La fillette au drapeau blanc – Saya Miyauchi

Éditeur : Éditons AKATA
Parution : 12 octobre 2017

D’APRÈS LA VIE DE TOMIKO HIGA

Résumé : Avril 1945, Okinawa. Tandis que le Japon est entré en guerre depuis quelques temps déjà, la petite île tropicale nippone semble encore épargnée par les conflits. C’est là-bas que vit la petite Tomiko, dans la joie et la bonne humeur, malgré l’absence de sa mère. Pourtant, quand les bombardements commencent et que son père doit partir sur le front, son quotidien bascule et… désormais, il lui faudra survivre… Survivre, envers et contre tout !!

Mon avis : Avec ce manga, je viens de faire un bond dans le temps, dans une zone géographique qu’aucun cours d’histoire ne présente. J’ai subi tristesse, compassion, désarroi, peur, angoisse et espoir. Ce mélange inconditionnel de sentiments autour d’une seule et même personne. Une force invisible mais engagée pour cette fillette, Tomiko Higa. Quel âge a-t-elle ? Quoiqu’il en soit elle était bien trop jeune pour vivre et subir tous ces martyres. En l’espace de quelques mois, nous allons suivre Tomiko dans sa fuite. Adieu l’innocence, au-revoir inconscience.

Chère petite Tomiko, tu as, longtemps déjà, perdue ta maman mais tu étais joyeuse en compagnie de tes deux grandes sœurs, de ton frère adoré et de ton papa chéri. Tu étais une perle d’énergie, l’essence même du sourire, tu évoluais avec gaieté dans la maison familiale sur cette merveilleuse île qui porte le nom d’Okinawa, tes yeux étaient riches de découvertes, tu avais soif d’apprendre de ton père, tu adorais jouer avec ton frère, et faire le bébé avec tes sœurs. Bref, cette vie était à toi, elle t’appartenait. Tu étais naïve et tu sais quoi ? Tu aurais dû le rester. Tu étais bien trop jeune quand cette guerre a commencé. Cet acte barbare, inhumain et dénué de sens t’a subitement arrachée de ton petit royaume, ton papa a dû partir au front et tu ne le reverras plus. Tu ne comprends pas ce qui ce passe, tout ce mal, ce sang coulé, ces morts parsemés çà et là. Tu as peur, tu pleures mais tes sœurs et ton frère sont avec toi. Ils te protègent comme ils peuvent. Jusqu’au jour où, dans un trou, blottie contre ton frère adoré, tu trouves un peu de répit et de confort. Tu t’endors dans ses bras, lové dans sa chaleur, mais le matin, au réveil, tu lui découvres les yeux grands ouverts, il a perdu sa vie, il a protégé la tienne. Que s’est-il passé ? Seuls les bombardements et les balles tirées le savent. Tes sœurs et toi devaient laisser le corps de votre frère ici, ce sentiment d’abandon vous inonde mais vous lui faites la promesse de revenir.
Les bombardements de plus en plus proches, de plus en plus conséquents vous feront paniquer. Tu perdras de vue ce qu’il te reste de famille, tes deux grandes sœurs.
Ma chère petite Tomiko, tu vas devoir être forte, tu vas devoir te battre, je sais, tu es jeune, tu n’es qu’une petite fille mais tu as toutes les armes en toi pour survivre. Je te promet que tout va bien se terminer même si tu dois fuir, te cacher, manger à coté de cadavres, essayer de trouver de l’eau potable. Tu vas être effrayé,e fatiguée, épuisée mais un beau jour, tu vas trouver réconfort auprès de deux personnes que tu appelleras grand-parents. Eux aussi, comme beaucoup, ont fui mais comme peu de gens ils ont survécu. Ils sont vieux; elle, elle est aveugle, lui, il lui manque bras et jambes, mais ils vont t’accueillir, vont t’apporter, dans cette grotte, un peu d’amour, de câlins, de joies. Tu vas aider mamie à faire la cuisine, tu vas enlever à l’aide de gros sel les vers qui rongent les moignons de papy.
Un bon jour la guerre va se terminer, tu n’y crois pas et c’est bien normal après tout. Tu vas devoir laisser tes grands parents adoptifs dans leur grotte, ils le savent, ils vont mourir. Mais toi, tu dois vivre petite Tomiko, tu dois vivre pour toutes ces pertes humaines, tu dois vivre simplement. A l’aide de la chemise blanche de papy tu vas sortir de la grotte en brandissent un drapeau blanc.
Tu as peur, tu penses que tu vas être tuée. Mais non petite Tomiko tu vas vivre et retrouver tes sœurs.

Ma chère petite Tomiko, j’ai vécu avec toi, j’ai été bouleversé par ton histoire mais je suis honoré de te connaitre et c’est avec pudeur et délicatesse que je te laisse une jolie place dans mon cœur.

Merci à Saya Miyauchi qui retrace avec fidélité et un long travail de recherches et de documentation la véritable histoire de Tomiko Higa. Son style narratif nous fait vivre l’histoire à travers les yeux de Tomiko et ça nous donne une ampleur merveilleuse et bouleversante.

