Publié dans Romans étrangers, Romans contemporains

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill.JPG

Éditions Gallimard 2017
Collection Folio 2018

Résumé : Scandale aux États-Unis, le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle a été agressé en public par une femme de soixante et un ans qui devient une sensation médiatique. Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’université de Chicago, reconnait alors à la télévision sa mère qui l’a abandonné à l’age de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui a versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en juste. En désespoir de cause, le jeune homme promet un livre révélation sur cette mère dont il ne sait presque rien et se lance ainsi dans la reconstitution minutieuse de sa vie, à la découverte des secrets qui hantent sa famille depuis des décennies.

Mon avis : QUELLE CLAQUE !!!!
Voilà un véritable pavé de 950 pages d’une intensité folle. Je n’ai subi aucune longueur, aucune redondance et aucun mal-être. Bien au contraire, j’ai été happé du début jusqu’à la fin. Un roman audacieux et complexe qui tire le portait d’une Amérique dans deux époques bien différentes sans tomber dans les lourdeurs du cliché.
Nathan Hill nous offre un premier roman d’une densité maîtrisée. Au fil des chapitres nous voyageons d’une génération à une autre, d’un contexte à un autre, d’une mentalité à une autre, comme pour nous faire comprendre et apprendre qui sont vraiment tout ces personnages. Je n’ai ressenti aucune personnalité « principale » dans le roman, alors oui, il y a Samuel et sa mère qui sont l’essence même de ce livre, mais chaque personne ont un rôle tellement important à jouer que la structure de l’histoire en est riche de sens et de rebondissements.
Les idées, les décors, les tranches de vies y sont décrits avec justesse et malgré toutes les directions que l’auteur nous fais prendre, le file conducteur reste quant à lui, le même. Un véritable coup de maître pour ne perdre aucune miette de cette histoire qui soulève beaucoup plus qu’une simple femme jetant des cailloux sur un gouverneur. Beaucoup de sujet y sont traités telles que : l’addictions aux jeux vidéos, la relations élève/professeur, les histoires familiales, les non-dits, les mensonges…
Je ne souhaite réellement rentrer dans les détails, non pas par fainéantise bien au contraire, mais ce roman est dans le TROP, il y a trop de personnage, trop histoires parallèles, beaucoup de complexités narratives. Un véritable cocktail de sensations et d’émotions comme un show à l’américaine.

J’ai adoré ce roman, c’est de la véritable littérature que nous offre Nathan Hill qui a eu l’audace de nous jeter en pleine figure un aussi gros et beau pavé. Je me pose quand même une question sur son éventuel prochain roman.
Peut-il nous offrir un livre d’une aussi bonne qualité?

J’espère que mon article vous procurera l’envie de découvrir – Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill – et de vous laisser submerger pour toutes ses magnifiques émotions

Je ne suis pas critique littéraire, je n’ai pas cette prétention là. Je vous crache avec toute spontanéité et simplicité mes émotions. Je suis un passionné… C’est aussi simple que cela 😉

Extrait choisi : « Si Samuel avait su que sa mère allait partir, peut-être aurait-il fait plus attention. Peut-être l’aurait-il davantage écoutée, observée, aurait-il consigné certaines choses essentielles. Peut-être aurait-il agi autrement, été une autre personne. Peut-être aurait-il pu être un enfant pour qui ça valait la peine de rester.
Mais Samuel ne savait pas que sa mère allait partir. Il ne savait pas qu’en réalité elle partait depuis des mois déjà – en secret, et par morceaux. Retirant des choses de la maison, une à une. Une robe de son placard. Une photo de l’album. Une fourchette du service en argent. Un édredon de sous le lit. Chaque semaine, elle prenait un objet différent. Un pull. Une paire de chaussures. Une décoration de Noël. Un livre. Lentement, sa présence s’atténuait dans la maison… »

Quelques mots sur l’auteur : 

Nathan Hill

Né à Cedar Rapids, il grandit dans le Midwest, où ses grands-parents travaillaient comme producteurs de maïs, de soja et de bétail. Pour permettre à son père de gravir les échelons au service de la gestion des magasins Kmart, ses parents déménagent successivement dans plusieurs États américains : l’Illinois, le Missouri, l’Oklahoma, le Kansas…

Il complète un baccalauréat en journalisme à l’université de l’Iowa, puis obtient une maîtrise en écriture créative de l’université du Massachusetts. Il travaille un temps comme journaliste, avant d’enseigner à l’Université de Floride et à l’Université de St. Thomas au Minnesota.

