai : la Tai-tai (la femme expatriée), le mec un peu lourdaud, le pro-chinois, sans oublier la Shanghaienne, l’incarnation selon moi de la femme moderne et puissant. C’est à partir d’eux que j’ai construit l’intrigue : quelles situations pourraient bien les réunir; quelles affinités et interactions entre eux; et bien-sûr, à quel problèmes devraient-ils faire face!
Une fois les protagonistes et les éléments perturbateurs identifiés, j’ai défini un petit plan comme bon élève et m’y suis tenu jusqu’au mot final, au rythme de 1 à 2 chapitres par semaine. La version bêta de Shanghai Fan a vu le jour au bout de 4 mois. »

Hanae: « Visiblement Shanghai a été pour toi une page de ta vie très importante. Pourquoi cette ville? Ton roman est-il une façon de montrer ton respect envers cette civilisation? »

Raphaël Bée : « Mon lycée – dédicace au lycée Carnot de Dijon – accueillait chaque année des élèves chinois de l’université de Nankin ; en retour, un voyage scolaire en Chine était organisé tous les deux ans pour trois classes. J’ai eu l’opportunité de mettre un premier pied en Chine en 2004, et je me souviens d’avoir été frappé par notre arrivée à Shanghai : les néons, le bruit, la foule… À mon retour, je n’avais qu’un objectif : y revenir.
J’ai un immense respect pour la civilisation chinoise et plus particulièrement une admiration pour le culte de la vitesse et de l’innovation digitale. Cependant, je ne pense pas que Shanghai Fan soit une apologie de la Chine ; quand je me suis mis à l’écriture, nous étions en pleine tendance du France-bashing, où le message dominant était : « expatriez-vous à tout prix. » J’avais davantage l’intention de montrer un autre aspect de l’expatriation : celui des Français qui pensent que l’herbe est plus verte ailleurs, se prennent pour les rois du monde… et finissent par déchanter. Dans une Chine où tout est possible, la chute est d’autant plus dure ! »

Hanae : « Peux-tu, en quelques mots nous décrire la culture chinoise, la mentalité de cette population? Selon ta propre vision et ton propre vécu. »

Raphaël Bée : « En Chine, tout est compliqué mais tout est possible ! Compliqué, car ce souci de préserver constamment la « face » rend souvent plus longue la résolution de problèmes, notamment au boulot, là où une mise au point courte mais ferme permettrait d’avancer plus vite et de passer rapidement à autre chose. Il y à aussi la nécessité de toujours anticiper – où plutôt d’imaginer – les problèmes qui pourraient se poser en cours de route avant de déléguer ou de briefer : ce qui relève du bon sens chez nous ne l’est pas forcement là-bas et donc des surprises peuvent être nombreuses ! En bref, il faut sans cesse s’armer de patience, ce qui deviendrait presque paradoxal par rapport à la sensation de vitesse ressentie dans Shanghai.
Et finalement, tout reste possible car cette culture du « zéro-conflit » reste orientée vers la solution, pas vers le problème. Quant à l’éthique de la solution, c’est une autre histoire ! »

Hanae :  » Comment as-tu donné naissance aux personnages? Quelles ont été tes influences? »

Raphaël Bée : « Dès la première page de Shanghai Fan, il est précisé que »toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être fortuite. » On va dire que le hasard a été provoqué. Le point de départ de la plupart des personnages a été de vraies rencontres, professionnelles ou personnelles, dont j’ai ensuite forcé les traits et étiré au maximum leur part d’ombre pour leur donner une vie romanesque. Il se trouve aujourd’hui que la réalité rattrape la fiction, car des situations qui étaient le pur fruit de mon imagination ont récemment eu lieu. »

Hanae :  » Quel est ton rapport avec les romans? »