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Pour que le jour de votre mort soit le plus beau de votre vie – Lionel Abbo

Éditeur : Éditis PLON
Parution : 11 avril 2019

Résumé : « Je m’appelle Adolphe Goldstein. Mon créneau, c’est la mort. Une personne décède toutes les cinquante-quatre secondes en France. Un eldorado. »
Jusqu’à présent, le trépas demeurait un sujet tabou, s’accommodant mal de la liberté du commerce. Mais demain, grâce à Adolphe, organiser sa fin de vie sera considéré comme un acte aussi anodin que préparer son mariage. Pourquoi craindre cet instant inéluctable et le subir alors que l’on peut décider du moindre détails ?
Son idée : proposer à ses clients la façon dont ils veulent quitter ce monde et leur permettre de choisir leur mort comme ils choisissent leur vie. Porté par cette mission qu’il juge d’utilité publique, jusqu’où ira Adolphe pour convaincre ?

Mon avis : Lionel Abbo nous invite dans un univers, on peut le dire, macabre. C’est bourré d’humour noir que l’auteur nous confronte avec la mort. Faire de sa propre mort le plus beau jour de sa vie, voilà un sujet intéressant qui questionne, qui fouette nos idéaux, titille nos croyances et appréhende une fatalité. Nous suivons donc le parcours d’Adolphe, fraîchement installé à Paris avec sa talentueuse comédienne de femme, Éva. Adolphe vit un peu dans l’ombre de cette dernière, par amour il la suit, par amour il s’efface. C’est vraiment l’idée que j’ai pu me faire de ce couple dont tout oppose. Adolphe, de confession juif va se trouver un créneau qu’il lui est propre. Celui de la mort. Et quoi de mieux qu’une agence pour sublimer cela ? Le death planner va voir le jour. Au fil des pages nous allons découvrir l’évolution de cet petite entreprise, nous allons être confronté à la mort mais aussi à la façon dont les personnes appréhendent la vie. C’est grave, c’est satirique, c’est humoristique, c’est de l’art.
Je ne souhaite vous en dire plus, je vous laisse à votre propre jugement. Je peux simplement vous souffler que la plume de Lionel Abbo à parié sur la mort et c’est avec recule, cynisme, fluidité et à l’humour grinçant que l’auteur a gagné. 

Un petit extrait ? : Je vis dans une société où l’on pourra bientôt remplacer un organe défaillant aussi mécaniquement que la pièce endommagé d’une voiture. Où l’on pourra reprogrammer le corps humain de façon à lui épargner maladies et vieillissement, par exemple en désactivant les cellules-souches cancéreuses. L’éternité nous est promise.
Aujourd’hui déjà, les hommes peuvent espérer vivre jusqu’à soixante-dix-neuf ans, et les femmes jusqu’à quatre-vingt-cinq ans. Mais dans quel état ?
Bientôt, des robots travailleront pour nous pendant que nous nous adonnerons à toutes sortes de loisirs. La plupart des gens, ivres de liberté et de caprices, se contenteront de vivre l’instant présent. Sans plus rien attendre de l’avenir. On s’ennuiera comme jamais. On inventera de nouvelles façons de s’amuser. On jouera avec sa destin.
On choisira le jour de la naissance de son enfant, la couleur de ses cheveux, son quotient intellectuel, ses capacités physiques. Le marché s’emparera de ces découvertes et commercialisera ces possibilités. Les plus pauvres seront plus faibles. Les plus riches plus forts. Pourtant tout le monde a droit à une disparition honorable. Même vous. Même moi.
Si je vous confie mon histoire, c’est pour ne pas disparaître sans laisser de trace. J’aimerais rester gravé dans vos mémoires, souiller vos âmes, ouvrir une brèche dans votre morale. En posant une simple question : comment souhaitez-vous mourir ?
Je ne suis pas un simple croque-mort. Je propose à mes clients de choisir le moment et la façon dont ils vont quitter ce monde. Pourquoi craindre cet instant inéluctable, pourquoi le subir alors que l’on peut décider du moindre détail de son départ ? Choisir sa mort comme on a choisi sa vie.
Death Planner, c’est mon job.  

Le mari de mon frère – Gengoroh Tagame

Éditeur : ÉDITIONS AKATA

Résumé :

Tome 1 : Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau! Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon pour y réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a alors pas d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses.

Tome 2 : Entre son nouvel oncle venu du Canada, mais aussi l’arrivée surprise de sa mère, la fillette a de nombreuses raisons de se réjouir ! Mais tout le monde, dans le voisinage ne regarde pas d’un œil bienveillant la venue d’un imposant homosexuel dans le quartier… Une occasion parfaite pour Yaichi, de continuer à remettre en cause ses certitudes !

Tome 3 : Réunissant désormais à se comporter avec son beau-frère de manière très naturelle, il organise à l’improviste un séjour en famille aux sources thermales. C’est à cette occasion que le père de Kana va réaliser à quel point il a déjà évolué. Mais à leur retour, quelques surprises pourraient bien les attendre…

Tome 4 : C’est avec une idée bien précise en tête que Mike s’est rendu au Japon où il a rencontré Yaichi et la petite Kana : pour tenir la promesse qu’ils s’étaient faite avec son défunt mari… Et tandis qu’à l’école de sa nièce, sa venue semble devoir faire des remous, les choses se concrétisent et… Peu à peu, le jour fatidique de son retour pour le Canada semble s’approcher.

