Publié dans littératures françaises, Romans contemporains

Shanghai Fan – Raphael Bée

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Shanghai Fan parut aux éditions REMANENCE

Résumé : Le milieu de la pub dans l’empire du Milieu. Clem a voulu tenter l’expérience et la voilà happée dans le tourbillon d’une ville qui ne s’arrête jamais. Partagée entre sa relation à distance avec Margaux et sa vie d’expat, elle se voit confier l’organisation d’un événement pour Shanghai Fan, la nouvelle marque de luxe dont tout le monde parle. Mais rien ne va se passer comme prévu. Rivalités, combines et jalousies s’enchaînent, à l’image de la démesure de la ville, tantôt attachante, tantôt terrible.

Aime la Chine, la Chine t’aimera.
Déteste la Chine, la Chine te tuera.

Mon avis :  Alain Peyrefitte a écrit un jour : « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera ». Un essaie parut en 1973 qui s’est venu à plus de 885 000 exemplaires. Je pense aussi au roman d’Amélie Nothomb Stupeurs et tremblements… Bon d’accord son roman s’est déroulé au Japon, mais c’est un pays voisin non?
Avant de rentrer dans le cœur du sujet et pour vous donner une petite idée mon avis sur Shanghai Fan de Raphaël Bée, je peux d’ores et déjà lui souhaiter le même succès que ses prédécesseurs. 🙂
Raphaël Bée possède un savant mélange d’imagination et de précision. En effet, l’histoire nous tient en haleine et nous retrouvons une psychologie complexe des personnages. La plume de l’auteur est extrêmement précise et nous donne des éléments très détaillés de l’atmosphère, de la culture et de la mentalité de Shanghai. Au fil des pages, nous voyageons et nous découvrons une civilisation finalement peut connue. Je peux vous certifier que ça procure pleins de sentiments.
À travers le quotidien d’expatriés en quête de reconnaissance et de gloire dans une Chine de démesure et de paradoxes, nous ressentons, telle une claque, un choc des cultures
Shanghai Fan est un roman qui nous plonge dans l’univers de la pub mais surtout dans une entreprise chinoise ou le déshonneur est une abomination. Raphaël Bée a su tirer le portrait d’un vaste empire à travers le regard de jeunes français dont ils ont tout à prouver.
Un roman d’une belle richesse et d’une grande qualité. Un véritable coup de cœur, je vous conseille vivement de vous le procurer et de vous en délecter. ♥ 

Extrait choisi : La rockstar. C’est comme ça qu’ils parlaient d’elle en interne. Quand elle croisait des collègues dans l’ascenseur de la tour où elle travaillait, Mi Ya sentait les regards impressionnés dans son dos et les chuchotement  » c’est elle ». Quand elle traversait les allées des différents open spaces qui menait à son bureau, les gens s’arrêtaient un instant dans leurs tâches et murmuraient entre eux. Cela ne faisait que quelques semaines qu’elle siégeait au vingt-sixième étage, juste après avoir été auréolée d’une réputation de rockstar par le président du groupe.

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J’espère de tout cœur que cet article vous a donné envie de lire Shanghai Fan, ce roman d’une très grande qualité signé de la plume d’un auteur très doué , vous trouverez ci-dessous ma petite entrevue avec l’auteur Raphaël Bée ↓↓↓

N’hésitez pas à retrouver l’auteur sur sa page Instagram Raphaël Bée

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Hanae : « Bonjour Raphaël. Peux-tu nous parler un peu de toi? »

Raphaël Bée :  » Je suis Raphaël Bée, et je viens – hélas – de fêter mes 30 ans. Je travaille en freelance pour des maisons de luxes françaises, que j’accompagne dans leur stratégie et conception de contenus pour leurs réseaux sociaux et site web. Avant cela, j’ai eu la chance de m’expatrier quatre ans en Chine pour participer au développement d’une agence de communication française qui ouvrait alors son premier bureau à l’étranger. Quand je suis arrivé, nous étions 4. À mon départ, nous étions 150. Ce fut une période de croissance folle à l’image de la Chine, à un rythme plus que soutenu et qui a fini par user; l’envi d’écrire est venue en même temps que j’envisageais de changer d’environnement. »

Hanae : « Quel est ton processus d’écriture? Quelles lignes directives as-tu mise en place pour la création de l’histoire? »

Raphaël Bée : « Les personnages et la structure de Shanghai Fan ont été posés alors que j’habitais encore en Chine. J’ai commencé par imaginer les personnalités que je voulais mettre en avant, comme une grille de lecture des gens que l’on peut croiser à Shanghai : la Tai-tai (la femme expatriée), le mec un peu lourdaud, le pro-chinois, sans oublier la Shanghaienne, l’incarnation selon moi de la femme moderne et puissant. C’est à partir d’eux que j’ai construit l’intrigue : quelles situations pourraient bien les réunir; quelles affinités et interactions entre eux; et bien-sûr, à quel problèmes devraient-ils faire face!
Une fois les protagonistes et les éléments perturbateurs identifiés, j’ai défini un petit plan comme bon élève et m’y suis tenu jusqu’au mot final, au rythme de 1 à 2 chapitres par semaine. La version bêta de Shanghai Fan a vu le jour au bout de 4 mois. »

Hanae: « Visiblement Shanghai a été pour toi une page de ta vie très importante. Pourquoi cette ville? Ton roman est-il une façon de montrer ton respect envers cette civilisation? »

Raphaël Bée : « Mon lycée – dédicace au lycée Carnot de Dijon – accueillait chaque année des élèves chinois de l’université de Nankin ; en retour, un voyage scolaire en Chine était organisé tous les deux ans pour trois classes. J’ai eu l’opportunité de mettre un premier pied en Chine en 2004, et je me souviens d’avoir été frappé par notre arrivée à Shanghai : les néons, le bruit, la foule… À mon retour, je n’avais qu’un objectif : y revenir.
J’ai un immense respect pour la civilisation chinoise et plus particulièrement une admiration pour le culte de la vitesse et de l’innovation digitale. Cependant, je ne pense pas que Shanghai Fan soit une apologie de la Chine ; quand je me suis mis à l’écriture, nous étions en pleine tendance du France-bashing, où le message dominant était : « expatriez-vous à tout prix. » J’avais davantage l’intention de montrer un autre aspect de l’expatriation : celui des Français qui pensent que l’herbe est plus verte ailleurs, se prennent pour les rois du monde… et finissent par déchanter. Dans une Chine où tout est possible, la chute est d’autant plus dure ! »

