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Le mari de mon frère – Gengoroh Tagame

Éditeur : ÉDITIONS AKATA

Résumé :

Tome 1 : Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau! Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon pour y réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a alors pas d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses.

Tome 2 : Entre son nouvel oncle venu du Canada, mais aussi l’arrivée surprise de sa mère, la fillette a de nombreuses raisons de se réjouir ! Mais tout le monde, dans le voisinage ne regarde pas d’un œil bienveillant la venue d’un imposant homosexuel dans le quartier… Une occasion parfaite pour Yaichi, de continuer à remettre en cause ses certitudes !

Tome 3 : Réunissant désormais à se comporter avec son beau-frère de manière très naturelle, il organise à l’improviste un séjour en famille aux sources thermales. C’est à cette occasion que le père de Kana va réaliser à quel point il a déjà évolué. Mais à leur retour, quelques surprises pourraient bien les attendre…

Tome 4 : C’est avec une idée bien précise en tête que Mike s’est rendu au Japon où il a rencontré Yaichi et la petite Kana : pour tenir la promesse qu’ils s’étaient faite avec son défunt mari… Et tandis qu’à l’école de sa nièce, sa venue semble devoir faire des remous, les choses se concrétisent et… Peu à peu, le jour fatidique de son retour pour le Canada semble s’approcher.

Mon avis : C’est dans ce pays de traditions, de valeurs et de patriotisme, que la vie de Yaichi et de sa jeune fille, Kana, va être chamboulée par l’arrivée soudaine de Mike, un grand et costaud canadien, poilu de surcroît, dans leur petite demeure. Mike n’est autre que le mari du frère jumeau de Yaichi, Ryôji, décédé depuis peu au Canada, son pays d’adoption. Par promesse et amour pour son défunt mari, Mike part au pays du soleil levant pour suivre les traces du passé, du patrimoine et de la culture qu’ont façonné depuis de nombreuses années l’amour de sa vie. Il va donc à la rencontre de sa belle famille et, c’est avec naturel et rempli de bonne volonté que Mike, par un beau jour printanier tape à la porte de Yaichi.
Nous allons suivre le périple d’une famille pas comme les autres dans un choc de cultures saisissant et passionnant. Entre les étreintes excessives de Mike avec ses torrents de « hugs » et la pudeur démesurée d’Yaichi. Entre l’hétérosexualité très conservatrice japonaise et la totale ouverture à la canadienne.
Durant tout son séjour, Mike va vivre sous le même toit qu’Yaichi. Ce dernier, légèrement homophobe, ne sait pas quel comportement adopter face à cet homme et s’imagine d’incessantes scènes grotesques face à Mike qui, quant à lui, est totalement décomplexé et plutôt bien dans sa peau. La cohabitation est délicate, remplie de gênes et de silences mais c’est avec la spontanéité et l’inconscience exacerbées et souvent très drôles de Kana que leur relation, petit-à-petit, va prendre une jolie tournure.  Kana est plus qu’heureuse de rencontrer Mike qu’elle nommera très vite « mon oncle », ce colosse est pour elle un trophée qu’elle veut absolument brandir devant tous ses copains d’école. Elle adore toucher les poils de son oncle qu’elle qualifie aisément : d’ours.  Kana se contrefout des messes basses et commérages que suscitent l’arrivée de Mike dans cette tranquille petite ville conservatrice. C’est avec tout son naturel qu’elle questionne sans cesse, même si son père et son oncle ont souvent du mal à y répondre. 

Cette jeune et énergique demoiselle qui vient avec sa franchise et sa candeur arrive en quelques coups de sourire et de naïveté à dédramatiser à souhait l’ambiguïté que les non-dits aiment provoquer.
Ce manga de quatre tomes soulève avec délicatesse et humour les tabous que les homosexuels peuvent essuyer comme par exemple : un gay couche avec tout ce qui bouge…, Il faut faire attention aux enfants quand un gay est dans les parages. C’est peut-être grossier et cliché mais c’est malheureusement encore la vérité. Alors non, un homosexuel ne couche pas avec tout le monde et non, un gay n’est pas un pédophile. Ces quatre tomes démontre avec force et justesse qu’être homo c’est avant tout être humain avec ses forces, ses faiblesses et ses émotions. Tout simplement…

Aucune scène de sexe dans ces tomes. Nous ne plongeons pas dans le cliché et la caricature avec des hommes ultra sexués, androgynes et efféminés. L’auteur nous peint un quotidien parmi tant d’autres. Ils sont musclés, certes, mais ils restent des hommes. Et oui, être gay ne veut pas dire : renier son genre. Quoiqu’il en soit, nous sommes ici dans un schéma familial peu commun au Japon. Yaichi est divorcé et élève seul sa fille car son ex femme travaille énormément. C’est donc lui qui cuisine, fait le ménage, la vaisselle, le repassage etc… et en plus loge un gay… tous les codes sont ici cassés pour le plus grand bonheur de Kana et du nôtre. 