Mon avis : C’est dans ce pays de traditions, de valeurs et de patriotisme, que la vie de Yaichi et de sa jeune fille, Kana, va être chamboulée par l’arrivée soudaine de Mike, un grand et costaud canadien, poilu de surcroît, dans leur petite demeure. Mike n’est autre que le mari du frère jumeau de Yaichi, Ryôji, décédé depuis peu au Canada, son pays d’adoption. Par promesse et amour pour son défunt mari, Mike part au pays du soleil levant pour suivre les traces du passé, du patrimoine et de la culture qu’ont façonné depuis de nombreuses années l’amour de sa vie. Il va donc à la rencontre de sa belle famille et, c’est avec naturel et rempli de bonne volonté que Mike, par un beau jour printanier tape à la porte de Yaichi.
Nous allons suivre le périple d’une famille pas comme les autres dans un choc de cultures saisissant et passionnant. Entre les étreintes excessives de Mike avec ses torrents de « hugs » et la pudeur démesurée d’Yaichi. Entre l’hétérosexualité très conservatrice japonaise et la totale ouverture à la canadienne.
Durant tout son séjour, Mike va vivre sous le même toit qu’Yaichi. Ce dernier, légèrement homophobe, ne sait pas quel comportement adopter face à cet homme et s’imagine d’incessantes scènes grotesques face à Mike qui, quant à lui, est totalement décomplexé et plutôt bien dans sa peau. La cohabitation est délicate, remplie de gênes et de silences mais c’est avec la spontanéité et l’inconscience exacerbées et souvent très drôles de Kana que leur relation, petit-à-petit, va prendre une jolie tournure.  Kana est plus qu’heureuse de rencontrer Mike qu’elle nommera très vite « mon oncle », ce colosse est pour elle un trophée qu’elle veut absolument brandir devant tous ses copains d’école. Elle adore toucher les poils de son oncle qu’elle qualifie aisément : d’ours.  Kana se contrefout des messes basses et commérages que suscitent l’arrivée de Mike dans cette tranquille petite ville conservatrice. C’est avec tout son naturel qu’elle questionne sans cesse, même si son père et son oncle ont souvent du mal à y répondre. 

Cette jeune et énergique demoiselle qui vient avec sa franchise et sa candeur arrive en quelques coups de sourire et de naïveté à dédramatiser à souhait l’ambiguïté que les non-dits aiment provoquer.
Ce manga de quatre tomes soulève avec délicatesse et humour les tabous que les homosexuels peuvent essuyer comme par exemple : un gay couche avec tout ce qui bouge…, Il faut faire attention aux enfants quand un gay est dans les parages. C’est peut-être grossier et cliché mais c’est malheureusement encore la vérité. Alors non, un homosexuel ne couche pas avec tout le monde et non, un gay n’est pas un pédophile. Ces quatre tomes démontre avec force et justesse qu’être homo c’est avant tout être humain avec ses forces, ses faiblesses et ses émotions. Tout simplement…

Aucune scène de sexe dans ces tomes. Nous ne plongeons pas dans le cliché et la caricature avec des hommes ultra sexués, androgynes et efféminés. L’auteur nous peint un quotidien parmi tant d’autres. Ils sont musclés, certes, mais ils restent des hommes. Et oui, être gay ne veut pas dire : renier son genre. Quoiqu’il en soit, nous sommes ici dans un schéma familial peu commun au Japon. Yaichi est divorcé et élève seul sa fille car son ex femme travaille énormément. C’est donc lui qui cuisine, fait le ménage, la vaisselle, le repassage etc… et en plus loge un gay… tous les codes sont ici cassés pour le plus grand bonheur de Kana et du nôtre. 

Bref, Le mari de mon frère reste pour moi un manga de référence que tout le monde doit posséder et lire 🙂
1/ Il donne le sourire, apporte des réponses pour certains et ouvre divinement l’esprit pour d’autres.
2/ Ce manga est édité uniquement en quatre tomes (parfait pour le manque évident de place dans notre bibliothèque).
3/ Pour tout ce que j’ai pu vous écrire juste en haut.
4/ Il y a, parsemés ici et là dans l’histoire, des clins d’œil sur les causes LGBT avec de véritables travaux historiques.

Et quoi de mieux que des tissus made in Japan et faire des furoshiki pour vous présenter ces quatre tomes tels de véritables cadeaux. 🙂

ON ADORE !!!!!

Quelques mots sur l’auteur :  Gengoroh Tagame est connu pour ses illustrations homo-érotiques très crues, voire franchement pornographiques, qui reprennent les codes des mangas pour adultes les plus violents. Il est un des rares artistes gay japonais à représenter des scènes aussi crues, avec des rapports sexuels souvent sado-masochistes, barbares ou sanglants, et de récurrentes scènes de viols, dans un contexte militaire ou policier. Les curieux, allez voir sur internet 🙂 

Nous le découvrons ici dans un tout autre registre parlant de du quotidien, de la société et de la famille. FONCEZ !!!!

Une douce odeur de café – Naoto Yamakawa

Parution : 14 février 2019
Éditeur : PIKA ÉDITION

Résumé : Leur amertume vous rappellera la vie, leur douceur apaisera vos maux. Entre lyrisme et mélancolie, des histoires à la fois fugaces et émouvantes se déroulent là, juste au coin de la rue… Leur point commun : le café, et les voici réunies en un recueil réconfortant comme une tasse de moka bien chaud.