Hanae : « Peux-tu, en quelques mots nous décrire la culture chinoise, la mentalité de cette population? Selon ta propre vision et ton propre vécu. »

Raphaël Bée : « En Chine, tout est compliqué mais tout est possible ! Compliqué, car ce souci de préserver constamment la « face » rend souvent plus longue la résolution de problèmes, notamment au boulot, là où une mise au point courte mais ferme permettrait d’avancer plus vite et de passer rapidement à autre chose. Il y à aussi la nécessité de toujours anticiper – où plutôt d’imaginer – les problèmes qui pourraient se poser en cours de route avant de déléguer ou de briefer : ce qui relève du bon sens chez nous ne l’est pas forcement là-bas et donc des surprises peuvent être nombreuses ! En bref, il faut sans cesse s’armer de patience, ce qui deviendrait presque paradoxal par rapport à la sensation de vitesse ressentie dans Shanghai.
Et finalement, tout reste possible car cette culture du « zéro-conflit » reste orientée vers la solution, pas vers le problème. Quant à l’éthique de la solution, c’est une autre histoire ! »

Hanae :  » Comment as-tu donné naissance aux personnages? Quelles ont été tes influences? »

Raphaël Bée : « Dès la première page de Shanghai Fan, il est précisé que »toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être fortuite. » On va dire que le hasard a été provoqué. Le point de départ de la plupart des personnages a été de vraies rencontres, professionnelles ou personnelles, dont j’ai ensuite forcé les traits et étiré au maximum leur part d’ombre pour leur donner une vie romanesque. Il se trouve aujourd’hui que la réalité rattrape la fiction, car des situations qui étaient le pur fruit de mon imagination ont récemment eu lieu. »

Hanae :  » Quel est ton rapport avec les romans? »

Raphaël Bée : « Le déclic pour la lecture a eu lieu lorsque j’étais en première, lors d’un bac blanc de Français, il y avait dans le corpus de textes un extrait de Mercure d’Amélie Nothomb , qui m’a donné envie de lire l’ouvrage complet. Et celui-ci de lire d’autres œuvres du même auteur. Aujourd’hui, je fais parti de ceux qui ne manquent pas le rendez-vous annuel de dernier Nothomb. Toutefois, mes orgasmes littéraires je les ai eus grâce à Virginie Despentes, dont j’ai également dévoré toute l’oeuvre. Elle este mon auteur de référence. »

Hanae :  » Un prochain roman va t-il sortir de ton imagination prochainement? »

Raphaël Bée : « J’ai une idée derrière la tête et ai commencé à prendre des notes. Cette fois, c’est Instagram et ses influenceurs qui seront au cœur de l’intrigue. »

 

Publié dans littératures françaises

L’inversion du Gulf Stream – Fabrice Chêne

L'inversion du Gulf Stream Fabrice chène

L’inversion du Gulf Stream parut aux éditions Gallimard collection l’Arpenteur

Résumé : « … Nate est parti, Nate m’a quitté, disait la voix d’Aurore. Captée par la webcam, son image – lointaine, tremblée, irréelle – semblait venue d’une autre planète, d’une galaxie distante de plusieurs année-lumière, d’un passé depuis longtemps révolu. S’agissait-il d’un appel à l’aide? Dans le petit appartement redevenu silencieux, Virgil resta longtemps à fixer l’écran noir de l’ordinateur. Il n’était plus très sûr… Étaient-ce ces paroles-là, ces paroles-là exactement qu’elle avait prononcées? Ou bien ces mots les avait-il imaginés, rêvés, réinventés après coup, trace persistante et incertaine de la conversation qui venait d’avoir lieu?
Pour retrouver Aurore, Virgil n’aurait pas hésité à aller jusqu’au bout du monde, lui qui ne va jamais nulle part. La preuve : un seul geste d’elle et le voilà déjà à bord du Boeing à la carlingue couleur de ciel, aussi bien ou aussi mal installé que l’on peut l’être, le regard flottant à travers le hublot, anxieux à l’idée de quitter la terre ferme et impatient d’en découdre avec les nuages. »

Juin 2009. Dans le New York démythifié d’après le 11 Septembre et la crise financière, un homme et une femme qui se sont aimés tentent, trois jours durant, de renouer les fils de leur passé.

Mon avis : Instagram a souvent bon goût pour nous mettre sur le chemin d’une rencontre, d’un moment inattendu et secrètement espéré. Après quelques phrases échangées, Fabrice Chêne décide, pour ma plus grande joie, de m’envoyer son roman. Celui-ci ne peut attendre dans ma pile à lire déjà bien débordante. Je m’empresse donc de le prendre à deux mains pour, avec extase, le dévorer.
Pour un premier roman, je trouve que Fabrice Chêne a frappé fort. Nous tombons littéralement dans un voyage émotionnel qui nous mène au-delà de l’océan, à New York où Virgil va retrouver Aurore après des années d’un long silence. Nous passons avec eux quelques jours dans la BIG APPLE pour nous plonger dans une véritable introspection de nos deux protagonistes. Le paradoxe des sentiments les plus intimes, des plus profonds sont confrontés à cette ville de démesure et de grandeur. Cela donne une intensité particulière au roman où New York est divinement bien détaillé. La psychologie des personnages y est complexe et complète, l’histoire est bien agencée, le récit quant à lui, très bien ficelé.  Ce roman parle d’amour, de solitude, d’écriture et de l’Amérique. Une lecture agréable qui pousse aux questionnements et nous amène parfois à réfléchir sur nos propres valeurs et nos propres idéaux.
Bon , je vais donner un avis un peu négatif sur la fin du roman. En effet, je m’attendais à une tout autre finalité. Que deviennent-ils? Se réunissent-ils? Où vont-ils? Beaucoup de questions que n’ont pas réussi a laisser place à mon imagination pour créer une fin que je pensais plus heureuse. Est-ce si négatif que ça, je ne pense pas 🙂
Bref, je ne peux en vouloir à cet auteur qui vient de nous montrer dans ce roman un réel talent pour les mots.
C’est une lecture que je conseille vivement, qui vous procurera j’en suis sûr un très joli moment. J’AI ADORÉ

