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Le jeu du chuchoteur – Donato Carrisi

Parution : 02/10/2019
Éditeur : Calmann-Levy

Résumé : En pleine nuit d’orage, l’appel au secours d’une famille. Un homme à capuche qui rôde. La police qui n’arrive qu’au petit matin. Le spectacle d’un carnage : du sang partout. Mais aucun corps. Ni parents. Ni enfants.

Mila, experte en enlèvements, ne voulait plus jamais enquêter. Mais tout porte à croire que le chuchoteur est de retour. Mila n’a pas le choix : il faut à tout prix l’empêcher de frapper à nouveau.

Mon avis : Avec Donato Carrisi, j’ai vite compris une chose. Cette toute petite chose non négligeable qui me fait tant aimer ses romans. Cette petite chose en question s’appelle : « LE LÂCHER PRISE ». En effet, je ne cherche plus à trouver les réponses à toutes mes interrogations. Je me laisse simplement guider par l’histoire, par les personnages. Je me laisse submerger par la psychologie complexe qui en découle et par les revirements de situations que seul Donato Carrisi manie avec talent. J’ai vite compris que chercher la solution, le coupable; qu’essayer par tous les moyens de résoudre l’affaire ne me menait, en quelque sorte, à rien. Peut-être à me torturer l’esprit ayant pour résultat : pas grand chose. 
Car Donato Carrisi n’est pas seulement un excellent romancier, c’est aussi un génie de l’intrigue avec pour devise : « Frapper là où l’on l’attend le moins. » Et depuis que j’ai totalement lâcher prise, la lecture n’en est qu’extase. 

« L’étranglement rentrait dans la catégorie des « syndromes d’asphyxie mécanique violente ». Il ne nécessitait pas forcément d’instrument comme une corde, des capuches ou des coussins. L’assassin choisissait de ne pas se servir de la médiation d’un objet, parce qu’il voulait éprouver le plaisir de sentir la vie d’autrui s’épuiser sous ses doigts – la respiration qui faiblissait, le rythme cardiaque qui ralentissait jusqu’à s’arrêter. Le contact physique était essentiel et, au-delà de la cruauté, il dénotait aussi une certaine détermination. En effet, tout le monde ne saisit pas ce que signifie tuer une personne en l’étouffant. La victime qui se débat, désespérée, le relâchement des sphincters, les yeux qui sortent de leurs orbites. Pour les personnes normales, c’est un spectacle terrible, mais pour certains psychopathes il s’avérait très excitant – certains atteignaient même l’orgasme dans ces conditions… »

 Je vous laisse imaginer ma joie quand j’ai eu, en ma possession cet opus. J’ai ressenti une folle excitation mêlée à de l’appréhension car inconsciemment je recherchais dans Le jeu du chuchoteur cet énorme coup de cœur que j’ai pu vivre il y a de plus de 10 ans avec son tout premier roman Le chuchoteur. Mais nous avons beau rechercher, ne serait-ce qu’une once de ce même amour longtemps perdu, nous le savons tous, celui-ci est unique et nous ne pouvons pas revivre deux fois la même sensation. Et j’ai trouvé ici un coup de foudre, différent cette fois pour mon plus grand bonheur. 
Donato Carrisi est, comme je vous l’ai écrit plus haut, un excellent romancier mais aussi un criminologue hors pair, un anthropologue et un scénariste sur mesure. Un combo parfait pour des histoires qui nous tiennent en haleine et pour des sensations qui nous alertent. Quel génie ! 

« Le modus operandi d’un tueur en série est comme la recette d’un gâteau… Mila se répéta ce parallèle efficace. Si quelque chose réussit avec un processus défini, pourquoi faire autrement? Pourtant, bien que conservant des éléments de continuité, le modus operandi d’un tueur en série peut varier d’un crime à un autre : le meurtrier, comme le pâtissier, se perfectionne avec l’expérience. »

Si vous souhaitez emprunter le long et laborieux chemin des bas-fonds de l’inconscient, longer les étroites et sombres ruelles de l’aliénation ou encore humer, avec angoisse, ce qu’il y a de plus noir et de plus horrible chez l’Homme rien de plus facile. Lisez un roman de Donato Carrisi. Il est extrêmement généreux et vous offre un aller simple : direction LA FOLIE. 