Mon avis : C’est à travers treize courtes histoires mettant en scène treize tranches de vie que Naoto Yomakawa nous berce et nous transporte avec poésie et délicatesse. Cette boisson culte qu’est le café, préparée avec passion et savoir-faire ou consommée à la volée, à le don de réunir, d’unir le monde autour d’une terrasse ou chez soi. Accompagné de lait, de sucre, d’une cigarette ou seul. Le café nous pousse à la découverte, à l’envie de connaitre son voisin, de partager une seconde de notre vie, d’humer ses effluves et se délecter de ses parenthèses bienveillantes et bienfaitrices. Ces histoires tout comme ses images symbolises la rêverie, la mélancolie, la songerie et le partage. Bien plus qu’une ode à cette boisson et l’art subtil à sa préparation, on effleure avant tout le tableau de la contemplation, de la connaissance de soi, du partage avec les autres et on touche de très prêt une valeur qui nous est propre : le respect.
Un livre qui fait du bien, qui nous réconforte et qu’on prend plaisir à le tenir dans ses mains, comme une tasse fumante de café.

Laissez-vous bercer par des récits pleins d’arômes, contés par Naoto Yamakawa, le plus poète des mangakas.

Tangerine – Christine Mangan

Éditeur : Harper Collins NOIR
Parution : 02 mai 2019

Résumé : Tanger, 1956. Alice Shipley n’y arrive pas. Cette violence palpable, ces rues surpeuplées, cette chaleur constante : à croire que la ville la rejette, lui veut du mal. L’arrivée de son ancienne colocataire, Lucy, transforme son quotidien mortifère. Ses journées ne se résument plus à attendre le retour de son mari, John. Son amie lui donne la force d’affronter la ville, de sortir de son isolement.

Puis advient ce glissement, lent, insidieux. La joie des retrouvailles fait place à une sensation d’étouffement, à la certitude d’être observée. La bienveillance de Lucy, sa propre lucidité, tout semble soudain si fragile… surtout quand John disparaît.

Avec une Tanger envoûtante et sombre comme toile de fond, des personnages obsessionnels apprennent à leurs dépens la définition du mot doute.

Mon avis : c’est sous le soleil de plomb et la chaleur accablante que nous nous rendons. Faisons un bond dans le temps et dans l’espace pour embarquer à Tanger, ville portuaire du Maroc, en 1956. À destination, nous allons faire la connaissance d’Alice, jeune mariée fraîchement débarquée dans cette ville en opposition à tout ce qu’elle se représente. Elle n’avait pas d’autre choix que de suivre John, son mari. Est-ce par amour qu’elle quitte son quotidien? Ou simplement pour fuir? Quoi qu’il en soit, Alice n’arrive pas à s’intégrer, à se fondre dans le décor. Elle ne s’acclimate pas à la culture, au climat, aux odeurs, à cette vie que Tanger peut offrir. C’est tout naturellement qu’elle s’isole, s’enferme dans le confort qu’offre le bel appartement qu’elle partage avec son mari. Qu’est-elle venue faire ici? Elle même se le demande.
Un jour et contre toute attente, une autre jeune femme, bien plus belle et féminine, débarque dans cette ville avec une seule idée en tête, retrouver sa meilleure amie, après des mois et des mois d’absence et de silences, naissants d’une période sombre et fâcheuse.
Quand Lucy retrouve Alice, devant le portail de leur maison, le chamboulement peut commencer.

C’est sous forme de deux narrations bien distinctes que Christine Mangan nous promet une histoire haletante. Nous sommes confrontés à deux personnalités, deux différences, qui n’ont d’égal que leur amitié sournoise et destructrice.

Le roman est écrit avec justesse et maîtrise, l’histoire est bien ficelée. Deux voix, deux lieux différents (Tanger et le Vermont), deux points de vue, deux pensées sont accolées sur un contexte géographique et historique décrit avec force détails et précisions. Bref ! Tous les ingrédients sont réunis pour rendre la lecture accrocheuse, passionnante mais le coup de cœur n’a pas voulu frapper à ma porte cette fois-ci. J’ai trouvé que les personnages manquent cruellement d’empathie. Un « je ne sais quoi » qui nous procure cette agréable sensation de ne faire qu’un avec les personnages comme de les aimer, de les comprendre mais aussi de les haïr. J’ai trouvé également certaines longueurs du texte trop ennuyeuses et d’autres très intéressantes. Mais malheureusement pas assez pour passer un bon moment. Il manquait pour moi une certaine profondeur. Pendant toute la lecture, je ne suis resté qu’à la surface. 

Je n’ai pas pour habitude d’écrire ce genre de choses mais, je me dois d’exprimer mon propre ressenti avec toute ma franchise, ma spontanéité et mes mots. Cependant, je respecte parfaitement les travaux de recherche et la plume de l’auteure. Je reste persuadé que ce roman trouvera un lectorat qui vantera les mérites que ce roman peut avoir. Mon article n’est pas très étoffé mais je n’ai malheureusement rien d’autre à rajouter. 

La punition qu’elle mérite – Elizabeth George

Date de parution : 07 mars  2019
Éditeur : Presses de la cité 


Résumé : Ludlow, bucolique bourgade du Shropshire, tombe dans l’effroi lorsque le très apprécié diacre Ian Druitt est accusé de pédophilie. Placé en garde à vue, le suspect est retrouvé mort, pendu. 
La commissaire Isabelle Ardery, qui a été dépêchée sur les lieux depuis Londres et qui se débat avec ses problèmes d’alcool, a bien envie de classer l’affaire en suicide. Mais c’est sans compter la sagacité du sergent Barbara Havers. Coachée à distance par l’inspecteur Thomas Lynley, la Londonienne gaffeuse et accro à la nicotine flaire le pot aux roses : et s’il ne s’agissait pas d’un suicide ? N’en déplaise à Isabelle Ardery, Lynley et Havers vont reformer leur duo de choc pour observer de plus près la vie de cette petite ville qui semblait si paisible. Car, derrière leurs allures de gentils retraités ou d’étudiants fêtards, les habitants de Ludlow ont tous quelque chose à cacher…