Bref, Le mari de mon frère reste pour moi un manga de référence que tout le monde doit posséder et lire 🙂
1/ Il donne le sourire, apporte des réponses pour certains et ouvre divinement l’esprit pour d’autres.
2/ Ce manga est édité uniquement en quatre tomes (parfait pour le manque évident de place dans notre bibliothèque).
3/ Pour tout ce que j’ai pu vous écrire juste en haut.
4/ Il y a, parsemés ici et là dans l’histoire, des clins d’œil sur les causes LGBT avec de véritables travaux historiques.

Et quoi de mieux que des tissus made in Japan et faire des furoshiki pour vous présenter ces quatre tomes tels de véritables cadeaux. 🙂

ON ADORE !!!!!

Quelques mots sur l’auteur :  Gengoroh Tagame est connu pour ses illustrations homo-érotiques très crues, voire franchement pornographiques, qui reprennent les codes des mangas pour adultes les plus violents. Il est un des rares artistes gay japonais à représenter des scènes aussi crues, avec des rapports sexuels souvent sado-masochistes, barbares ou sanglants, et de récurrentes scènes de viols, dans un contexte militaire ou policier. Les curieux, allez voir sur internet 🙂 

Nous le découvrons ici dans un tout autre registre parlant de du quotidien, de la société et de la famille. FONCEZ !!!!

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Underwater (Le village immergé) – Yuki Urishibara

Underwater

Underwater – le village immergé – tome 1 et tome 2 sont parus aux éditions Ki-oon 

Résumé :

Tome 1 :

Par un été étouffant, alors que d’importantes restrictions d’eau frappent le Japon, la jeune Chinami s’évanouit pendant un entrainement d’athlétisme. Mais lorsque la collégienne se réveille, elle se trouve sur les berges idylliques d’une rivière aux eaux cristallines. Autour d’elle, un village paisible, où seuls vivent encore un vieil homme et un petit garçon. Ce lieu mystérieux, qui lui semble étrangement familier, va petit à petit lui livrer ses nombreux secrets.

Tome 2 : 

Chinami se lie vite d’amitié avec Sumio et, au gré de son sommeil, fait plusieurs allers-retours entre son monde et le village, où le temps semble s’être arrêté… Alors que chez elle la sécheresse continue à sévir, elle apprend a apprécier cet univers toujours aussi verdoyant et paisible. Mais ce qu’elle ignore, c’est que l’histoire de sa famille et celle de cet endroit mystérieux sont infiniment liées…

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Mon avis : Nous plongeons dans l’histoire onirique d’une jeune fille vivant au Japon. Par un été très aride, la ville décide de faire subir à ses habitants une restriction d’eau. Plus de piscine, plus de fontaine, le bain est déconseillé.
Aucune prévision météorologique prévoit une pluie dans les semaines à venir. Le lac Miyama a déjà perdu 70 % de son volume habituel. Il est donc très important que les villageois modèrent leur consommation d’eau. Quelle catastrophe pour ses habitants! C’est à ce moment que cette jeune fille – Chinami – perd connaissance et rêve d’un lieu totalement immergé par les eaux. Elle y rencontre un jeune garçon vivant seul dans ce village qui est cependant très familier à Chinami. Au fur et à mesure il est de difficile pour Chinami de se réveiller. C’est alors que les choses commencent et nous allons comprendre que cet endroit et se petit garçon sont étroitement liés à la famille de Chinami.
Est-ce un rêve, une hallucination, un mirage? Ou un monde fantasmagorique ou règne les fantômes du passé.

J’ai dévoré mon premier manga dont l’histoire ne m’a pas laissé indifférent. Nous nous noyons dans l’émotion, nous nageons avec dextérité sur un récit maîtrisé et nous naviguons à travers des images d’une incroyable beauté.
Si nous n’avais jamais lu de mangas et que cette envie de découvrir d’autres horions vous tente, je vous conseille vivement UNDERWATER – LE VILLAGE IMMERGÉ -. Sorti uniquement en deux volumes, cette histoire vous permettra d’apprendre à nager dans l’univers fantasmagorique du manga avec une infinie douceur et de volupté. J’AI ADORÉ

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Conseiller par la librairie LE RENARD DORÉ (lien sur l’article dédié pour cette libraire)
LE RENARD DORÉ (lien direct sur le site de cette merveilleuse librairie)

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Publié dans littérature japonaise

Le poids des secrets – Aki Shimazaki

AKI SHIMAZAKI

Dans cet article, je vais vous parler de ma forte attirance pour la littérature japonaise. Tout d’abord, sachez que je voue une véritable admiration pour la culture japonaise. J’aime leur nourriture, leur savoir-vivre, leur savoir-être, leur respect face aux autres et à la nature. Ils ont une façon bien spécifique d’appréhender la vie, la mort… Comme l’a si bien évoqué Amélie Nothomb dans son roman La nostalgie heureuse  littéralement Natsukashii. C’est un concept typiquement japonais : pour les nippons, la nostalgie, contrairement à nous occidentaux, est heureuse. « L’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur » dixit Amélie. Cette attirance pour cette civilisation ne date pas d’hier. Elle est ancrée dans mes idéaux depuis des lustres et me suit partout. Je me sent parfois super Kawaii!!!. Quoi de mieux pour vous parler de la littérature japonaise en vous présentant ici l’oeuvre d’Aki Shimazaki le poids des secrets. Avant tout une petite présentation de l’auteure s’impose.