Raphaël Bée : « Le déclic pour la lecture a eu lieu lorsque j’étais en première, lors d’un bac blanc de Français, il y avait dans le corpus de textes un extrait de Mercure d’Amélie Nothomb , qui m’a donné envie de lire l’ouvrage complet. Et celui-ci de lire d’autres œuvres du même auteur. Aujourd’hui, je fais parti de ceux qui ne manquent pas le rendez-vous annuel de dernier Nothomb. Toutefois, mes orgasmes littéraires je les ai eus grâce à Virginie Despentes, dont j’ai également dévoré toute l’oeuvre. Elle este mon auteur de référence. »

Hanae :  » Un prochain roman va t-il sortir de ton imagination prochainement? »

Raphaël Bée : « J’ai une idée derrière la tête et ai commencé à prendre des notes. Cette fois, c’est Instagram et ses influenceurs qui seront au cœur de l’intrigue. »

 

Publié dans Romans contemporains

Hiver à Sokcho – Élisa Shua Dusapin

Hiver à Sokcho

♥ Je tenais à remercier FOLIO LIVRES pour cette très jolie découverte et aussi pour la collaboration que nous allons faire prochainement ensemble.
Que celle-ci reste longue et exaltante.
Quelle joie de partager avec vous ma passion ♥

Résumé : « Il avait griffonné un buste de femme cambrée, seins nus, pieds à demi cachés par la courbe de ses fesses. La respiration de Kerrand s’est accélérée au rythme de son coup de plume. Il a fait couler toute l’encre du pot, la femme à titubé, cherché à crier encore, mais le noir s’est glissé entre ses lèvres jusqu’à ce qu’elle disparaisse. »

À Sokcho, petit ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune femme s’ennuie dans une pension décrépie. Chaque jour elle cuisine pour les rares visiteurs venus s’isoler du monde. L’arrivée d’un Français, auteur de bande dessinée, vient rompre la monotonie de l’hiver. Ils s’observent, se frôlent, et à mesure que l’encre coule, un lien fragile naît entre ces deux êtres aux cultures si différentes.

Mon avis : Avant de nous plonger au cœur du roman, la question que l’on peut se poser est : « Ou se trouve Sokcho sur la carte exactement? ». Personnellement, c’est bien la première fois que j’entend parlé de cette ville. D’ailleurs, c’est en lisant le résumé que j’ai su que c’était une ville. 😉 Mais, pourquoi avoir choisi ce petit patelin perdu? Le mystère reste entier mais cependant très agréable. Laisse travailler votre imagination… 🙂

♣Merci à Élisa Shua Dusapin de m’avoir fait voyager aussi loin.♣

Grâce à Wikipédia,j’ai appris que Sokcho est une ville proche de la Corée du Nord de la province de Gangwon, situé à l’extrémité nord-est du pays entre deux lagunes. Cette ville faisait autrefois partie de la Corée du Nord de 1945 jusqu’à la fin de la guerre de Corée (en 1953), date à laquelle la frontière fut officiellement déplacée. La triste conséquence est que de nombreux habitants de Sokcho ont encore de la famille dans le Nord. (Promis, je ne vais pas monologuer sur ce pays bien longtemps.) 😉
Cette petite ville est très connue pour être aux portes du massif montagneux du Seoraksan et de son parc national que les coréens apprécient. Même si la ville en elle-même n’est pas très accueillante de part ses immeubles gros qui rappellent les années 1970. Sokcho attire cependant beaucoup de touristes et de coréens non seulement grâce à ses massifs mais aussi aux produits issus de la pèche, en particulier du calmar que l’on peut déguster grillé à même le port. Sokcho est également réputée pour ses sources chaudes.