Je ne vais pas vous « raconter » l’histoire. Je pense sincèrement que la quatrième de couverture se suffise amplement à elle seule. Par mes mots, j’essaie juste d’attiser votre curiosité pour lire cet auteur. Sachez, pour celles et ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de lire un roman de Donato Carrisi, que chaque histoire est confectionnée comme une toile d’araignée. Vous allez découvrir beaucoup de personnages, vivre quelques scènes de crime, suivre d’énormes rebondissements et partir dans de lointaines contrées psychiques. Donato Carrisi va réussir à semer le doute dans votre propre jugement pour arriver, au final, à vous noyer là où vous vous y attendiez le moins. 

Si vous êtes curieux, allez parcourir mon blog : vous y trouverez quelques articles sur cet auteur 😉 

Merci sincèrement de m’avoir lu jusqu’au bout. Quelle patience !!!! 🙂 

Parole d’une groupie 

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Dans son silence – Alex Michaelides

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Parution : 06 février 2019
Éditeur : CALMANN-LEVY

Résumé : Alice, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari défiguré par des coups de couteau fatals, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alice ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement responsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : parvenir à faire parler Alice. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui faire extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alice s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…

Mon avis :ALERTE GROS COUP DE CŒUR ♥ Oui, oui! J’ai pris (du début de la lecture jusqu’à la dernière page) une claque monumentale. C’est officiellement le thriller 2019 qui a réussi avec brio à me tenir en haleine grâce à son intrigue grandiose et son dénouement magistral. Ces mots sont peut-être forts de sens, mais ils restent les cris du cœur.

Quel bien fou de ne pas avoir recours à une enquête « classique » où les policiers, forces de l’ordre ou poulets (comme vous voulez) prennent une place centrale dans l’histoire. Ici, ils sont en quelque sorte inexistants. Pratiquement tout le récit se déroule dans un hôpital psychiatrique où Alicia Berenson y est confinée pour avoir sauvagement assassiné son mari – Gabriel Berenson – photographe de mode. Un meurtre barbare qui a rendu le pauvre homme méconnaissable. Alicia – peintre de renom dont le mouvement artistique est de peindre des images aussi réalistes que des photographies – est retrouvée près de feu son mari, une arme à la main, criblée de sang qui ne laisse planer aucun doute quant à sa culpabilité. Malgré un talent dingue et une oeuvre prolifique, la carrière d’Alicia s’arrête brusquement. L’issue est fatale, cette pauvre femme s’enferme dans un profond mutisme. Un tel silence abyssal qu’aucun thérapeute n’a pu l’en extraire. C’est sans compter sur la détermination sans borne de Theo Faber qui a suivi l’affaire Alicia Berenson via les médias et qui décide par une force et une détermination qu’il ne s’explique pas, de venir en aide à cette jeune femme. Par chance, un poste dans l’hôpital où elle est enfermée se libère. Theo postule et mettra tout en oeuvre pour qu’Alicia devienne sa patiente. Sa motivation a eu raison de lui. La  thérapie peut donc commencer… 

Theo Faber est un homme de 42 ans, le choix de devenir psychothérapeute n’est pas venu par hasard. L’essence même de ce choix trouve sa source dans un mouvement égoïste. En effet, c’est le métier idéal qui l’aidera à guérir ses propres maux. Ayant eu une enfance plus que perturbée, il grandit dans un état de stress permanent, de nervosité, d’angoisses et de peurs tirant son origine de ce père aux crises de rages imprévisibles. Un homme envahissant, castrateur et d’une mère certes présente mais sous l’emprise de la violence de son mari.
En s’orientant donc vers un métier basé sur la santé « psychique », il améliore en parallèle son propre état.
Theo deviendra donc le thérapeute officiel d’Alicia et malgré le silence exacerbé de cette dernière, il mettra tout en oeuvre pour la faire parler. Quitte à mener une enquête et parler officieusement aux proches d’Alicia, ceci afin d’en savoir davantage sur son passé et qui elle est vraiment.