A LIRE ABSOLUMENT 

Après la lecture de l’inversion du gulf stream, j’ai eu la chance de pourvoir poser quelques questions à Fabrice Chêne qui, avec une extrême gentillesse à répondu en toute franchise et spontanéité. Je vous laisse découvrir notre petit échange juste en dessous 😉

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Hanae : « Bonjour Fabrice, avant toute chose, je tiens à vous remercier pour ce livre remarquable, je souhaite vous poser quelques questions pour enrichir mon article sur votre roman l’inversion du Gulf Stream mais aussi pour vous connaître un peu plus. Qui se cache derrière ces mots 🙂
Comment vous est venu cette histoire ? »

Fabrice : « Bonjour Hanae, merci à vous de l’intérêt que vous portez à mon livre. C’est une idée un peu ancienne. J’avais noté quelque part cette possibilité d’intrigue : un homme qui retrouve un amour de jeunesse. Celle-ci a eu un enfant avec un homme qui l’a par la suite abandonné alors que lui aurait bien voulu avoir un enfant avec elle. Vont-ils pouvoir renouer? Quel sera son rôle auprès de l’enfant? et cetera. Voilà, cette idée est restée pendant longtemps plutôt vague, juste une intrigue vraiment tenue mais pas franchement originale. Cela devait initialement se passer à Paris, mais il m’a semblé, en m’attelant au projet pour de bon, qu’il devrait y avoir une séparation nette et plus complète entre ces deux personnages, y compris d’un point de vue géographie. D’où l’idée que l’histoire pourrait se passer sur un autre continent. Je voulais aussi que ça ne soit pas trop « intimiste », ou « psychologique » donc il fallait qui est du mouvement, de l’espace. »

Hanae :  » Pourquoi avoir choisi comme lieu géographique New York? »

Fabrice: « Tout s’est cristallisé autour de la ville. J’ai beaucoup hésité parce que New York peut avoir un côté convenu. D’un autre côté, c’est un lieu très connu et donc qui peut plaire aux lecteurs, parler à leur imagination. J’étais donc assez partagé, mais une fois que je me suis décidé, tout s’est enclenché et le projet a pris consistance, et pour cela, le New York des années 2000 était parfait : entre le 11 septembre et la crise de 2008, j’avais un cadre temporel. Les deux personnages et l’histoire de leurs rapports se sont précisés petit à petit. Il fallait aussi un moment précis, donc j’ai fait des recherches et trouvé ce mois de juin 2009, qui avait connu des précipitations sans précédent. Comme j’avais déjà le titre, qui s’est imposé à moi un beau jour (ou plutôt une nuit), ça faisait sens. Je voulais que le changement climatique soit présent à l’arrière-plan, même s’il est surtout une métaphore du bouleversement qui affecte la vie des personnages. Ce titre un peu énigmatique et qu’on peut entendre métaphoriquement me plaisait bien pour cette raison. »

Hanae : « Quels sont vos procédés d’écriture? »

Fabrice : « L’écriture de ce roman a été une expérience particulière. J’ai travaillé en amont, à partir d’un plan de New York et de différents livres, en prenant beaucoup de notes (je ne voulais surtout pas dire de bêtises). J’ai aussi lu des choses dans le domaine économique. Mais l’essentiel du travail préparatoire s’est fait sur place, lors de deux séjours à New York, deux années de suite au cours desquels j’ai travaillé sur les lieux, l’itinéraire des personnages dans la ville et cetera. C’était très passionnant à faire. Ensuite c’est un long travail à l’ordinateur qui s’est déroulé sur plusieurs années (avec des interruptions) ainsi que plusieurs versions successives, corrigées à chaque fois etc… Un travail de longue haleine, même si à l’arrivée le roman ne fait que 200 pages. »

Hanae : « Pouvez-vous me parler un peu de vous »

Fabrice : « Je suis agrégé de lettres modernes, j’enseigne le français dans la secondaire depuis une vingtaine d’années (je suis donc un primo-romancier sans être un « jeune romancier ») Actuellement j’enseigne dans un lycée de l’Essonne. Que dire d’autre, sinon que j’ai une bibliothèque assez garnie, comme vous vous en doutez, et le livre reflète bien mes goûts je crois, en particulier dans le domaine de la littérature anglo-saxonne (puisque sont nommés dans le roman, outre Malcolm Lowry, Faulkner, Nabokox ou Virginia Woolf. »

Un immense merci à Fabrice Chêne pour sa gentillesse et son talent. J’espère de tout cœur découvrir un autre roman de cet auteur. En attendant, je vous invite à lire et vous délecter de L’inversion du Gulf Stream parut aux éditions Gallimard collection l’Arpenteur.  A vos livres!!!! 😉

Amicalement vôtre

Hanae

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La petite fille sur la banquise – Adélaïde Bon

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La petite fille sur la banquise est son premier roman publié aux éditions Grasset en 2018.

Résumé : Quand ses parents trouvent Adélaïde muette, pleurant sans savoir dire pourquoi, ils l’emmènent au commissariat et porte plainte contre X pour attouchements sexuels. Elle grandit sans rien laisser paraître, le sourire aux lèvres. Des années de souffrance et de solitude, à se battre contre les méduses. Vingt-trois ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs, un suspect a été arrêté. Tout s’accélère.