Sokcho ville Aperçu de la ville de Sokcho par bateau, en arrière plan le massif montagneux  du Seoraksan

Voilà, le petit cour d’histoire/géographie est terminé. Cela vous donnera une vague idée de cette ville et mettra plus de couleurs et d’intensités au roman dont je vais vous donner mon avis juste en dessous ⇓⇓⇓⇓⇓⇓⇓⇓

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman, un style parfaitement épuré qui m’a fait apprécié son manque de rebondissements. Élisa Shua Dusapin a su mettre en relief et avec beaucoup de poésie les scènes de vie et les odeurs d’une authentique cuisine. Nous sommes ici confrontés à un véritable choc de culture entre une jeune femme franco-coréen dont nous ignorons le prénom (Élisa peut-être?) et cet homme Français de surcroît, artiste dans l’âme et dans le sang s’isolant un instant pour redonner goût à son inspiration. de son prénom Yan Kerrand.
Le style d’écriture se veut épuré, sans aucune fioriture, allant droit à l’essentiel, à l’essence de l’histoire sans rentrer dans le mélo-dramatique. Un roman très court, à peine 150 pages qui supprimera toutes longueurs inutiles.
Un roman tout en légèreté, facile à lire et parfait pour nos douces soirées d’été.

D’une douceur mélancolique on se laisse aller, puis on referme le livre avec sourire.

Quelques mots sur l’auteur: Élisa Shua Dusapin née en 1992 en Corrèze est une écrivaine franco-coréen vivant en Suisse normande.
Hiver à Sokcho est sorti en 2016 aux éditions Zoé

Elisa Shua Dusapin

Publié dans littératures françaises, Romans contemporains

Le lambeau – Philippe Lançon

Philippe Lançon le lambeau

Résumé :
Lambeau, subst. masc.
1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché de tout ou y attenant en partie.
2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire. (BOREL, Champavert, 1833, p.55)
3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (ZOLA, Débâcle, 1892, p.338)

Mon avis : Notre esprit ne peut-être que marqué par ce jour tristement célèbre du 07 janvier 2015 où deux personnes ont massacré hommes et femmes chez Charlie Hebdo. Nous avions tous vécu à notre façon cette tragédie en commémorant les défunts via les réseaux sociaux, le journal télévisé, les fleurs et bougies place de la République… Dès lors, NOUS ÉTIONS TOUS CHARLIE.
Je ne vais pas polémiquer sur ces actes qui fissurent notre cœur et remettent en cause nos valeurs. Je suis ici pour vous parler du roman de Philippe Lançon. Ce magnifique témoignage d’une très grande force qui nous plonge dans son long chemin parsemé d’embûches pour une reconstruction physique mais aussi mentale.

C’est une offrande que Philippe Lançon nous fait, rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo.

Pour les personnes qui n’ont pas encore eu l’occasion de lire ce roman, il est important de vous plonger dans le contexte, dans l’essence-même de ce livre et de son auteur. Je vais être assez évasif car plus bas, vous trouverez son portrait.
Philippe Lançon est journaliste pour libération et chroniqueur chez Charlie Hebdo. En ce triste jour du 07 janvier 2015, il se trouvait en compagnie de ses collègues Georges Wolinski, Cabu et bien d’autres, dans la salle de réunion de ce dernier lorsque deux individus cagoulés, tout de noir vêtus sont entrés et à l’aide d’arme à feux ont ôté la vie d’hommes et de femmes. Philippe Lançon, par miracle, restera en vie. Mais à quel prix? Un trou à la mâchoire inférieure droite et d’autres blessures. Il nous raconte ici son long parcours entre la Pitié Salpêtrière et les Invalides pour se reconstruire avec beaucoup d’humilité et sans aucune haine.