Mon avis : Elizabeth George nous revient avec un vingtième opus pour mon plus grand plaisir. Toujours en compagnie de ses acolytes tels que : Thomas Lynley, Barbara Havers, Nkata, Isabelle Ardery de Scotland Yard et bien d’autres encore. Et comme toujours avec cette autrice américaine, l’histoire se déroule en Angleterre et toujours sous forme de gros pavé. Bref, c’est sa marque de fabrique, son cocktail qui fonctionne depuis maintenant de très nombreuses années.
Nous partons ici pour la petite ville de Ludlow ou Ian Druitt, un diacre est arrêté pour pédophilie. Le pauvre homme, lors de son arrestation se suicide. Peut-être est-ce un homicide déguisé en suicide ?
L’histoire se déroule en deux parties, la première, le sergent Barbara Havers est envoyé dans la petite ville de Ludlow avec sa supérieure hiérarchique Isabelle Ardery pour étayer la thèse du suicide mais quelque chose cloche, un « je ne sais quoi » qui titille la curiosité du sergent Havers qui souhaite pousser un peu plus l’enquête. Isabelle Ardery, quant à elle, souhaite tout autre chose. Son esprit patauge entre ses problèmes familiaux et son rapport très fusionnel avec l’alcool. Statu quo sur le meurtre du diacre. Faute de temps et de moyens, elles retournent sur Londres.

En deuxième partie, et pour plusieurs raisons, ils doivent retourner enquêter ; Isabelle Ardery étant de mauvaise aide, c’est notre duo de choc qui retrouve les habitants de Ludlow. Thomas Lynley, homme de haut rang et d’une élégance sans borgne, collabore avec Barbara Havers, femme brouillon, fumeuse compulsive adepte de la junk food et jouant – sans le vouloir – avec la hiérarchie. L’enquête n’avance pas, aucune preuve, aucun indice malgré leur suspect numéro 1, l’îlotier qui fait régner l’ordre et le calme lors des soirées étudiantes un peu trop arrosées. Qui est-il après tout ?

Nous sommes ici dans une espèce de huis clos. Tout le monde à Ludlow se connaît, tout le monde sait, mais beaucoup se taisent. Beaucoup d’histoires s’entremêlent, se croisent, s’entrechoquent parfois. On pense parfois perdre le fil mais il suffit d’un rien avec Elizabeth George pour nous remettre sur les rails de l’angoisse et du suspense.

J’ai trouvé cependant que le rythme était parfois un peu lent, il y a certaines longueurs qui s’immiscent dans le flux de l’histoire et qui donnent une certaine redondance mais cela n’entrave en rien la qualité de l’écriture, de l’histoire et de l’évolution de l’enquête malgré le manque d’action. Elizabeth George a le don de tenir le lecteur en haleine. Nous n’avons qu’une envie, celle de connaître le dénouement et celui-ci, vous pouvez me croire, va bien au-delà de mes attentes. Je tiens aussi à soulever un point non négligeable. Dans ce roman, plusieurs clins d’œil sont parsemés ici et là de ses précédents livres mais cela ne fait partie d’aucune suite, tous les romans d’Elizabeth George peuvent être lus sans respecter d’ordre chronologique et je trouve ça très agréable. Bref, ce roman n’est pas un coup de cœur mais une très bonne lecture. Une chose est évidente, Elizabeth George n’a plus besoin de prouver quoique ce soit en matière de littérature policière. Elle maîtrise divinement l’art du polar

 

Elles m’attendaient… – Tom Noti

Éditeur : Éditions LA TRACE
Parution : 28 février 2019

Résumé : deux personnes s’aiment et leurs solitudes s’aimantent. Cela ressemble à une histoire d’amour simple et lumineuse, mais c’est sans compter sur les ombres que Max cache derrières ses silences….


Mon avis: Loin d’être une histoire parfumée à l’eau de Rose, mielleuse et édulcorée, Tom Noti nous dévoile dans son dernier opus une histoire d’amour mêlant une palette de sentiments finement variés, délicats et écorchés. Les mots y sont forts tout comme ces personnages qui se veulent attachants et parfois irritants.

On sonde avec délectation les sentiments, on partage la complexité des rapports amoureux. Il est question ici de Max, Halley et leur fille Rosie. Trois personnalités, trois parcours, trois différences traînant leurs maux, leurs faiblesses mais aussi leurs amours. Un amour perçu et reçu à travers trois regards mélancoliques et contemplatifs.

Max trouve l’amour dans le regard de Halley. Ils étaient jeunes, ils se trouvaient sans le vouloir sur une terrasse de café. Elle était lumineuse et enjouée, lui était seul, solitaire et dans ses sombres pensées. Un gentil sauvage qu’Halley, poussée par l’envie, a eu la justesse et le désir d’aborder. Ils étaient différents, ils étaient leurs contraires mais c’est l’Amour, le vrai, celui qui trouve réponse dans les silences qui les a poussés dans les bras l’un de l’autre. C’est main dans la main qu’ils s’accompagnent, s’apprivoisent, se nourrissant de leurs rires et de leurs regards bienveillants. De leur union, du fruit de leur amour, vient au monde Rosie. Max, traînant son passé jusqu’à dans son présent, un fardeau bien trop lourd qu’il souhaite occulter, effacer ou mettre de côté pour vivre sa vie d’homme, sa vie de mari et celle d’un père protecteur et présent. Mais la naissance de sa fille, la naissance de cet amour sans faille, spontané et indéfectible va faire resurgir en Max son passé, ses maux, ses angoisses. En véritable écorché, ne trouvant sa place nulle part et se sentant inutile, il va renoncer. Max n’est rien mais il ressent beaucoup trop. L’amour devient trop fort, trop lourd pour cet homme qui aime trop.