Aki Shimazaki est une japonaise de nationalité Québécoise qui est née au Japon en 1954 à Gifu au centre du pays. Elle vit à Montréal depuis 1991. Après des années dans une société d’informatique à Vancouver. Elle s’installe dans la province du Québec. Femme de lettres, elle donne des cours de japonais et de français. Le poids des secrets  est le premier cycle de son oeuvre qui compose trois pentalogies.

Le premier cycle dont je vais vous parler maintenant est une pentalogie qui explore la psyché nippone contemporaine dans ses tabous et ses mensonges, au cœur desquels ses personnages se débattent pour retrouver liberté et dignité. Elle se décrit donc en cinq courts romans TsubakiHamaguriTsubameWasurenagusaHotaru.

TSUBAKI :

Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko raconte le quotidien d’une adolescente pendant la Seconde Guerre mondiale, son déménagement à Nagasaki avec ses parents, le travail à l’usine, les amitiés et les amours naissantes avec son voisin. En révélant peu à peu une trame familiale nouée par les mensonges de son père, elle confesse les motifs qui l’ont poussée à commettre un meurtre, quelques heures avant que la bombe atomique tombe sur la ville.

HAMAGURI :

De naissance illégitime, Yukio est un enfant puis un adolescent solitaire. À Nagasaki, il partage sa vie avec sa mère et le mari de celle-ci. Pendant la guerre, il  trouve un peu de quiétude dans la forêt de bambous avec sa seule amie, sa voisine Yukiko, dont il est devenu amoureux et à qui il confie son désir de revoir sa demi-sœur. Ce n’est que des années après avoir perdu la trace de ce premier amour et sans jamais avoir retrouvé sa sœur qu’il pourra enfin attacher les fils du souvenir à ceux de la réalité.

TSUBAME :

Lors du tremblement de terre de 1923, les japonais profitent de la confusion pour exterminer les ressortissants coréens. Enfant illégitime, Yonhi n’a que douze ans à cette époque et se voit confiée à un prêtre, à l’abri de la tourmente. Sa mère ne reviendra jamais, pas plus que son oncle, et la petite devra désormais porter un nom japonais, Mariko. Coupée de son histoire familiale, l’ayant toute sa vie cachée à son propre fils, à ses petits-enfants et même à son défunt mari, elle en élucide un élément fondamental, l’identité de son père, en rencontrant une dame qui traduit pour elle le journal laissé par sa mère.

WASURENAGUSA :

Infertile, Kenji Takahashi n’a pu perpétuer la lignée de sa noble ascendance. Après un premier mariage pourri par les convenances, il a tourné le dos à son héritage, à ses parents, et a choisi malgré eux d’épouser Mariko et d’adopter son fils naturel. Entouré de sa famille, il est maintenant un vieil homme heureux, mais affaibli par les travaux forcés en Sibérie. Or, le hasard et les conversations avec son partenaire d’échecs le ramènent à des souvenirs liés à ses choix. Il pense surtout à Sono, sa nurse, et c’est en visitant un temple pour y voir la tombe de celle-ci qu’il découvre une autre part de vérité sur ses origines.

HOTARU :

Tsubaki est très attachée à sa grand-mère, Mariko Takahashi, dont les jours sont désormais comptés. Alors que la jeune femme se sent prête à succomber aux lueurs du désir, la vieille dame lui fait des révélations troublantes sur sa propre innocence abusée. L’étudiante apprend alors le lourd secret dont jamais encore sa grand-mère n’avait parlé, pas même à son défunt mari, non plus qu’à son fils, le père de Tsubaki.

Son oeuvre est publiée en France chez Leméac/Actes Sud

Mon avis : Cela n’engage que moi bien entendu mais je trouve que la plume de Aki Shimazaki est sans fioritures, l’écriture est d’une simplicité à la limite de l’extravagance. Avec une pudeur apparente, nous plongeons dans un univers rempli de paradoxes, de questionnements et de vérités cachées. On plonge inévitablement dans les eaux troubles de tous ces destins croisés. De la philosophie à la métaphysique, de la fantasmagorie à la réalité. Où que nous soyons, nous faisons face à la stricte vérité. Tout l’art de la littérature japonaise. Quelle merveilleuse lecture que nous offre ici cette écrivaine. Vous souhaitez vous initier à ce genre? Pourquoi ne pas commencer par ce chef d’oeuvre? Vous ne pourrez en être que conquis.

Amicalement vôtre

Hanae