J’ai mis un certain temps pour lire ce roman, j’ai dû m’autoriser quelques pauses tellement ce témoignage est doté d’une grande intensité qui touche à nos valeurs, à nos idéaux et à l’idée que nous nous faisons d’un monde meilleur. Nous sommes loin d’un roman vu par les média : au contraire, Philippe Lançon nous tire un portrait intimiste et vécu de l’intérieur avec ses mots, ses maux et sa belle plume. Un véritable voyage dans la noirceur des hommes aux notes d’espoir.
Pouvons-nous voir un lien entre Charlie Hebdo, ce journal satirique prônant la liberté d’expression et ce silence forcé de son chroniqueur? En effet, Philippe Lançon à été grièvement blessé à la mâchoire où il perdra une partie de sa gencive, de ses dents à la chair calcinée par les balles. Il y perdra l’usage de la parole quelques temps dans l’attente d’une greffe et d’un lambeau. Seule sa tablette Velleda sera un lien direct avec le monde extérieur, le monde des vivants. Ecrire c’était pour lui, protester, mais aussi déjà accepter. La première phrase écrite sur sa tablette lui a fait comprendre à quel point sa vie aller changer. Vont s’en suivre un long chemin de souffrances, d’angoisses, de cauchemars, d’attentes, de déceptions, la vision de sa plaie, l’enchaînement des blocs opératoires, la réduction de son avenir à une chambre d’hôpital, une surveillance permanente de policiers, des visites filtrées. Tout cela aurait pu mener l’auteur à une indéfinissable dépression mais, il fait face à tous ses maux avec force et espoir. Ce bonheur est un bonheur fragile d’un petit roi impuissant, immobile et improvisé mais un roi malgré tout dixit l’écrivain. Nous y voyons ici une grande humilité, une douce simplicité malgré la dure épreuve dont il doit faire face. En effet, cet homme sous surveillance constante entouré de plus grands chirurgiens se pose quand même la question : « Qui suis-je pour mériter un tel traitement? »; « Qui suis-je pour mériter d’une telle atmosphère? ». II comprendra bien vite que le danger n’est jamais très loin et qu’il peut être encore la cible des agresseurs. Dans son lit d’hôpital, Philippe Lançon n’a pas accès au monde extérieur. C’est peut-être un choix de sa part?

Qu’est ce qu’il y a de plus douloureux? La souffrance physique? Ou la perte de son identité?

S’n suivra un long chemin dans la dépendance envers le corps médical. Une vie réduite à des tuyaux, une potence, des perfusions dans des veines meurtries et cetera. Seule Chloé, sa chirurgienne, une femme forte et confiante, lui apportera tout le réconfort nécessaire à sa reconstruction physique. Son visage dépendait d’elle et continuera d’en dépendre bien au-delà de la période que ce livre évoque. Chloé était proche et lointaine, juste et injuste, bienveillante et sévère, toute-puissante et toute-distante. C’était sa fée imparfaite qui, penchée au-dessus de son berceau (on peut comprendre ici, son lit d’hôpital) lui donnait une seconde vie.
Le lien affectif envers Chloé est très intéressant d’un point de vue psychologique et nous apporte une importance réelle aux comportements du patient et du corps médical.

Des semaines de douleurs et d’attentes ont payé. La greffe a eu lieu, place au lambeau. Mais qu’est-ce qu’un lambeau? Un nom plutôt barbare pour désigner un segment de parties molles. Dans ce cas, pour combler le déficit d’os, une veine, un bout d’artère et de peau du péroné précédemment prélevé sont également greffé comme un kit afin de vasculariser l’os greffé et lui permettre de s’adapter en compagnie familière à son nouveau milieu. Tout un programme. Des jours de cicatrisation, des mois de rééducation pour par-faire un visage meurtri. Sans parler de la reconstruction psychique qui mettra quant à elle, beaucoup plus de temps.

Malgré tout, Philippe Lançon fait preuve d’un bel espoir, d’une véritable force et ne déverse aucune animosité envers les frère K. Comme il le dit avec justesse : « ils sont le produit de ce monde, même si rien n’excuse la transgression », aucune colère ne viendra l’abîmer davantage. Ce roman est noir de par les actes mais heureux par le message qu’il en dégage.

Je pourrais vous parler de ce roman des heures tellement je le trouve magnifique. 510 pages de forces et d’humilité venant d’un homme tout en simplicité. Je vous conseille vivement de lire ce roman. Il a une place toute méritée dans votre bibliothèque.