Peut-on trop aimer? Oui et ça fait mal. Il ne gère plus, anticipe mal. Est-ce par faiblesse ou par amour qu’un jour Max prend la fuite. Il part, pas très loin, juste dans la rue, celle d’à côté. Rosie grandit, se façonne et se forge grâce à l’expérience de sa mère et la présence épisodique de son père qu’elle rejoint souvent, sur les bancs.

Elle évolue dans un schéma familial peu classique, loin d’une normalité que nous connaissons tous, mais après tout, où se trouve le normal? Ce mot est dénué de sens lorsque les sentiments et les émotions nous confrontent. Les bons comme les mauvais, peu importe. Ressentir est l’essence même de l’amour; et la normalité, c’est à nous de la créer.
C’est avec justesse et poésie que Tom Noti explore les sphères des relations sentimentales complexes et délicates qu’unissent un homme, une femme et leur enfant. Aussi différentes soient-elles.
Tom Noti nous offre un roman sur l’amour avec une approche qui sort des clichés trop souvent lus et relus.
On peut traîner les fantômes de notre passé. Même s’ils ralentissent et effacent les moments où l’on peut-être heureux, l’amour est bien là. À chaque mot, dans chaque page, Tom Noti effleure de sa plume les nombreuses situations que la relation peut soulever. Celle-ci n’est pas que Rose, elle se décline dans un large spectre aux subtiles variations.

C’est avec les mots du cœur, la justesse de la sagesse, que Tom Noti nous délecte par cette merveilleuse lecture. C’est une ode à l’amour, à l’espoir et à la vie même si le fond de l’histoire ne s’y prête guerre.

Je vous recommande vivement ce roman. Chapeau bas monsieur Tom Noti!

Dans son silence – Alex Michaelides

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Parution : 06 février 2019
Éditeur : CALMANN-LEVY

Résumé : Alice, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari défiguré par des coups de couteau fatals, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alice ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement responsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : parvenir à faire parler Alice. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui faire extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alice s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…

Mon avis :ALERTE GROS COUP DE CŒUR ♥ Oui, oui! J’ai pris (du début de la lecture jusqu’à la dernière page) une claque monumentale. C’est officiellement le thriller 2019 qui a réussi avec brio à me tenir en haleine grâce à son intrigue grandiose et son dénouement magistral. Ces mots sont peut-être forts de sens, mais ils restent les cris du cœur.

Quel bien fou de ne pas avoir recours à une enquête « classique » où les policiers, forces de l’ordre ou poulets (comme vous voulez) prennent une place centrale dans l’histoire. Ici, ils sont en quelque sorte inexistants. Pratiquement tout le récit se déroule dans un hôpital psychiatrique où Alicia Berenson y est confinée pour avoir sauvagement assassiné son mari – Gabriel Berenson – photographe de mode. Un meurtre barbare qui a rendu le pauvre homme méconnaissable. Alicia – peintre de renom dont le mouvement artistique est de peindre des images aussi réalistes que des photographies – est retrouvée près de feu son mari, une arme à la main, criblée de sang qui ne laisse planer aucun doute quant à sa culpabilité. Malgré un talent dingue et une oeuvre prolifique, la carrière d’Alicia s’arrête brusquement. L’issue est fatale, cette pauvre femme s’enferme dans un profond mutisme. Un tel silence abyssal qu’aucun thérapeute n’a pu l’en extraire. C’est sans compter sur la détermination sans borne de Theo Faber qui a suivi l’affaire Alicia Berenson via les médias et qui décide par une force et une détermination qu’il ne s’explique pas, de venir en aide à cette jeune femme. Par chance, un poste dans l’hôpital où elle est enfermée se libère. Theo postule et mettra tout en oeuvre pour qu’Alicia devienne sa patiente. Sa motivation a eu raison de lui. La  thérapie peut donc commencer… 

Theo Faber est un homme de 42 ans, le choix de devenir psychothérapeute n’est pas venu par hasard. L’essence même de ce choix trouve sa source dans un mouvement égoïste. En effet, c’est le métier idéal qui l’aidera à guérir ses propres maux. Ayant eu une enfance plus que perturbée, il grandit dans un état de stress permanent, de nervosité, d’angoisses et de peurs tirant son origine de ce père aux crises de rages imprévisibles. Un homme envahissant, castrateur et d’une mère certes présente mais sous l’emprise de la violence de son mari.
En s’orientant donc vers un métier basé sur la santé « psychique », il améliore en parallèle son propre état.
Theo deviendra donc le thérapeute officiel d’Alicia et malgré le silence exacerbé de cette dernière, il mettra tout en oeuvre pour la faire parler. Quitte à mener une enquête et parler officieusement aux proches d’Alicia, ceci afin d’en savoir davantage sur son passé et qui elle est vraiment.

Un thérapeute doit obligatoirement mettre une distance avec ses patients, feindre une certaine empathie pour instaurer à la relation un climat de confiance et de bienveillance. Mais que ce passe-t-il si les barrières tombent et que l’affect prend une place prépondérante dans la relation entre le psychotique et le thérapeute? Où se situe alors la folie? Qui est qui? Qui devient qui? Et finalement qui soigne qui?

