Publié dans Romans étrangers

Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

Éditeur : Slatkine & Cie
Parution : 02/06/2016

Résumé : New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminita, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et sans ses bras, l’amour?

Mon avis : Le gang des rêves où comment passer des nuits blanches. Il m’est difficile de trouver les mots. Ces mots justes, ces mots fins, ces mots d’amour qui arriveront, avec justesse, à résumer ce chef d’oeuvre. Car oui, c’est un chef d’oeuvre !
Ce roman, avec droiture, m’a transpercé, m’a cloué par son réalisme, sa dureté, sa générosité et par ses espoirs. Il a réussit à me pousser loin de mes retranchement, il m’a sorti de ma zone de confort pour m’amener loin, très loin, grâce à sa force et sa rage.

Le gang des rêves , ce roman qui laissera à jamais gravé en moi, sa marque, son splendide et son ivresse. Luca Di Fulvio nous offre ici une grande et riche fresque romanesque.

Nous sommes au début du 20ème siècle, en Sicile où Cetta Luminita, belle jeune femme vit, auprès d’une famille de paysan avec un père absent et une mère jalouse. Jalouse de sa propre fille, de son propre sang, de sa propre chair. Cette hideuse jalousie qui va pousser la mère a mutiler sa fille pour la rendre moins jolie, moins désirable. Pour éviter tous ces regards que les hommes posent sur elle. Est-ce par cruauté?  Par protection ? Ou est-ce la jalousie qui prend une place bien trop importante dans le cœur d’une mère?  Ce stratagème n’aura que peut d’effet sur la naturelle beauté de Cetta qui, est l’histoire comme là, se fera violer au milieu d’un champs par un homme noyé dans ses propres pulsions. Cetta portera, dans son ventre, le fruit de cette agression mais décidera, par une force insoupçonnée, de garder l’enfant et de fuir ce pays, qui l’emprisonne et l’empêche de voir au-delà de l’horizon. Cetta quittera donc sa terre pour partir vivre le « rêve américain ». Elle choisira donc New York car là-bas on devient quelqu’un, on devient plus grand. Elle part donc, sans se retourner et va devoir user de son corps et de ses charmes pour régler le voyage. Elle va pouvoir enfin vivre.

Remettons-nous un instant dans le contexte historique du roman. Nous sommes en 1920, New-York vient seulement de naître mais c’est aussi la naissance de la ségrégation sociale et raciale, des rivalités de gangs. Cetta et Christmas, son fils, vont devoir se faire une place dans cette jungle urbaine qui ne cesse de bousculer les codes. Christmas va grandir au milieu de ce tumulte et Cetta n’aura d’autre choix que de se prostituer pour survivre. Difficile pour un enfant d’avoir une mère catin et un géniteur violeur n’est-ce pas ? Mais Cetta est une femme forte, courageuse et respectable. Elle va offrir à son fils des valeurs qui le suivront toute sa vie. Celle ne ne pas se sentir étranger et surtout de respecter coûte que coûte les femmes. Valeurs que va suivre, à la lettre, Christmas.

Le gang des rêves c’est aussi une rencontre d’amour évidente, entre Christmas et Ruth, mais cette amour impossible de part leur race qui les oppose (Christmas italien, Ruth juive), et de part leur statut sociale qui les diffère (lui pauvre, et elle riche). leur rencontre naîtra dans le sang, le traumatisme et la peur. Mais rien n’arrête l’amour et la détermination de Christmas. Jeune homme vif et intelligent.

Le gang des rêves c’est aussi le portrait de plusieurs vies, d’aventures humaines, d’amours impossibles, de joies et de peines. Mais c’est aussi le tableau aux riches couleurs de rêves, ceux qui nous permette de nous accrocher à la vie et qui nous cesse de nous rappeler nos véritables valeurs, l’essence même de l’Homme et qui donne une raison à notre propre existence.

Je ne peux vous en dire davantage. Ce romane st un véritable coup de foudre et les coup de foudre il y en a peu. On doit donc le déposer dans toutes les mains pour se remplir de sa force. Ce roman se lit comme une saga et une fois que l’on tombe dedans, c’est comme une drogue, on ne le lâche plus.