« Elle ne sent pas les méduses s’immiscer en elle ce jour-là, elle ne sait pas qu’elles vont la déporter de sa route, l’attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu’au moindre de ses pas, la faire douter de ses poings, rétrécir année après année le monde qui l’entoure à une poche d’air sans issue. Personne ne la prévient, personne ne lui explique, le monde s’est tu. »

Mon avis : Il y a des romans qui laissent des traces, parfois diffuses et éphémères, souvent indélébiles et profondes. C’est le cas avec La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. Avec une grande maîtrise des mots et une spontanéité sans faille, elle nous livre ici un témoignage poignant et d’une grande puissance. Jeune fille bercée par des parents de bonne famille, elle évolue dans les quartiers huppés du seizième arrondissement de Paris quand un malheureux jour du mois de mai, tout bascule, sa vie s’arrête, elle prend sans le vouloir un aller simple direction les enfers où elle fera alors la connaissance de ses « méduses » que l’on nommera angoisse, crise, boulimie, cauchemars, panique et cætera. Il a suffi d’un homme, d’un seul pour qu’elle tombe dans un monde qui n’est pas le sien, un monde qu’elle ne mérite pas, mais qui est désormais à elle. Elle n’a alors que neuf ans.
Viennent ensuite des années de combats acharnés pour retrouver un semblant de paix, entre confrontation avec des pédiatres, psychologues, séances de yoga pour la voix, psychothérapies, stages et cætera, rien y fait, elle semble tout aussi perdue. Comment définir les maux quand on ne se souvient pas de la cause? Elle souffre d’une amnésie traumatique, il lui faut le déclic, le facteur déclencheur qui la ramènera sur le chemin de la vie, de l’espoir. Cette étincelle viendra à elle après vingt-trois ans dans l’oubli, grâce à des personnes exceptionnelles mais aussi à un mot, un seul : VIOL. De là, le procès, l’homme est retrouvé… tout s’accélère. Parfois il suffit d’un mot pour guérir les maux.
D’une plume sans fioriture nous partageons avec Adélaïde son histoire, sa vie et son combat. Un roman bouleversant qui nous prend aux tripes et ne nous laisse pas indifférent. Ici, le tabou se brise, les sentiments se bousculent et les yeux se mouillent. Je conseille vivement cette lecture, souvent difficile mais tellement vraie dont les détails psychologiques sont extrêmement bien détaillés.
Un immense merci à Adélaïde Bon de soulever le voile sur la pédérastie (du grec ancien παῖς / paîs, « enfant », et ἐραστής / erastếs, « amant ») , une respectueuse révérence à votre force ainsi que vos mots et merci pour cette confession qui marquera, j’en suis sûr, la littérature française.

Extrait choisi :  Est-ce qu’elle s’est essuyé la bouche du revers de la main, passé la langue sur les dents, recoiffé un peu? Est-ce elle ou lui qui a remonté la culotte, remis un semblant d’ordre dans la robe-tablier rouge, tiré sur le chemisier blanc? Elle le regarde en opinant du menton, comme les petits chiens qui hochent la tête sur les plages arrière des voitures. Je suis gentille, je suis jolie, j’aime ça, tu es mon ami, tu aimes mes grosses fesses, tu me fais du bien, je suis gourmande, je ne dirai rien, c’est notre secret, je te promets, je ne dirai rien. Des mots qu’il lui a dits et dont elle ne se souvient pas, pas plus qu’elle ne se souvient de ce qu’il lui a fait….

Quelques mots sur l’auteure : Adélaïde Bon est une comédienne et écrivain née en France en 1981 La petite fille sur la banquise est son premier roman publié aux éditions Grasset en 2018.

« Un grand merci pour votre soutien dans cette sphère étrange qu’est internet. J’espère que mes articles vous plaisent et que mes lectures et rencontres vous piquent la curiosité 🙂 J’espère être avec vous le plus longtemps possible 😉 » HANAE 

        

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Rencontre avec un libraire – Le renard doré

Logo Le renard doré

Aujourd’hui je vais vous donner rendez-vous dans une librairie (et oui! Vous êtes ici pour cela n’est-ce pas? :-)) Etes-vous d’accord? Parfait! Alors accompagnez moi!

Nous allons nous retrouver dans le 5ème arrondissement de Paris, ce district est grand me diriez-vous. Certes, je vous l’accorde, ne vous inquiétez pas, je suis là pour vous guider. Prenez le métro, la ligne 7 ou 10 comme bon vous semble, arrêtez-vous à la station Jussieu ou Cardinal Lemoine. Et voilà! Vous y êtes. C’est vraiment un quartier sympa vous ne trouvez pas? Tout près, vous retrouverez les Arènes de Lutèce, le muséum d’histoire naturelle et si vous continuez votre chemin, vous traverserez la Seine pour un rendez-vous avec la cathédrale Notre Dame de Paris, mais je ne suis pas ici pour vous faire une visite guidée de notre chère ville alors, retrouvons-nous au numéro 41 de la rue Jussieu. Faites vite! j’ai hâte de vous faire découvrir ce petit bijou de librairie.

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Et voilà! Nous y sommes, à la librairie le Renard doré. Quelle jolie devanture toute de verte vêtue aux notes dorées. Dès que nous franchissons la porte, nous sommes happés par la beauté des lieux et le sourire de ses habitants. Le style y est épuré, frais et de très bon goût. Aux murs, de merveilleuses tapisseries aux motifs floraux qui vous frappent par leurs couleurs vitaminées. De Sakura aux champs fleuris en passant par le rose, le vert, le rouge et le bleu on sentirait presque leurs délicats parfums qui réchauffent le cœur et l’âme. Un monde fantasmagorique s’offre alors à nous et nous invite à un beau voyage dans l’univers du manga, de la culture et la littérature japonaises.