Il publie quelques nouvelles dans diverses revues avant de faire paraître, en 2016, Les Fantômes du vieux pays (The Nix), un roman qui remporte le prix Art Seidenbaum pour la première œuvre de fiction et qui est sacré, en France, Révélation étrangère du magazine Lire en 2017.

Publié dans littératures françaises, Romans contemporains

Reviens – Samuel Benchetrit

Reviens - Samuel Benchetrit

Reviens de Samuel Benchetrit parut aux ÉDITIONS GRASSET

Résumé : Son fils est parti, son ex-femme le harcèle, son éditeur le presse, des mariées de téléréalité le fascinent, Pline l’Ancien le hante, un canard le séduit, une infirmière bègue le bouleverse…Bienvenue dans le monde tendre et poétique d’un écrivain en quête d’inspiration et d’amour.
Un feu d’artifice tour à tour grave, hilarant et émouvant.

Mon avis : Les éditions Grasset ont eu la gentillesse de m’envoyer le nouveau roman de Samuel Benchetrit.

♥ Quelle jolie et agréable découverte. ♥

L’auteur nous offre ici une comédie acidulée avec pour personnage principal un écrivain en panne et quête d’inspiration – il est face à une solitude qu’il n’a inconsciemment pas choisi – . Une ex-femme qui le harcèle et qui n’a d’autre sujet que de critiquer son art et l’amour qu’elle porte à leur fils. Ce fils (son véritable amour, sa fierté) qui a décidé de quitter le cocon paternel pour faire le tour du monde. Son éditeur qui met une pression quant à l’éventualité d’un nouveau roman, sans oublier ses démêlés avec les impôts.
Avec beaucoup d’humour et d’amour, Samuel Benchetrit nous envoie dans les strates presque atmosphériques d’un homme émouvant et vraiment attachant, de cet écrivain face à lui-même et son imagination qui, comme de l’eau, peut déborder à tout moment. Nous sommes là, face à ce livre, on s’y attache, on le dévore… On l’aime!
L’écriture de Samuel Benchetrit est sans fioriture, douce et poétique parfois corrosive et c’est aussi cela qui donne tout son charme 🙂
Je conseille ce roman qui nous apporte une jolie parenthèse inattendue dont nous avons tous besoin.

♦♦♦♦

Pour celles et ceux qui n’ont pas encore eut l’occasion de lire ce roman, je vous propose une petite devinette que j’ai trouvé très touchante et qui résume bien l’amour que cet écrivain éprouve pour son fils. J’ai hâte de lire vos suggestions 😉

C’est l’histoire d’un père inuit qui a élevé son fils seul après que sa femme est morte en accouchant. Le père ne parlait pas, Jamais un mot à son fils durant toute son enfance. Il l’emmenait pêcher avec lui. Le nourrissait, le lavait. Le veillait le soir près de son couchage, jusqu’à ce qu’il s’endorme. Il lui souriait. Lui murmurait des chants. Mais jamais un mot. Pas la moindre parole.
À l’âge de quinze ans, comme c’est la tradition dans cette région, le fils a quitté la maison pour faire un voyage de plusieurs mois dans les glaciers. Le père a préparer son paquetage, un arc, sa lance, de quoi manger, et l’a accompagné jusqu’à la sortie du village.
Ils se sont regardés longuement, et le père lui a dit un mot.
Le premier de sa vie.

À votre avis, quel était ce mot?

 

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La petite fille sur la banquise – Adélaïde Bon

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La petite fille sur la banquise est son premier roman publié aux éditions Grasset en 2018.

Résumé : Quand ses parents trouvent Adélaïde muette, pleurant sans savoir dire pourquoi, ils l’emmènent au commissariat et porte plainte contre X pour attouchements sexuels. Elle grandit sans rien laisser paraître, le sourire aux lèvres. Des années de souffrance et de solitude, à se battre contre les méduses. Vingt-trois ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs, un suspect a été arrêté. Tout s’accélère.