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La somme de nos folies – Shih-Li Kow

La somme de nos folies

ÉDITIONS ZULMA

Résumé : À Lubok Sayong, petite ville au nord de Kuala Lumpur, tout est indéniablement unique. Jusqu’à la topographie, une cuvette entre deux rivières et trois lacs, qui lui vaut chaque année une inondation et son lot d’histoires mémorables.
Cette année-là, exceptionnelle entre toutes, l’impétueuse Beevi décide de rendre enfin la liberté à son poisson qui désespère dans un aquarium trop petit, d’adopter Mary Anne, débarquée sans crier gare de son orphelinat où toutes les filles s’appellent Mary quelque chose, et d’embaucher l’extravagante Miss Boonsidik pour l’aider à tenir la grande demeure à tourelles de feu son père, reconvertie en Bed & Breakfast…
Le tout livré en alternance et avec force commentaires par la facétieuse Mary Anne et par Auyong, l’ami fidèle, vieux directeur chinois de la conserverie de litchis, qui coulerait des jours paisibles s’il ne devenait l’investigateur héroïque d’une gay pride locale.

Mon avis : Un roman qui dépayse, des mots qui nous font voyager avec des saveurs multiculturelles dont seule la littérature à le don de prendre forme. Ce roman réinvente notre quotidien et nous procure une sensation presque enchanteresse.
Shih-Li Kow nous tire ici le portrait de Lubok Sayong, une petite ville – ou grand village – au nord de Kuala Lumpur, un endroit reculé ou l’eau y est tellement abondante que les inondations sont inévitables. Comment un endroit aussi isolé peut accueillir autant de secrets, de péripéties et des personnages haut en couleur, rocambolesques et attachants. On se laisse happer par l’écriture précise et maîtrisée de Shih-Li Kow et nous touchons du doigt une Malaisie au carrefour des traditions et de la modernité.
Le texte est parfaitement agencé  à la fois humoristique, doux, léger mais aussi grave, profond et éloquent. Shih-Li Kow nous offre dans ce roman des sujets encore tabous pour la population Malaisienne. Nous découvrons alors comment, l’homosexualité, le transgenre ou même la polygamie sont perçus et vécus dans ce vaste monde de paradoxes. Il est important de souligner que même si parfois, les personnages ont un avis tranché et corrosif sur les situations (Ce qui donne vraiment corps à l’ouvrage), l’auteure a eut l’extrême délicatesse de donner libre arbitre aux lecteurs de donner leur propre avis sur les mises en scène qu’elle nous décrit.
Un véritable condensé de virtuosité.
Un roman qui nous fait réfléchir, qui ne peut nous laisser indifférent et qui a aussi le pouvoir de nous faire sourire.  À LIRE ABSOLUMENT 

Mille mercis aux Éditions Zulma de nous dénicher avec brio des perles de la littérature étrangère. Grâce à vous, nous voyageons…sur notre canapé. 😉 

Extrait choisi : À Lubok Sayong, l’eau est un vrai problème. Simplement parce qu’il y en a trop. Notre ville est située dans une cuvette, au fond d’une vallée bordée d’un côté par le Perak et de l’autre par un affluent de la Sayong. Les deux rivières embrassent la ville, au pied des contreforts d’une chaîne montagneuse qui court comme une épine dorsale le long de la péninsule. Cette topographie malheureuse et la conspiration des méandres y veillent : Lubok Sayong est vouée à être inondée. Dès qu’il pleut, la vallée se remplit comme une bassine sous un robinet ouvert.

Quelques mots sur l’auteure : 

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Née dans la communauté chinoise de Kuala Lumpur, Shih-Li Kow écrit en anglais. Son premier recueil de nouvelles, Ripples and Other Short Stories, publié en 2009, a été finaliste du Prix international Frank O’Connor.
Jouant admirablement du proche et du lointain, du particulier et de l’universel, du vraisemblable et du fabuleux, du sérieux et du cocasse, sa voix singulière défend sans conteste la diversité et l’ouverture – politique, artistique, ou écologique – dans la Malaisie multiculturelle d’aujourd’hui, à travers des figures qu’elle nous rend inoubliables.
La Somme de nos folies est le premier roman de Shih-Li Kow.