Pour un groupie du Soleil Levant comme moi, j’en suis conquis. 🙂

Mickael et Hanae

J’ai pris mon courage à deux mains pour contacter son créateur qui, avec une extrême gentillesse, m’a ouvert les portes de son royaume et m’a accordé de son temps, et le temps il en avait peu car la librairie vient d’ouvrir ses portes depuis le 5 Mai exactement. J’étais aux anges. 😉
Nous avons eu un véritable échange, humain et passionné. C’est comme cela que j’ai appris que cet homme, Mickaël de son prénom, était dans son passé psychologue dans la fonction publique s’occupant essentiellement de personnes atteintes de troubles de la mémoire. Depuis l’âge de dix ans, il se passionne pour le Japon et l’univers du Manga. Il a alors besoin d’un souffle nouveau, ce qui le pousse à quitter le sud de la France pour réaliser son plus profond désir. Ouvrir une librairie. Après une formation « Créer ou reprendre une librairie » par l’Institut National de Formation de la Librairie (INFL), la machine est en route, il fallait trouver un local pour y exercer sa passion. Et bien c’est chose faite : un ancien magasin de jeans depuis 1934 sera l’endroit idéal. Le renard Doré vient de naître.
D’ailleurs, pourquoi avoir choisi cet animal comme emblème? Pour Mickaël ce fut comme une évidence. Animal fétiche, le Renard ou Kitsune est rusé, voleur et intuitif ; avec le temps, il acquiert de la force, de la sagesse et une belle longévité, celui-ci est connu des contes japonais sous le renard à neuf queues ou Kyùbi no kitsune. Quoi de mieux que cet animal mythique pour incarner l’esprit de cette librairie.

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Comme tout passionné qui se respecte, Mickaël a un rapport avec les livres très intime qu’il qualifie comme objet culturel indispensable, un échappatoire magnifique qui répond à toutes nos émotions. Comme tous les amoureux de livres, il en a un qui l’aura marqué : Le maîtres des livres de Umiharu Shinohara aux éditions KOMIKKU. Est-ce grâce à ce livre que le Renard Doré a vu le jour?… Le mystère reste entier 😉 Une jolie phrase du gérant m’a fait sourire et je trouve qu’il résume avec beauté sa passion et son engagement :

« J’aime m’imaginer être le maître des livres. »

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Ce qui m’a frappé en voyant Mickaël conseiller ses clients est son sens de l’écoute et de l’attention. Grâce à son ancienne profession, il arrive à capter le regard, son approche est personnalisée et unique à chacun. Je trouve que c’est une véritable plus-value sur la création et les réponses aux désirs du client. Comme il le dit si bien, les parisiens ont besoin d’une réponse rapide à un besoin rapide. Alors quoi de plus agréable que de leur proposer un endroit ou le temps s’arrête, ou l’on passe du bon temps en compagnie de passionnés qui eux aussi prennent du temps.
Voilà un personnage qui a frappé fort en nous proposant une librairie atypique et aux goûts certains.

Personnellement, quand je pense « manga », une image me vient à l’esprit, un local où s’amassent des tonnes de livres, totalement désordonné, désorganisé et froid. Au lieu de pousser ma curiosité, me pousse irrésistiblement vers la sortie. Un monde fermé où seuls les connaisseurs sont les bienvenus. Ici, nous découvrons son contraire, tout y est organisé comme dans une libraire générale, les mangas sont rangés par genres littéraires, cela cible l’envie et guide le lecteur dans son choix et sa découverte. Pour les initiés (comme moi) cela donne une jolie visibilité sur ce que le manga peut nous offrir. Au sous-sol nous découvrons un boudoir où la littérature japonaise vous accueille tout en pudeur. C’est d’ailleurs dans ce boudoir où s’organiseront des échanges et des ateliers (origami, atelier lecture pour les enfants etc…) Je dis OUI à ce Japon accessible à tous et je vous invite vivement à découvrir ce lieu magnifique, de vous extasier devant ces étagères bien garnies et de remplir votre tote bag d’accessoires qui feront de votre intérieure un endroit ZEN. 😉

Je tiens à remercier Mickaël (le gérant et créateur) pour son bon goût et sa gentillesse. Merci à Amandine, une libraire au sourire KAWAII 🙂
Merci à vous deux pour votre professionnalisme, pour cette magnifique librairie qui détone et qui dénote. On en ressort…heureux.
Une nouvelle adresse qui deviendra très vite un incontournable des librairies indépendantes parisiennes.

J’espère de tout cœur que cet article vous a conquis. Je suis désolé d’être peu disponible pour vous en ce moment mais promis, je vais vite me rattraper. Allez rendre visite au Renard, croyez-moi : impossible d’être déçu.

Amicalement vôtre

Hanae

Le Renard Doré 
Librairie spécialisée Manga, littérature et culture japonaise
Papeterie, vaisselle et produits dérivés

41 rue Jussieu, 75005 Paris

Contact :
01.42.02.14.85
06.52.85.27.01
mickael.brun.arnaud@gmail.com

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Vers la beauté – David Foenkinos

Vers la beauté David Foenkinos

Aux éditions Gallimard

Résumé : Antoine Duris est professeur aux Beaux-Arts de Lyon. Du jour au lendemain, il décide de tout quitter pour devenir gardien de salle au musée d’Orsay. Personne ne connaît les raisons de cette reconversion ni le traumatisme qu’il vient d’éprouver. Pour survivre, cet homme n’a trouvé qu’un remède, se tourner vers la beauté. Derrière son secret, on comprendra qu’il y a un autre destin, celui d’une jeune femme. Camille, hantée par un drame.

Mon avis : David Foenkinos nous invite dans cet opus à nous tourner vers la beauté de l’art mais pas que. Nous faisons ici la connaissance d’un homme avec ses doutes, ses amours et ses errances cachant un terrible secret qui l’oblige à quitter Lyon pour se perdre au milieu des tableaux au musée d’Orsay. Que cache Antoine pour vouloir à ce point se faire oublier? L’histoire est d’une certaine violence, elle vous prend au corps et fait parfois mal au cœur mais paradoxalement elle est merveilleuse. Je qualifierais ce roman ainsi que l’auteur en quelques mots : Univers-Identité-Subtilité-Humilité.  Ce roman rejoint incontestablement La délicatesse et Charlotte. Bref, procurez-vous le et imprégnez-vous de cette petite beauté 🙂
Mon sens critique est totalement erroné face à un roman de David Foenkinos car :

#JESUISFAN 

Extrait choisi : Le musée d’Orsay à Paris, est une ancienne gare. Le passé dépose ainsi une trace insolite sur le présent. Entre les Manet et les Monet, on peut se laisser aller à imaginer les trains arrivant au milieu des tableaux. Ce sont d’autres voyages maintenant. Certains visiteurs ont peut-être aperçu Antoine Duris ce jour-là, immobile sur le parvis. Il paraît tombé du ciel, stupéfait d’être là. La stupéfaction, c’est bien le mot qui peut caractériser son sentiment à cet instant.