« Elle ne sent pas les méduses s’immiscer en elle ce jour-là, elle ne sait pas qu’elles vont la déporter de sa route, l’attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu’au moindre de ses pas, la faire douter de ses poings, rétrécir année après année le monde qui l’entoure à une poche d’air sans issue. Personne ne la prévient, personne ne lui explique, le monde s’est tu. »

Mon avis : Il y a des romans qui laissent des traces, parfois diffuses et éphémères, souvent indélébiles et profondes. C’est le cas avec La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. Avec une grande maîtrise des mots et une spontanéité sans faille, elle nous livre ici un témoignage poignant et d’une grande puissance. Jeune fille bercée par des parents de bonne famille, elle évolue dans les quartiers huppés du seizième arrondissement de Paris quand un malheureux jour du mois de mai, tout bascule, sa vie s’arrête, elle prend sans le vouloir un aller simple direction les enfers où elle fera alors la connaissance de ses « méduses » que l’on nommera angoisse, crise, boulimie, cauchemars, panique et cætera. Il a suffi d’un homme, d’un seul pour qu’elle tombe dans un monde qui n’est pas le sien, un monde qu’elle ne mérite pas, mais qui est désormais à elle. Elle n’a alors que neuf ans.
Viennent ensuite des années de combats acharnés pour retrouver un semblant de paix, entre confrontation avec des pédiatres, psychologues, séances de yoga pour la voix, psychothérapies, stages et cætera, rien y fait, elle semble tout aussi perdue. Comment définir les maux quand on ne se souvient pas de la cause? Elle souffre d’une amnésie traumatique, il lui faut le déclic, le facteur déclencheur qui la ramènera sur le chemin de la vie, de l’espoir. Cette étincelle viendra à elle après vingt-trois ans dans l’oubli, grâce à des personnes exceptionnelles mais aussi à un mot, un seul : VIOL. De là, le procès, l’homme est retrouvé… tout s’accélère. Parfois il suffit d’un mot pour guérir les maux.
D’une plume sans fioriture nous partageons avec Adélaïde son histoire, sa vie et son combat. Un roman bouleversant qui nous prend aux tripes et ne nous laisse pas indifférent. Ici, le tabou se brise, les sentiments se bousculent et les yeux se mouillent. Je conseille vivement cette lecture, souvent difficile mais tellement vraie dont les détails psychologiques sont extrêmement bien détaillés.
Un immense merci à Adélaïde Bon de soulever le voile sur la pédérastie (du grec ancien παῖς / paîs, « enfant », et ἐραστής / erastếs, « amant ») , une respectueuse révérence à votre force ainsi que vos mots et merci pour cette confession qui marquera, j’en suis sûr, la littérature française.

Extrait choisi :  Est-ce qu’elle s’est essuyé la bouche du revers de la main, passé la langue sur les dents, recoiffé un peu? Est-ce elle ou lui qui a remonté la culotte, remis un semblant d’ordre dans la robe-tablier rouge, tiré sur le chemisier blanc? Elle le regarde en opinant du menton, comme les petits chiens qui hochent la tête sur les plages arrière des voitures. Je suis gentille, je suis jolie, j’aime ça, tu es mon ami, tu aimes mes grosses fesses, tu me fais du bien, je suis gourmande, je ne dirai rien, c’est notre secret, je te promets, je ne dirai rien. Des mots qu’il lui a dits et dont elle ne se souvient pas, pas plus qu’elle ne se souvient de ce qu’il lui a fait….

Quelques mots sur l’auteure : Adélaïde Bon est une comédienne et écrivain née en France en 1981 La petite fille sur la banquise est son premier roman publié aux éditions Grasset en 2018.

« Un grand merci pour votre soutien dans cette sphère étrange qu’est internet. J’espère que mes articles vous plaisent et que mes lectures et rencontres vous piquent la curiosité 🙂 J’espère être avec vous le plus longtemps possible 😉 » HANAE 

        

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Vers la beauté – David Foenkinos

Vers la beauté David Foenkinos

Aux éditions Gallimard

Résumé : Antoine Duris est professeur aux Beaux-Arts de Lyon. Du jour au lendemain, il décide de tout quitter pour devenir gardien de salle au musée d’Orsay. Personne ne connaît les raisons de cette reconversion ni le traumatisme qu’il vient d’éprouver. Pour survivre, cet homme n’a trouvé qu’un remède, se tourner vers la beauté. Derrière son secret, on comprendra qu’il y a un autre destin, celui d’une jeune femme. Camille, hantée par un drame.