Un thérapeute doit obligatoirement mettre une distance avec ses patients, feindre une certaine empathie pour instaurer à la relation un climat de confiance et de bienveillance. Mais que ce passe-t-il si les barrières tombent et que l’affect prend une place prépondérante dans la relation entre le psychotique et le thérapeute? Où se situe alors la folie? Qui est qui? Qui devient qui? Et finalement qui soigne qui?

Vous souhaitez le savoir? Alors, bienvenue dans ce thriller psychologique parfaitement maîtrisé où l’on prend plaisir à se faire manipuler. Alex Michaelides nous oblige à sortir de notre zone de confort et son talent nous agrippe en nous laissant une marque indélébile. Notre vision sur le monde s’en trouve altérée, nous sommes happés par l’histoire, par le contexte et la force psychologique de chacun des personnages. Nous laissons par l’éloquence de ce roman, libre court à la folie. Seule la fluidité du texte et les mots précis de l’auteur restent nos fils conducteurs pour éviter toute perte dans les méandres du psyché humain. Notre imaginaire s’en trouve bouleversé et notre point de chute reste le merveilleux talent d’Alex Michaelides.

Ce roman se soit d’être lu et apprécié à sa juste valeur. Son contenu nous prend aux tripes, nous bouleverse, nous cogne et nous procure de merveilleuses sensations. Nous sommes touchés par le travail de recherche de l’auteur et sa capacité à extraire pour nous l’essentiel, sans aucune fioriture. Il a réussi à nous soulever et nous rappelle à chaque page que la folie n’est jamais très loin.

Quelques mots sur l’auteur : Alex Michaelides est un scénariste britannique de trente-neuf ans, Son prochain long métrage, The Brits are coming, qui sortira en 2019, propose Uma Thurman, Tim Roth et Stephen Fry à l’affiche. Alex a étudié la psychanalyse pendant trois ans, et a travaillé pendant deux ans dans une clinique pour jeunes. Dans son silence, son premier roman, est sur le point de devenir un phénomène dans le monde entier.

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L’égarée – Donato Carrisi

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Parution : 03-10-2018
Éditeur : CALMANN-LEVY

Résumé : Un labyrinthe secret plongé dans l’obscurité. Un bourreau qui y enferme ses proies. Une victime qui parvient à s’en échapper, mais sans le moindre souvenir.
Un effroyable combat pour retrouver la mémoire, et une enquête à hauts risques pour traquer celui qui continue à agir dans l’ombre…

Mon avis : Avec tous les romans de Donato Carrisi, c’est la même chose. Il y a en moi un véritable combat entre mes bas-instincts et ma passion. S’en suit alors entre eux un dialogue de sourd : « Je ne veux pas terminer ce bouquin…« , « Mon dieu, encore un chapitre et je ferme ce livre…« , « Bon, je ne lis juste que quelques phrases…« , « Mais pourquoi n’écrit-il pas des romans de mille pages…« , « ENCORE !« . Vous voyez le genre ???
Et comme toujours, une fois le roman terminé, la claque est telle que je dois prendre du temps pour digérer son histoire.
Donc je préfère vous prévenir tout de suite, je vous fais subir cette logorrhée uniquement dans le but de vous dire que le dernier opus de Donato Carrisi est pour moi un énorme coup de cœur qui se veut comme la suite de la trilogie du chuchoteur.
On adore.