Quelques mots sur l’auteur : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore David Foenkinos sachez une chose : C’est inacceptable!!!! 😉
Né en 1974, il est l’auteur de quinze romans parmi lesquels La délicatesse, Les souvenirs, Le mystère Henri Pick. Ses livres sont traduits en plus de quarante langues. Son roman Charlotte a obtenu le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2014.

NB : J’ai pris cette photo dans la cour d’honneur du Palais-Royal ou se trouvent les colonnes de Buren. J’ai n’ai pas voulu faire comme certains (sans aucune animosité) en prenant cette photo au musée d’Orsay où, je vous l’accorde, se situe la zone géographique prédominante de ce roman. Mais la beauté est partout dans Paris 🙂

« Parfois l’apparition de ce que l’on a longtemps espéré transforme le silence en vacarme. » 

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Les corps célestes – Nicolas Bréhal

Les corps célestes

Résumé : Baptiste raconte son étrange amitié pour Vincent. Dès les années collège, ils sont à l’opposé l’un de l’autre. Baptiste, qui ignore le désir charnel, accorde une importance mystique au ciel, cette voûte infinie au-dessus de nous, parce que la terre lui inspire la solitude, le désordre et le doute. Vincent, lui, est attiré par les deux mondes: terrestre et céleste. Il aime les femmes mais on dirait qu’il ne sait comment mener son existence. Pourtant, Baptiste et Vincent sont plus qu’inséparables, complémentaires. Après une longue séparation, ils se retrouvent. Vincent est marié à une comédienne très séduisante, Mathilde, qui confond le théâtre et sa vie. Mais il continue, presque malgré lui, à étendre ses conquêtes. Vincent a une relation avec Constance, jeune étudiante bourgeoise et cultivée, prostituée à ses heures. Puis, trouvant les plaisirs terrestres insuffisants, il approchera les mystère amoureux de l’abstraction surnaturelle. Comme autrefois, Baptiste sera plus que l’ami de Vincent. Il vivra sa vie, comme un double, un alter ego.

Mon avis :  Ce roman a eut le pouvoir de me transpercer.            Quelle puissance!
Baptiste et Vincent unit par une amitié amoureuse, ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre même si tout les opposes. A deux, il ne font qu’un, dans une décadente adversité. Leur amour est réel, profond et fusionnel parfois ambiguë mais il est véritable, platonique. Tout deux élèves puis professeurs en philosophie nous trace le portrait de l’amour, du pouvoir de l’illusion et du destin. Un magnifique duo que Paris met en scène. Nicolas Bréhal nous signe ici, une véritable merveille dont je me suis délecter. J’y retrouve la puissance des mots, la complexité des émotions et une sensualité omniprésente typique de la plume de cet auteur. Je vous conseille vivement de le lire, de vous en inspirer  et surtout, de l’aimer.

Extrait choisi : Le ciel sans aucun nuage, parfaitement bleu et lumineux, confère au monde une stabilité soudaine. À première vue, il donne l’impression que le temps ne passe plus et qu’une telle limpidité, à la mesure de l’infini, nous protège de tout désordre…
Avec Vincent, tout avait débuté dans le fantasme (pendant un temps, il avait été la métaphore vivante de quelques illusions et émotions). Maintenant, c’était autre chose : le rapprochement créait un vrai désir, un sentiment qui ne m’agitait plus, et en lequel j’acceptais d’engager ma responsabilité. Hors de ce qu’il continuait à symboliser pour moi, je sentais mon réel pouvoir à cerner toute demande ou toute attente de sa part, dont ma réponse l’eût encouragé à vivre.

Quelques mots sur l’auteur : Je ne veux pas réitérer ici la présentation de cet auteur, je vous laisse jeter un œil sur un article que je lui est déjà consacré juste ici ⇒ Le sens de la nuit 

« Pour qu’un livre soit inoubliable, il doit donner l’éternel regret qu’on ne l’ait pas écrit. »

Un immense merci pour votre soutien. C’est toujours un réel plaisir de voir que « mon travail » ne vous laisse pas indifférent. 😉

Amicalement vôtre

Hanae

 

Publié dans Romans contemporains

Le sens de la nuit – Nicolas Bréhal

Le sens de la nuit Nicolas Bréhal

Résumé : Pour certains esprits sensibles, la fin du jour est un passage qui révèle la dualité du clair et de l’obscur, du connu et de l’inconnu. Mais à d’autres, qui sont franchement bouleversés, ce mystérieux passage dénonce un combat plus ambigu encore: le pur contre l’amour, le bien contre le mal. Le sens de la nuit cerne l’inconscient d’un assassin, son malheur à tuer. Il analyse le dédoublement magique de Gaspard, la schizophrénie insidieuse qui l’amène à se glisser dans le crime comme dans un « sommeil oublieux ».