Mon avis : David Foenkinos nous invite dans cet opus à nous tourner vers la beauté de l’art mais pas que. Nous faisons ici la connaissance d’un homme avec ses doutes, ses amours et ses errances cachant un terrible secret qui l’oblige à quitter Lyon pour se perdre au milieu des tableaux au musée d’Orsay. Que cache Antoine pour vouloir à ce point se faire oublier? L’histoire est d’une certaine violence, elle vous prend au corps et fait parfois mal au cœur mais paradoxalement elle est merveilleuse. Je qualifierais ce roman ainsi que l’auteur en quelques mots : Univers-Identité-Subtilité-Humilité.  Ce roman rejoint incontestablement La délicatesse et Charlotte. Bref, procurez-vous le et imprégnez-vous de cette petite beauté 🙂
Mon sens critique est totalement erroné face à un roman de David Foenkinos car :

#JESUISFAN 

Extrait choisi : Le musée d’Orsay à Paris, est une ancienne gare. Le passé dépose ainsi une trace insolite sur le présent. Entre les Manet et les Monet, on peut se laisser aller à imaginer les trains arrivant au milieu des tableaux. Ce sont d’autres voyages maintenant. Certains visiteurs ont peut-être aperçu Antoine Duris ce jour-là, immobile sur le parvis. Il paraît tombé du ciel, stupéfait d’être là. La stupéfaction, c’est bien le mot qui peut caractériser son sentiment à cet instant.

Quelques mots sur l’auteur : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore David Foenkinos sachez une chose : C’est inacceptable!!!! 😉
Né en 1974, il est l’auteur de quinze romans parmi lesquels La délicatesse, Les souvenirs, Le mystère Henri Pick. Ses livres sont traduits en plus de quarante langues. Son roman Charlotte a obtenu le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2014.

NB : J’ai pris cette photo dans la cour d’honneur du Palais-Royal ou se trouvent les colonnes de Buren. J’ai n’ai pas voulu faire comme certains (sans aucune animosité) en prenant cette photo au musée d’Orsay où, je vous l’accorde, se situe la zone géographique prédominante de ce roman. Mais la beauté est partout dans Paris 🙂

« Parfois l’apparition de ce que l’on a longtemps espéré transforme le silence en vacarme. » 

Publié dans littératures françaises

Les corps célestes – Nicolas Bréhal

Les corps célestes

Résumé : Baptiste raconte son étrange amitié pour Vincent. Dès les années collège, ils sont à l’opposé l’un de l’autre. Baptiste, qui ignore le désir charnel, accorde une importance mystique au ciel, cette voûte infinie au-dessus de nous, parce que la terre lui inspire la solitude, le désordre et le doute. Vincent, lui, est attiré par les deux mondes: terrestre et céleste. Il aime les femmes mais on dirait qu’il ne sait comment mener son existence. Pourtant, Baptiste et Vincent sont plus qu’inséparables, complémentaires. Après une longue séparation, ils se retrouvent. Vincent est marié à une comédienne très séduisante, Mathilde, qui confond le théâtre et sa vie. Mais il continue, presque malgré lui, à étendre ses conquêtes. Vincent a une relation avec Constance, jeune étudiante bourgeoise et cultivée, prostituée à ses heures. Puis, trouvant les plaisirs terrestres insuffisants, il approchera les mystère amoureux de l’abstraction surnaturelle. Comme autrefois, Baptiste sera plus que l’ami de Vincent. Il vivra sa vie, comme un double, un alter ego.

Mon avis :  Ce roman a eut le pouvoir de me transpercer.            Quelle puissance!
Baptiste et Vincent unit par une amitié amoureuse, ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre même si tout les opposes. A deux, il ne font qu’un, dans une décadente adversité. Leur amour est réel, profond et fusionnel parfois ambiguë mais il est véritable, platonique. Tout deux élèves puis professeurs en philosophie nous trace le portrait de l’amour, du pouvoir de l’illusion et du destin. Un magnifique duo que Paris met en scène. Nicolas Bréhal nous signe ici, une véritable merveille dont je me suis délecter. J’y retrouve la puissance des mots, la complexité des émotions et une sensualité omniprésente typique de la plume de cet auteur. Je vous conseille vivement de le lire, de vous en inspirer  et surtout, de l’aimer.

Extrait choisi : Le ciel sans aucun nuage, parfaitement bleu et lumineux, confère au monde une stabilité soudaine. À première vue, il donne l’impression que le temps ne passe plus et qu’une telle limpidité, à la mesure de l’infini, nous protège de tout désordre…
Avec Vincent, tout avait débuté dans le fantasme (pendant un temps, il avait été la métaphore vivante de quelques illusions et émotions). Maintenant, c’était autre chose : le rapprochement créait un vrai désir, un sentiment qui ne m’agitait plus, et en lequel j’acceptais d’engager ma responsabilité. Hors de ce qu’il continuait à symboliser pour moi, je sentais mon réel pouvoir à cerner toute demande ou toute attente de sa part, dont ma réponse l’eût encouragé à vivre.