Vous souhaitez le savoir? Alors, bienvenue dans ce thriller psychologique parfaitement maîtrisé où l’on prend plaisir à se faire manipuler. Alex Michaelides nous oblige à sortir de notre zone de confort et son talent nous agrippe en nous laissant une marque indélébile. Notre vision sur le monde s’en trouve altérée, nous sommes happés par l’histoire, par le contexte et la force psychologique de chacun des personnages. Nous laissons par l’éloquence de ce roman, libre court à la folie. Seule la fluidité du texte et les mots précis de l’auteur restent nos fils conducteurs pour éviter toute perte dans les méandres du psyché humain. Notre imaginaire s’en trouve bouleversé et notre point de chute reste le merveilleux talent d’Alex Michaelides.

Ce roman se soit d’être lu et apprécié à sa juste valeur. Son contenu nous prend aux tripes, nous bouleverse, nous cogne et nous procure de merveilleuses sensations. Nous sommes touchés par le travail de recherche de l’auteur et sa capacité à extraire pour nous l’essentiel, sans aucune fioriture. Il a réussi à nous soulever et nous rappelle à chaque page que la folie n’est jamais très loin.

Quelques mots sur l’auteur : Alex Michaelides est un scénariste britannique de trente-neuf ans, Son prochain long métrage, The Brits are coming, qui sortira en 2019, propose Uma Thurman, Tim Roth et Stephen Fry à l’affiche. Alex a étudié la psychanalyse pendant trois ans, et a travaillé pendant deux ans dans une clinique pour jeunes. Dans son silence, son premier roman, est sur le point de devenir un phénomène dans le monde entier.

L’égarée – Donato Carrisi

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Parution : 03-10-2018
Éditeur : CALMANN-LEVY

Résumé : Un labyrinthe secret plongé dans l’obscurité. Un bourreau qui y enferme ses proies. Une victime qui parvient à s’en échapper, mais sans le moindre souvenir.
Un effroyable combat pour retrouver la mémoire, et une enquête à hauts risques pour traquer celui qui continue à agir dans l’ombre…

Mon avis : Avec tous les romans de Donato Carrisi, c’est la même chose. Il y a en moi un véritable combat entre mes bas-instincts et ma passion. S’en suit alors entre eux un dialogue de sourd : « Je ne veux pas terminer ce bouquin…« , « Mon dieu, encore un chapitre et je ferme ce livre…« , « Bon, je ne lis juste que quelques phrases…« , « Mais pourquoi n’écrit-il pas des romans de mille pages…« , « ENCORE !« . Vous voyez le genre ???
Et comme toujours, une fois le roman terminé, la claque est telle que je dois prendre du temps pour digérer son histoire.
Donc je préfère vous prévenir tout de suite, je vous fais subir cette logorrhée uniquement dans le but de vous dire que le dernier opus de Donato Carrisi est pour moi un énorme coup de cœur qui se veut comme la suite de la trilogie du chuchoteur.
On adore.

Ce que j’aime par dessus tout avec Donato Carrisi et ses romans c’est qu’avec sa plume, nous pénétrons dans une machiavélique manipulation psychologique.
1/ Il a cette faculté à nous soumettre une intrigue « classique » (dans l’égarée c’est un bourreau qui enferme ses proies dans un labyrinthe, une victime réussit à s’en échapper après quinze ans de captivité. Cette jeune femme, Samantha Andretti de son nom, est conduite à l’hôpital.
2/ Il nous met en face d’un génie du mal tel que la condition humaine peut parfois nous apporter. Ici nous suivons les traces d’un monstre, grimé d’une énorme tête de lapin avec de jolis yeux en forme de cœur, qui possède un enchevêtrement multiforme de fantasmes, de pulsions irréfrénables, d’instincts et de perversions obscènes.
3/ Il réussit avec brio à nous faire vivre avec effroi ces enquêtes à travers des personnages complexes tels qu’ici Bruno Genko. Ce détective privé a été contacté par les parents de Samantha Andretti, leur fille, lors de sa disparition. Il essaiera de la rechercher, en parallèle de l’enquête que la police était en train de suivre.
– Bruno Genko, un homme à l’apparence négligée, malade et qui erre nuit et jour entre le dark web, les pubs et les trottoirs. Il a fait vœu de solitude et recherche le confort et le soutien auprès d’un transsexuel.
– Samantha Andretti qui, après quinze ans de captivité, doit retourner à ses angoisses pour aider l’enquête à avancer et revivre ce traumatisme que toutes ces années ont alimentées.
– Le profiler qui aide Samantha avec ses démons, un expert spécialisé dans la capture des tueurs en série utilisant des méthodes pas très orthodoxes pour sonder le cerveau de la jeune femme.
– Des enquêteurs légèrement tête à claque (mais qui ont toute leur importance) comme ici Delacroix et Baueur.

Ça parait être le mélange parfait pour un bon polar « classique » mais ici, le travail de recherche et la faculté de Donato Carrisi à s’effacer pour laisser le lecteur face à l’enquête est pour le moins… déconcertant.