Ce que j’aime par dessus tout avec Donato Carrisi et ses romans c’est qu’avec sa plume, nous pénétrons dans une machiavélique manipulation psychologique.
1/ Il a cette faculté à nous soumettre une intrigue « classique » (dans l’égarée c’est un bourreau qui enferme ses proies dans un labyrinthe, une victime réussit à s’en échapper après quinze ans de captivité. Cette jeune femme, Samantha Andretti de son nom, est conduite à l’hôpital.
2/ Il nous met en face d’un génie du mal tel que la condition humaine peut parfois nous apporter. Ici nous suivons les traces d’un monstre, grimé d’une énorme tête de lapin avec de jolis yeux en forme de cœur, qui possède un enchevêtrement multiforme de fantasmes, de pulsions irréfrénables, d’instincts et de perversions obscènes.
3/ Il réussit avec brio à nous faire vivre avec effroi ces enquêtes à travers des personnages complexes tels qu’ici Bruno Genko. Ce détective privé a été contacté par les parents de Samantha Andretti, leur fille, lors de sa disparition. Il essaiera de la rechercher, en parallèle de l’enquête que la police était en train de suivre.
– Bruno Genko, un homme à l’apparence négligée, malade et qui erre nuit et jour entre le dark web, les pubs et les trottoirs. Il a fait vœu de solitude et recherche le confort et le soutien auprès d’un transsexuel.
– Samantha Andretti qui, après quinze ans de captivité, doit retourner à ses angoisses pour aider l’enquête à avancer et revivre ce traumatisme que toutes ces années ont alimentées.
– Le profiler qui aide Samantha avec ses démons, un expert spécialisé dans la capture des tueurs en série utilisant des méthodes pas très orthodoxes pour sonder le cerveau de la jeune femme.
– Des enquêteurs légèrement tête à claque (mais qui ont toute leur importance) comme ici Delacroix et Baueur.

Ça parait être le mélange parfait pour un bon polar « classique » mais ici, le travail de recherche et la faculté de Donato Carrisi à s’effacer pour laisser le lecteur face à l’enquête est pour le moins… déconcertant.

Ce que j’ai trouvé dérangeant au début de la lecture (que cela vous rassure, ce picotement n’a duré que peu de temps 😉 ) c’est que, comme je vous l’ai écrit plus haut, je m’attendais vraiment à une suite du CHUCHOTEUR et du TRIBUNAL DES ÂMES donc, de retrouver les personnages comme Mila Vasquez par exemple. Rien ne supposait à avoir un lien avec les deux précédents romans mais croyez moi, avec Donato Carrisi, nous pouvons nous attendre à tout. Même si nous pensons être sur une piste. Il suffit d’une phrase, d’un élément ou de tourner la page pour que nous prenions en pleine figure un dénouement totalement opposé à nos suppositions.
Qu’on se le dise, Donato Carrisi remet sans cesse notre raisonnement en question. Pour notre plus grande joie ;-).

Dans l’égarée, sang et boyaux n’ont que très peu de place. Pourquoi? Car nous faisons face à un psychopathe « consolateur » dont le but principal est de transformer chacune de ses victimes en être abject. Dans la prison du « consolateur » la proie est soumise à des épreuves souvent cruelles, programmées pour faire peur. Elle est contrainte à des actes abominables. De cette façon, ces psychopathes se consolent eux-même d’être des monstres.
En lisant ce livre, dites vous bien que la ligne de la folie est déjà franchie.
Ce n’est vraiment pas un livre pour les enfants, même s’il figure un imagier représentant un joli lapin avec des petits yeux en forme de cœur qui cache une écriture spéculaire… Chut!!! Je ne vous en dis pas plus.

Le mot de la fin : Comment ne pas succomber à l’écriture de Donato Carrisi. Encore une fois, cet auteur signe un roman d’une extrême qualité où tout y est parfaitement maîtrisé, bien calibré et subtilement bien agencé. L’intrigue comme les rebondissements évoluent tout au long de l’histoire, ce qui rend la lecture encore plus glaçante, excitante et percutante.