Quelques mots sur l’auteur : Je ne veux pas réitérer ici la présentation de cet auteur, je vous laisse jeter un œil sur un article que je lui est déjà consacré juste ici ⇒ Le sens de la nuit 

« Pour qu’un livre soit inoubliable, il doit donner l’éternel regret qu’on ne l’ait pas écrit. »

Un immense merci pour votre soutien. C’est toujours un réel plaisir de voir que « mon travail » ne vous laisse pas indifférent. 😉

Amicalement vôtre

Hanae

 

Publié dans Romans étrangers

My absolute darling – Gabriel Tallent

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Résumé : À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par une amitié naissance, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Mon avis : Voilà un roman bien étrange au récit poignant et complexe. Complexe par l’histoire et la psychologie des personnages. Nous savons uniquement que tout se passe en Amérique, plus précisément en Caroline. Et c’est tout!!! Le temps s’est alors arrêté, nous n’avons aucune chronologie, aucun détail. Est-ce une histoire qui se déroule à notre époque? Ou au siècle dernier? Un simple mot à la fin du roman peut nous mettre sur une piste mais la quintessence de ce livre se situe hors du temps…
Pauvre petite Turtle, Croquette ou Julia. Trois prénoms pour une seule et même jeune fille, enfermée là, dans une demeure presque sordide, avec pour schéma parental une mère longtemps disparue, un grand-père au dernier chapitre de sa vie et un père castrateur et dominant. Sa relation avec ce dernier est lourde de questionnements, leur amour quant à lui est ambigu. Beaucoup de tabous sont ici soulevés. Des sentiments ambivalents nous traversent tout au long de la lecture. Pour tout vous avouer, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. L’écriture y est particulière et parfois répétitive, et ces lourdeurs m’ont quelque peu laissé vague dans la compréhension du texte. Mon attachement pour cette jeune fille sauvage, indomptable et presque animale était cependant bien plus fort, grâce à sa force, à son désir de liberté et à son envie d’y arriver. Voilà un roman qui m’a bouleversé, qui m’a prit aux tripes. L’histoire y est poignante, les personnages déroutants et le récit bien ficelé malgré ces longueurs et ces répétitions. Il y a des livres qui nous marquent, et celui-ci en fait désormais parti.
Je ne sais que dire. J’ai lu et j’ai adoré. C’est à vous de vous faire votre propre idée et je ne veux en aucun cas vous influencer. Sachez que ce roman est bouleversant, nous parlons ici de relations incestueuses et de violence envers un mineur. Cela touche nos idéaux et soulève un des plus grand tabou de notre société.

Extrait choisi : Turtle se réveille, de l’eau perle sur ces cils, elle la fait tomber d’un battement de paupières, et s’assied dans le trou de sable froid. Son dos est douloureux, enflé et la rend nauséeuse. Ses mains sont collées à sa chemise. Le brouillard dévore tout. Elle entend les vagues pousser les galets et les attirer à nouveau vers le large, et elle distingue la ligne sombre de l’océan, rien d’autre. Il n’y a pas de soleil, rien qu’une lumière grise et diffuse, le sable et noir et luisant, à l’exception de l’arrondi blanc des oursins plats. La rosée se condense autour d’eux. Elle trempe ses cheveux…

Quelques mots sur l’auteur : Gabriel Tallent est né en 1987, au Nouveau-Mexique et a grandi en Californie. Il a mis huit ans à écrire MY ABSOLUTE DARLING qui a aussitôt été encensé par la critique. Son premier roman est publié chez GALLMEISTER

« Le terme de chef-d’oeuvre est bien trop galvaudé, mais il ne fait aucun doute que My Absolute Darling en est un. »  Stephen King 

😉

Publié dans polar

Psychopathe – Keith Ablow

 

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Résumé : « Docteur Clevenger, le sang des autres me couvre et me souille, pourtant mon cœur n’est pas dénué de bonté. Je n’ai pas de raison de tuer, mais je ne peux pas m’empêcher de le faire. Mon désir dévorant de la vie des autres est plus grande que l’envie de nourriture, de sexe ou de savoir. Il est irrésistible. »
Que faire lorsqu’un psychopathe croit pouvoir se délivrer de ses propres démons en provoquant les confessions de ses victimes? Que faire face à un meurtrier insaisissable, surnommé « le tueur des autoroutes », qui élimine par empathie ses proies lorsqu’elles refusent de se confier davantage? Un homme qui sait pourtant ouvrir toutes les barrières mentales, qui pleure en les égorgeant et se conduit au quotidien comme le plus charmant des compagnons… Franck Clevenger, docteur en psychiatrie régulièrement sollicité par le FBI, se retrouve confronté à un cas particulièrement effrayant de schizophrénie. L’homme qu’il traque est un nomade, un psychiatre comme lui, un double en négatif de ce qu’il pourrait être…