Ce que j’ai trouvé dérangeant au début de la lecture (que cela vous rassure, ce picotement n’a duré que peu de temps 😉 ) c’est que, comme je vous l’ai écrit plus haut, je m’attendais vraiment à une suite du CHUCHOTEUR et du TRIBUNAL DES ÂMES donc, de retrouver les personnages comme Mila Vasquez par exemple. Rien ne supposait à avoir un lien avec les deux précédents romans mais croyez moi, avec Donato Carrisi, nous pouvons nous attendre à tout. Même si nous pensons être sur une piste. Il suffit d’une phrase, d’un élément ou de tourner la page pour que nous prenions en pleine figure un dénouement totalement opposé à nos suppositions.
Qu’on se le dise, Donato Carrisi remet sans cesse notre raisonnement en question. Pour notre plus grande joie ;-).

Dans l’égarée, sang et boyaux n’ont que très peu de place. Pourquoi? Car nous faisons face à un psychopathe « consolateur » dont le but principal est de transformer chacune de ses victimes en être abject. Dans la prison du « consolateur » la proie est soumise à des épreuves souvent cruelles, programmées pour faire peur. Elle est contrainte à des actes abominables. De cette façon, ces psychopathes se consolent eux-même d’être des monstres.
En lisant ce livre, dites vous bien que la ligne de la folie est déjà franchie.
Ce n’est vraiment pas un livre pour les enfants, même s’il figure un imagier représentant un joli lapin avec des petits yeux en forme de cœur qui cache une écriture spéculaire… Chut!!! Je ne vous en dis pas plus.

Le mot de la fin : Comment ne pas succomber à l’écriture de Donato Carrisi. Encore une fois, cet auteur signe un roman d’une extrême qualité où tout y est parfaitement maîtrisé, bien calibré et subtilement bien agencé. L’intrigue comme les rebondissements évoluent tout au long de l’histoire, ce qui rend la lecture encore plus glaçante, excitante et percutante.

Le vieil homme et son chat – Nekomaki

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Date de parution : 05-09-2019
Éditeur : CASTERMAN

Résumé : Dans une petite ville côtière du Japon, loin des mégalopoles, Daikichi, instituteur à la retraire et veuf, vit avec Tama, un chat âgé de dix ans. Ou alors est-ce le matou qui veille sur son maître pour honorer une promesse faite à son épouse disparue? Difficile à dire, tant les deux compères sont inséparables.

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Mon avis : La couverture est discrète mais vous pouvez me croire, celle-ci cache un trésor. Ce roman graphique à le don de nous apporter de la joie, du bonheur et une bonne dose de sourire. Un véritable cocktail de douceur qui se loge bien au chaud dans notre petit cœur. (Oui, c’est un peu cliché mais je ne vous cache rien. J’expose juste la vérité 😉 )

Nous sommes au Japon, dans une petite ville qui a pour particularité de ne loger que des pépés et mémés mais aussi des chats. Pendant un an, nous allons vivre avec Daikichi, Tama – un beau gros matou – et toute la bande. La relation entre le vieil homme et le minou est unique, anthropomorphique, fusionnelle et parfois rocambolesque. Nous prenons plaisir à suivre leur quotidien rythmé par les quatre saisons qu’offre le pays sur soleil levant.

Des vies dictées par les cf risiers au printemps, les hortensias en hiver et par les souvenirs et la nostalgie qui rendent les gens heureux.

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C’est avec beaucoup d’humour et de poésie que l’on découvre ces personnages et qu’au fil des pages on tisse un lien bourré de compassion et de respect.
Attendrissant, drôle et à l’image que l’on peut se faire d’une petite campagne japonaise, Le vieil homme et son chat, tel un succulent nectar, se délecte avec envie.

VOUS AURIEZ VRAIMENT TORT DE PASSER À CÔTÉ

Côté graphisme, nous sommes vraiment gâtés. Les couleurs sont vitaminées et nous peint avec pastel le Japon à travers les saisons. Les dessins sont dans le « high level » de la mignonnerie. Ils vous suffit de vous arrêter un instant sur une image et, par le biais d’une attraction magique, vous allez être projeté dans ce décor avec l’envie de ne plus vouloir revenir dans notre réalité. Pour plus d’ancrage et de réalisme, les couleurs changent d’une saison à l’autre mais pour les flash-back, par exemple : Daikichi et son voisin et ami Iwao se rappelant leurs souvenirs communs. Nous plongeons alors dans le sépia. Comme une vieille boîte remplie de polaroids perdue au fin fond d’un grenier, qu’on retrouve, qu’on ouvre et qui, par sa magie, nous remémore notre vie passée.

Pas de Japon sans nourriture. Quelle somptueuse idée d’avoir intégré des recettes dans ce roman. Vous comprendrez très vite que Daikichi cuisine souvent et visiblement très bien. Grâce à cette nourriture, il revit les instants passés avec sa femme. Après la lecture, vous allez être incollable sur les sushis de jeune Dorade à l’algue Kombu, le riz aux petits pois, le poulpe bouilli ou les Inari-sushi.

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Je ne suis pas en droit de vous en dire plus. Allez au plus vite vous le procurer.
Si vous êtes sur Paris, LE RENARD DORÉ, se fera un plaisir de vous le conseiller.

Quoi? Vous ne connaissez pas le Renard doré ? Sacrilège… Pas de panique. Vous souhaitez un savoir un peu plus sur cette librairie ainsi que son fondateur? vous n’avez qu’à cliquer ICI

J’espère de tout cœur que cet article vous aura donné l’envie de lire cette BD. N’hésitez surtout pas à me laisser un commentaire. Je me ferai une joie de vous répondre.

Amicalement vôtre

HANAE