Mon avis : Parfois, il y des livres que l’on achète et que l’on oublie, cachés dans un recoin de notre bibliothèque, ils sont là, patientant sagement que l’on s’y intéresse, que l’on prenne le temps de les toucher, de les sentir et surtout, de les lire. Je me souviens très bien de ce jour où, j’avais terminé un roman et comme un compulsif affamé, il m’en fallait un autre. Mais lequel choisir? Je parcours ma bibliothèque, de mes doigts, je les touche un par un. Non, pas celui-là! Déjà lu! Pourquoi pas celui-ci! Non, je ne suis pas en phase de le lire pour le moment! Quand, Le sens de la nuit apparaît à moi, dans un recoin légèrement en retrait, pas aligné, reclus des autres livres. Voilà un titre intéressant qui pique ma curiosité. Depuis quand ai-je ce roman? Je n’avais aucun souvenir d’avoir en ma possession un livre de ce genre. Je m’arrête un instant sur cette photo, cette jeune femme visiblement désemparée en pleine rue dont le flou de cet instant nous cache une évidente vérité. Je pousse le vice et je le retourne, je lis le résumé, le relis une deuxième fois et me voilà conquis. Après deux jours d’une lecture intense où j’ai pu, grâce à la plume de Nicolas Bréhal, parcourir toute une palette d’émotions, je peux vous dire désormais que ce roman a marqué mon année 2017. Le roman se déroule à Paris, dans un été où il y fait particulièrement chaud, il est question de plusieurs personnages, ils se connaissent peu voir pas du tout mais ils sont liés par une seule et même dualité. Il y a Marge, jeune femme à la dérive, amoureuse de Thomas et amie de Sabine, autre oiseau rebelle des nuits parisiennes sans oublier Marcus, chauffeur de taxi travaillant exclusivement le soir venu. Comment tous ces personnages et quelques innocentes victimes découpées au couteau vont-ils se télescoper dans la danse de folie meurtrière orchestrée par Gaspard? Gaspard, fils d’un aveugle, se sentant lui-même enfant de la nuit, notre assassin «lâche et romantique» nous est décrit au hasard des pérégrinations de notre amie Marge. Un testament littéraire qui serre la gorge. Bref, un roman déroutant, parfois dérangeant, qui décrit dans une précision presque chirurgicale les bas-fonds de la folie, du désarroi mais aussi de l’amour. N’est-ce pas ça la littérature? Un roman qui dénote et nous pousse aux questionnements? Quoi de mieux que les maux de notre société pour révéler une parcelle de notre mal-être? C’est un roman noir mais paradoxalement plein d’espoir. Je vous conseille vivement cette lecture. Depuis ce jour, ce roman a une place beaucoup plus évidente dans ma bibliothèque 😉

Extrait choisi : Première nocturne : Depuis des années, la fin du jour condamnait Marge à une petite mort. Quand le soleil sombrait, elle se rendait compte combien son existence était vague, nuageuse, fragile, et son anxiété incommunicable. Pendant quelques instants, où qu’elle fût, Marge s’éclipsait. J’ai approché un assassin qui, dans la tradition des grands monstres du crime, devenait fou à la tombé du soir. « Le crépuscule excite les fous » écrit Baudelaire dans l’un de ses petits poèmes en prose; puis il évoque la nuit comme un vrai moment d’espoir et d’apaisement. (Faut-il le croire?…)

Quelques mots sur l’auteur : Gérald Solnitzki dit Nicolas Bréhal, né à Paris le 6 décembre 1952, mort à Levallois-Perret le 31 mai 1999 est un écrivain français, lauréat du Prix Renaudot en 1993 pour Les corps célestes. Le sens de la nuit est son huitième et dernier roman paru en 1999 aux éditions Gallimard.

Publié dans Mes rencontres

Rencontre avec un auteur – Amélie Nothomb

Amélie Nothomb et moi

Bon, tout le monde connait Amélie Nothomb, nul besoin de lui tirer le portrait ou de rédiger son autobiographie. On le sait tous, Amélie Nothomb est reconnue depuis désormais une bonne vingtaine d’années à être une écrivaine extrêmement prolifique qui, comme un métronome, publie chaque année pour chaque rentrée littéraire un roman et toujours aux éditions Albin Michel. Qu’elle est également reconnue pour être très proche de ses lecteurs et qu’elle en apprécie leur relation épistolaire. Moi-même, j’ai une relation de ce genre avec Amélie ;-). Je consacre un article sur elle car, en fouillant un peu dans ma mémoire, je réalise que c’est grâce à cette auteure que j’ai repris goût à la lecture, à en apprécier ses effets et délecter mon imagination de toutes ces histoires.

En effet, j’ai le souvenir que, quand j’étais au collège dans la classe de sixième que ma vielle prof de français nous donnait comme lecture du Stendhal, du Kafka et du Baudelaire le français devenait soudain une langue venue d’une lointaine galaxie et mon esprit quant à lui… plongeait dans le néant. Mais comment, à l’âge de 10/12 ans apprécier ces classiques de la littérature? A moins d’être surdoué… Ce n’était pas mon cas. Donc pour moi l’image de la littérature à cette époque était… comment dire! ENNUYEUSE. Rassurez-vous, je me suis rattrapé depuis le jour où j’ai lu l’hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. J’ai tout simplement dévoré ce livre en une seule journée, j’ai été totalement bouleversé par l’histoire, l’écriture et les personnages. Une véritable révélation pour moi. Cet été-là, j’ai le souvenir d’avoir acheté tous les romans parus d’Amélie et comme un boulimique en pleine crise, j’ai dévoré toute son oeuvre. Cosmétique de l’ennemie, biographie de la faim, ni d’Adam ni d’Eve etc… c’était juste INCROYABLE.  Il est important d’honorer le roman qui nous a marqué. De le ressortir des placards et de le sublimer comme il se doit. Donc oui, mon médium, mon facteur déclencheur, mon électrochoc littéraire fut Amélie Nothomb. C’est désormais grâce à elle que ma bibliothèque déborde de romans en tous genres, que ma curiosité est toujours suscitée. J’aime son style fantasmagorique. Ma bibliothèque se doit de toujours accueillir le dernier Nothomb.

Amicalement vôtre

Hanae

Publié dans Mes rencontres

Rencontre avec un libraire – La tête ailleurs le

La tête ailleurs LOGO

 

Dans cet article je vais vous parler de ma rencontre avec une librairie que j’affectionne tout particulièrement pour différentes raisons. J’ai eu la chance de m’entretenir avec une personne tellement passionnée que notre échange en fut constructif et envahi de respect.