Mon avis : Avant toutes choses: J’ADORE KEITH ABLOW!!! J’ai lu ce roman il y a quelques années maintenant mais son histoire est bien ancrée dans les abysses de ma conscience car j’ai été happé par son récit, par ses protagonistes et surtout par sa complexité. Nous sommes ici dans les bas-fonds émotionnels d’un tueur, nos rentrons littéralement dans son esprit comme si notre propre regard devenait le sien. C’était parfois déroutant tellement les descriptions y sont précises, presque réelles… Nous nous introduisons dans un duel psychique entre un grand et renommé psychiatre expert en criminologie et un psychopathe schizophrène à la personnalité exacerbée qui soigne les autres, se repaît de leurs histoires avec un talent tel qu’il parvient à inspirer une confiance naturelle et quasi immédiate. Les deux hommes sont rusés, intelligents et manipulateurs. Leur frontière est floue, presque invisible. Le bien contre le mal, le jour affrontant la nuit jusqu’au moment où ces personnages ne savent plus dans quel camp se ranger. Le style de ce roman est vraiment plaisant. Il y a de nombreux avantages comme par exemple avoir des psychiatres comme protagonistes, cela nous donne des détails sur les personnalités psychotiques au fils du roman, ça enrichit et donne plus de profondeur au récit et surtout d’avoir comme tueur…
Bon je ne peux pas vous en divulguer d’avantages. Je veux vous laisser sur cette fin. Il vous suffit juste de vous procurer ce petit chef d’oeuvre pour en connaitre le dénouement. Ce roman a était une très jolie révélation. C’est le deuxième polar qui m’a le plus fasciné.

Le premier? Je vous laisser jeter un œil à l’article que je lui ai dédié 😉 C’est juste ICI

Extrait choisi : La Dixième Symphonie de Malher passait sur la stéréo de la BMW X5, mais la sérénité de ce morceau ne parvenait pas à apaiser Jonah. Sous l’effet de la fureur, sa peau était bouillante. Les paumes de ses mains, sur le volant brûlaient. Son cœur cognait, pompait plus de sang à chaque battement, engorgeait son aorte, dilatait sa carotides, si bien que l’intérieur de son crâne, quelque part dans les lobes temporaux de son cerveau, palpitait. Il s’aperçut qu’un flot enivrant d’oxygène, dans les profondeurs de son être, l’attirait irrésistiblement en lui-même. Le désir dévorant de tuer débutait toujours de cette façon et il croyait toujours qu’il parviendrait à le contrôler, à le soumettre en le chevauchant sur une autoroute interminable, comme son grand-père brisait les poulains nerveux dans le ranch des plaines de l’Arizona où Jonah avait passé son adolescence. Sa psychopathie était si rusée qu’elle parvenait à le persuader qu’il était plus fort qu’elle, que ce qu’il y avait de bon en lui pouvait vaincre le mal. Et il le croyait toujours, alors qu’il avait abandonné seize cadavres au bord des autoroutes.

Quelques mots sur l’auteur : L’américain Keith Ablow est un expert en psychiatrie criminelle. Il est l’auteur de six romans mettant en scène le personnage récurent de Franck Clevenger, lui aussi psychiatre régulièrement consulté pour les enquête les plus dures. Salué par James Ellory ( Les assasins, les anonymes...) et Dennis Lehane ( Un dernier verre avant la guerre, Gone, Baby, gone…) comme l’une des grandes révélations du thriller de ces dernières années. Keith Ablow est traduit en France par les éditions du Rocher.

Publié dans Romans étrangers

La piscine bibliothèque – Alan Hollinghurst

La piscine bibliotèque Alan Hollinghurst

Résumé : Londres, année 1980. William Beckwith est un jeune dandy extraverti, vivant librement son homosexualité. Autour de la piscine du Corinthian, lieu de drague et de sexe, fréquentations et liaisons amoureuses se multiplient. Un jour, William rencontre lord Nantwhich, un homme âgé, puissant et conservateur, qui lui demande d’écrire sa biographie…