Extrait choisi : « Chers amis de Charlie et Libération, il ne me reste pour l’instant que trois doigts émergeant des bandelettes, une mâchoire sous pansement et quelques  minutes d’énergie au-delà desquelles mon ticket n’est plus valable pour vous dire toute mon affection et vous remercier de votre soutien et de votre amitié. Je voulais vous dire simplement ceci : s’il y a des chose que cet attentat m’a rappelée, sinon apprise, c’est bien pourquoi je pratique ce métier dans ces deux journaux – par esprit de liberté et par goût de la manifester, à travers l’information ou la caricature, en bonne compagnie, de toutes les façons possibles, même ratées sans qu’il soit nécessaire de les juger. »

Portrait de l’auteur :

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Philippe Lançon est un journaliste et écrivain français né en 1963 à Vanves. Diplômé du CFJ (promotion 1986) est journaliste au quotidien Libération, chroniqueur et critique littéraire, avec une passion particulière pour la littérature latino-américaine. Il a longtemps tenu la chronique Après coup consacrée à la télévision, et a participé au lancement des pages Portrait.

Il est également chroniqueur pour l’hebdomadaire Charlie Hebdo et à partir de fin 2014 devient un membre de la tribune « théâtre » du Masque et la Plume sur France Inter.

Le 7 janvier 2015, il est gravement blessé au cours d’un attentat contre Charlie Hebdo, ce qui l’amène à subir une intervention chirurgicale lourde de quatre heures au niveau du visage. Il subira jusqu’à 17 opérations de la mâchoire.

Philippe Lançon a trois romans à son actif :

Publié dans Romans contemporains

Lithium – Aurélien Gougaud

Aurélien Gougaud Lithium

Résumé : Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé, ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.

Mon avis : On ne connaîtra jamais leur prénom. Tout au long du roman, on les nommera par Elle et Lui. Histoire de mettre une distance envers ces jeunes protagonistes ou tout simplement, pouvoir s’identifier à eux beaucoup plus facilement. Car ce sont eux qui reflètent le mieux notre société, notre air, notre génération. Ceux qui ne connaissent plus le goût du rêve et de l’ambition. Ils sont devenus purs produits de consommation, mais ils aiment ça. C’est normal me direz-vous. Ils ne connaissent que ce schéma. Le récit se déroule sur Paris, on y découvre ou redécouvre ses rues, ses avenues et ses quartiers. Ils évoluent ici, sans passé ni avenir. Leur vie se module uniquement au présent. La construction du roman est classique : nos compagnons du voyage évoluent en courts chapitres. Il n’y a aucun suspense, peu de rebondissements mais la structure et l’histoire qui en découle sont très intéressantes. Le reflet de cette vie décadente au parfum désenchanté et très fidèle à notre réalité. Il suffit parfois de s’installer sur un banc, ou sur une terrasse d’un café, regarder les gens qui passent et comprendre leurs errances. Est-ce la société qui nous inflige cette difficulté à nous accomplir? À nous épanouir? Et avoir le droit de sourire? Ce roman est loin d’être noir bien au contraire. On note l’envie de ces jeunes gens à se réinventer, arrêter de se chercher pour enfin se découvrir.
Un texte d’une grande finesse et de qualité pour le premier roman d’un jeune écrivain.

Roman paru aux éditions Albin Michel

Quelques mots sur l’auteur : Aurélien Gougaud a travaillé à la radio et compose de la musique électro. Son père est le conteur et poète Henri Gougaud qui dirige les collections « La Mémoire des sources » et « Contes des sages » aux éditions du Seuil.

« Lithium » sorti en 2016 est son premier roman.

Qu’est-ce que le Lithium? Je vous conseille de voir juste ICI chez Wikipédia ;-D

Amicalement vôtre

Hanae

Publié dans Romans contemporains

Le sens de la nuit – Nicolas Bréhal

Le sens de la nuit Nicolas Bréhal

Résumé : Pour certains esprits sensibles, la fin du jour est un passage qui révèle la dualité du clair et de l’obscur, du connu et de l’inconnu. Mais à d’autres, qui sont franchement bouleversés, ce mystérieux passage dénonce un combat plus ambigu encore: le pur contre l’amour, le bien contre le mal. Le sens de la nuit cerne l’inconscient d’un assassin, son malheur à tuer. Il analyse le dédoublement magique de Gaspard, la schizophrénie insidieuse qui l’amène à se glisser dans le crime comme dans un « sommeil oublieux ».