Mon avis : La Piscine-bibliothèque met en scène un milieu décomplexé et extraverti, dans une contre-culture où les hommes affichent leur sexualité pour mieux en jouir.
Quel beau et fidèle portrait que nous dessine Alan Hollinghurst dans ce roman. Le reflet d’une époque parfaitement insouciante. Un roman puissant qui brille par l’apogée d’une sexualité totalement débridée. Violemment impudique, nous faisons connaissance d’un jeune homme, beau, athlétique et intelligent (bon d’accord! vive les stéréotypes) légèrement narcissique, il n’a pas besoin de travailler pour vivre, il virevolte de conquêtes en conquêtes pour assouvir sa soif de sexe jusqu’au jour où il rencontrera lord Nantwhich, homme de protocoles qui souhaite que William écrive ses mémoires. Nous nous mêlons alors dans un entre-choc de deux générations qui vivent leur homosexualité différemment. (Pour rappel se roman s’ouvre sur les années 1980 et signe la fin de l’illégalité de l’homosexualité et le début de l’épidémie du SIDA). Les mots y sont crus, directs mais tout le temps dans le vrai. Un roman flamboyant et subtil à lire au moins une fois dans sa vie 😉 Néanmoins, je lui ai trouvé des longueurs parfois inutiles et un TROP GROS clin d’œil au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde.
Ce roman est devenu culte dans la communauté homosexuelle.

Extrait choisi : Je commençais à développer un goût pour les noms blacks, les noms antillais ; c’était une sorte de voyage dans le temps, ces mots que les gens chuchotaient dans leur oreiller, griffonnaient dans les marges de leur cahier, lançaient dans le cri de passion à l’époque où mon grand-père était jeune homme. J’avais longtemps trouvé que ces prénoms edwardiens étaient l’inverse même de la romance : Archibald, Ernest, Lionel, Hubert étaient d’une froideur risible ; ils trahissaient une personnalité ignorante de la malice et du sexe. Mais cette année seulement, j’avais commencé d’aller avec des garçons portant des prénoms guindés ; et guindés, il ne l’étaient pas. Pas plus qu’Arthur, c’était le teint blafard, me costume jamais aéré, les lunettes cerclées de métal d’un rond-de-cuire d’autrefois. Du moins jusqu’à ce que je rencontre mon bel Arthur, mon coquin, ma petite salope d’Arthur – un Arthur qu’on ne pouvait imaginer vieux. Son visage lisse, avec d’immenses yeux noirs et un menton sexy, très peu prononcé, était sans cesse balayé par l’ombre et la lumière de l’incertitude et s’offrait au regard avec l’assurance superficielle de la jeunesse.

Quelques mots sur l’auteur : Alan Hollinghurst est considéré comme l’un des plus grands romanciers anglais contemporains.
Romancier, poète, nouvelliste et traducteur. C’est un homme accompli dans les mots. La piscine-bibliothèque est son tout premier roman sorti en 1988 dont il reçoit deux distinctions : Le prix Lambda Literary et le prix Somerset Maugham. Un de ses romans majeurs est : L’enfant de l’étranger publié en France en 2013 dont il en découle le prix du meilleur roman étranger.

Publié dans Romans contemporains

Lithium – Aurélien Gougaud

Aurélien Gougaud Lithium

Résumé : Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé, ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.

Mon avis : On ne connaîtra jamais leur prénom. Tout au long du roman, on les nommera par Elle et Lui. Histoire de mettre une distance envers ces jeunes protagonistes ou tout simplement, pouvoir s’identifier à eux beaucoup plus facilement. Car ce sont eux qui reflètent le mieux notre société, notre air, notre génération. Ceux qui ne connaissent plus le goût du rêve et de l’ambition. Ils sont devenus purs produits de consommation, mais ils aiment ça. C’est normal me direz-vous. Ils ne connaissent que ce schéma. Le récit se déroule sur Paris, on y découvre ou redécouvre ses rues, ses avenues et ses quartiers. Ils évoluent ici, sans passé ni avenir. Leur vie se module uniquement au présent. La construction du roman est classique : nos compagnons du voyage évoluent en courts chapitres. Il n’y a aucun suspense, peu de rebondissements mais la structure et l’histoire qui en découle sont très intéressantes. Le reflet de cette vie décadente au parfum désenchanté et très fidèle à notre réalité. Il suffit parfois de s’installer sur un banc, ou sur une terrasse d’un café, regarder les gens qui passent et comprendre leurs errances. Est-ce la société qui nous inflige cette difficulté à nous accomplir? À nous épanouir? Et avoir le droit de sourire? Ce roman est loin d’être noir bien au contraire. On note l’envie de ces jeunes gens à se réinventer, arrêter de se chercher pour enfin se découvrir.
Un texte d’une grande finesse et de qualité pour le premier roman d’un jeune écrivain.