Mon avis : Parfois, il y des livres que l’on achète et que l’on oublie, cachés dans un recoin de notre bibliothèque, ils sont là, patientant sagement que l’on s’y intéresse, que l’on prenne le temps de les toucher, de les sentir et surtout, de les lire. Je me souviens très bien de ce jour où, j’avais terminé un roman et comme un compulsif affamé, il m’en fallait un autre. Mais lequel choisir? Je parcours ma bibliothèque, de mes doigts, je les touche un par un. Non, pas celui-là! Déjà lu! Pourquoi pas celui-ci! Non, je ne suis pas en phase de le lire pour le moment! Quand, Le sens de la nuit apparaît à moi, dans un recoin légèrement en retrait, pas aligné, reclus des autres livres. Voilà un titre intéressant qui pique ma curiosité. Depuis quand ai-je ce roman? Je n’avais aucun souvenir d’avoir en ma possession un livre de ce genre. Je m’arrête un instant sur cette photo, cette jeune femme visiblement désemparée en pleine rue dont le flou de cet instant nous cache une évidente vérité. Je pousse le vice et je le retourne, je lis le résumé, le relis une deuxième fois et me voilà conquis. Après deux jours d’une lecture intense où j’ai pu, grâce à la plume de Nicolas Bréhal, parcourir toute une palette d’émotions, je peux vous dire désormais que ce roman a marqué mon année 2017. Le roman se déroule à Paris, dans un été où il y fait particulièrement chaud, il est question de plusieurs personnages, ils se connaissent peu voir pas du tout mais ils sont liés par une seule et même dualité. Il y a Marge, jeune femme à la dérive, amoureuse de Thomas et amie de Sabine, autre oiseau rebelle des nuits parisiennes sans oublier Marcus, chauffeur de taxi travaillant exclusivement le soir venu. Comment tous ces personnages et quelques innocentes victimes découpées au couteau vont-ils se télescoper dans la danse de folie meurtrière orchestrée par Gaspard? Gaspard, fils d’un aveugle, se sentant lui-même enfant de la nuit, notre assassin «lâche et romantique» nous est décrit au hasard des pérégrinations de notre amie Marge. Un testament littéraire qui serre la gorge. Bref, un roman déroutant, parfois dérangeant, qui décrit dans une précision presque chirurgicale les bas-fonds de la folie, du désarroi mais aussi de l’amour. N’est-ce pas ça la littérature? Un roman qui dénote et nous pousse aux questionnements? Quoi de mieux que les maux de notre société pour révéler une parcelle de notre mal-être? C’est un roman noir mais paradoxalement plein d’espoir. Je vous conseille vivement cette lecture. Depuis ce jour, ce roman a une place beaucoup plus évidente dans ma bibliothèque 😉

Extrait choisi : Première nocturne : Depuis des années, la fin du jour condamnait Marge à une petite mort. Quand le soleil sombrait, elle se rendait compte combien son existence était vague, nuageuse, fragile, et son anxiété incommunicable. Pendant quelques instants, où qu’elle fût, Marge s’éclipsait. J’ai approché un assassin qui, dans la tradition des grands monstres du crime, devenait fou à la tombé du soir. « Le crépuscule excite les fous » écrit Baudelaire dans l’un de ses petits poèmes en prose; puis il évoque la nuit comme un vrai moment d’espoir et d’apaisement. (Faut-il le croire?…)

Quelques mots sur l’auteur : Gérald Solnitzki dit Nicolas Bréhal, né à Paris le 6 décembre 1952, mort à Levallois-Perret le 31 mai 1999 est un écrivain français, lauréat du Prix Renaudot en 1993 pour Les corps célestes. Le sens de la nuit est son huitième et dernier roman paru en 1999 aux éditions Gallimard.