Roman paru aux éditions Albin Michel

Quelques mots sur l’auteur : Aurélien Gougaud a travaillé à la radio et compose de la musique électro. Son père est le conteur et poète Henri Gougaud qui dirige les collections « La Mémoire des sources » et « Contes des sages » aux éditions du Seuil.

« Lithium » sorti en 2016 est son premier roman.

Qu’est-ce que le Lithium? Je vous conseille de voir juste ICI chez Wikipédia ;-D

Amicalement vôtre

Hanae

Publié dans polar

Sans l’ombre d’un témoin – Elizabeth George

Elizabeth Georges

Résumé : Londres. Une série de crimes atroces visent de jeunes adolescents métis des quartiers défavorisés, tous torturés selon un rituel macabre. Désireuse de boucler cette affaire au plus vite, Scotland Yard confie l’enquête à l’inspecteur Thomas Lynley et à sa fidèle adjointe Barbara Havers, contraints cette fois-ci de faire équipe avec un psychologue et un énigmatique sergent. C’est le début d’une véritable plongée au cœur des bas-fonds londoniens où un serial killer s’apprête à accomplir son grand oeuvre…

Mon avis : C’est toujours pour moi un plaisir de retrouver cet auteur. Elizabeth George, écrivain prolifique, Papesse des romans policiers dont l’écriture me tient sans cesse en haleine. Presque mille pages de suspens, d’intrigue dont l’histoire est parfaitement maîtrisée. On retrouve Barbara Havers un agent pas tout à fait comme les autres, dont les problèmes avec la hiérarchie, la vie plutôt malsaine et un langage extrêmement familier, nous inspire la compassion, l’amitié mais aussi l’agacement. Thomas Lynley, policier pointilleux issue de l’aristocratie britannique est quelque peu exigeant sur les bonnes manières et les traditions. Un véritable duo de choc mais contre toute attente fonctionne. Ces personnages sont pour moi un atout majeur aux romans de cette écrivaine. Une étude très élaborée de Londres et de ses recoins narrée par un auteur américain nous donne déjà une description très précise et pointue des lieux. C’est une invitation au voyage. On ferme les yeux et on s’y croirait presque. Une lecture qui pour moi a été captivante, solide et riche. Ce qui est passionnant dans les romans d’Elisabeth Georges c’est que les personnages évoluent au fil des livres. Jamais totalement les mêmes que dans les récits précédents mais dans une continuité psychologique certaine. Nous les retrouvons comme de vieux amis et le fait que chaque roman soit un pavé installe le récit dans la durée ce qui ajoute du plaisir à chaque lecture. Ce n’est pas le premier roman que je lis de cette écrivaine mais je peux dire que pour l’instant c’est celui qui m’a le plus marqué de par l’histoire où trois thèmes sociaux sont abordés -1) le racisme institutionnel -2) la place des médias dans une enquête -3) les réseaux pédophiles – de par le suspens (on ne sait jamais où les scènes vont nous amener), de par l’intrigue mais aussi par les rebondissements. J’ai eu beau me creuser les méninges pour avoir une vague idée de l’identité du coupable et bien… Je vous conseille de le lire.

Extrait choisi : Lorsqu’elle coupa le contact ce soir-là, Barbara Havers resta dans la Mini, écoutant tristement le moteur qui crachait. Elle appuya la tête contre le volant. Elle était claquée. Bizarre de penser qu’il était plus fatigant de passer des heures sur l’ordinateur et au téléphone qu’à sillonner Londres à la recherche de témoins, suspects, rapports et autres éléments, et pourtant c’était le cas. Fixer un écran de terminal, lire et surligner des listing, débiter le même monologue à des parents désespérés lui donnait une furieuse envie de haricots blancs à la sauce tomate – apportez-moi une boîte de Heinz, cet ultime réconfort – et de s’allonger sur le lit avec la télécommande. En un mot, elle n’avait pas eu un instant de répit au cours de ces deux premiers jours interminables.

Quelques mots sur l’auteur : Elizabeth George est une écrivaine d’origine américaine. Elle est renommée pour ses ouvrages dans la pure tradition du whodunit* britannique. Auteure prolifique, son oeuvre se compose d’une vingtaine de romans. Sans l’ombre d’un témoin est son treizième opus paru en 2005 aux éditions Presse de la cité

* synonyme du roman d’énigme classique du début du xxe siècle).