Prenons le métro, plus précisément la ligne 9 et arrêtons-nous à la station Saint-Ambroise. Située dans le onzième arrondissement de Paris (sur la rive droite de la Seine entre les places de la Nation, de la République et de la Bastille, à quelques pas du Bataclan), dans la rue de la Folie-Méricourt, au numéro 42, se trouve une librairie toute charmante et charmeuse au nom rêveur LA TÊTE AILLEURS. Le grincement de la porte est une invitation au voyage et nous sommes frappés par ces m² ou aucun livre ne se bouscule. Tout y est organisé, rangé et mis en valeur par les mains expertes de trois femmes, collègues dans la vie comme au travail, elles sont animées par une seule et même passion. Tout sourire, elles vous accueillent, prennent le temps qui, lui, s’arrête un instant. Isabelle, Maryse et Sophie, amoureuses des livres, sont là, pour vous servir. Je suis sous le charme.

J’ai pris un beau jour mon courage à deux mains et j’ai contacté l’une d’entre elles via facebook pour pouvoir éventuellement les rencontrer et leur poser quelques questions. D’une incroyable gentillesse et rapidité j’ai obtenu ma réponse et dès le lendemain me voici en compagnie d’Isabelle avec qui j’ai pu échanger.

L’interview:

Hanae: « Bonjour Isabelle, avant tout, je tiens à vous remercier de me recevoir et de prendre du temps pour moi. Comment est né votre projet d’ouvrir une librairie et depuis quand celle-ci a vu le jour? »

Isabelle: « Bonjour Hanae, tout le plaisir est pour moi. Notre librairie, la tête ailleurs à vue le jour le 26 mai 2016, cela va faire bientôt 2 ans. Je ne suis pas seule, nous sommes trois, trois copines pour cette belle aventure qui je l’espère, va durer le plus longtemps possible. Nous sommes des passionnées de livres. Travaillant dans la communication nous avons décidé de réaliser notre rêve. Comme on dit: « Rome ne s’est pas faite en un jour », nous nous sommes longuement concertées, nous avons pris du temps et effectué les démarches nécessaires et depuis… nous voilà :-). »

Hanae: « Comment gérez-vous votre temps de travail et toute l’organisation interne? Car j’imagine, le travail en amont doit être conséquent? »

Isabelle: « En effet, cela demande beaucoup d’organisation, mais chacune de nous sait quoi faire. Nous travaillons à coté pour subvenir aux besoins donc nous nous répartissons les plages horaires en demi journée. Cela nous laisse du temps pour honorer nos rendez-vous professionnels. Quant aux achats et commandes des livres, c’est Maryse qui s’en occupe. Elle prend contact avec les représentants des maisons d’éditions. Pour les choix de romans dans notre librairie, nous fonctionnons avec nos coups de cœur, aux tendances actuelles et nos proches qui nous guident sur les choix de romans dans certaines catégories comme l’histoire et les sciences humaines. Nos journées sont bien remplies et on adore ça. »

Hanae: « Quel est l’avantage pour vous, d’acheter dans une librairie indépendante? »

Isabelle: « Oh! Il y a de nombreux avantages. Tout d’abord le contact avec les gens, l’échange. C’est très important. Nous avons créé une véritable relation avec nos clients c’est super agréable de nous reconnaître. Je dirai aussi que le rapport est direct, sans fioritures, nous sommes dans l’intime. Par exemple, un client peut nous conseiller un livre qu’il faut absolument lire. Le conseil va dans les deux sens. C’est génial. On ne retrouve pas cela dans les grandes enseignes ou du moins pas aussi intimiste. Nous sommes ici, dans le véritable, le partage et la communication. Et, grâce à la loi Lang, le prix des livres reste unique, cela limite clairement la concurrence. »

Hanae: « Isabelle, ma prochaine question est personnelle et j’aimerai avoir votre réponse sans réflexion. Totalement brute. Quelle est selon vous la recette d’un bon roman? »

Isabelle: « C’est avant tout une question de feeling. Si un roman à du style, une belle histoire, de l’inattendu, des personnages complexes et attachants ou du moins qu’il vous crée une émotion, alors le livre a tous les ingrédients pour être un bon roman. C’est propre à chacun, pour ma part, je suis bouleversée par les romans historiques qui parlent de la guerre et des camps de concentration. L’histoire de ces personnages et de leurs drames, moi, ça me bouleverse. Je vous conseille de lire les romans d’Irène Némirovsky. »

Hanae: « Une dernière question pour vous Isabelle. Quel est votre rapport face au numérique? »

Isabelle: « Je ne suis pas contre, cela peut être pratique. J’ai essayé de lire sur une tablette mais ce n’est pas fait pour moi, j’ai besoin de toucher le livre, tourner ses pages, sentir son odeur. Le lien est plus puissant. Avec une liseuse, je trouve la sensation froide sans âme. Mais, je dois lui reconnaître des avantages comme par exemple, une tablette ne prend pas de place et l’on peut y stocker plusieurs romans et puis pour des personnes avec des problèmes de vue, ils peuvent agrandir le texte etc… Mais, je suis peut être pas née à la bonne époque. Internet a quelque chose d’hallucinant, on peut tout faire avec, mais j’aime prendre mon dictionnaire pour y chercher un mot, j’aime chiner des romans. En fait, j’aime les pages…

Voilà pour moi un véritable coup de cœur. Je vous conseille de visiter cet endroit magique.

Libraire LA TÊTE AILLEURS

42, rue de la folie-méricourt
75011 Paris
09 81 77 40 60

Mardi-samedi: 10h30-19h30
Dimanche-lundi: 15h-19h30
Jeudi: nocture jusqu’à 22h

contact@la-teteailleurs.com

N’hésitez surtout pas à liker la page Facebook juste ici: Librairie LaTêteAilleurs

 

Publié dans Mon Paris

mon Paris, mes librairies

mon Paris, mes librairies

Comme le disait si bien Ernest Hemingway, Paris est fête…       Alors festoyons !!!

Je vais vous parler des librairies indépendantes de Paris que j’affectionne tout particulièrement. Elles sont pour moi le symbole, le reflet et l’âme de cette ville. Bien entendu, il n’y a pas que les librairies parisiennes en France (Dieu soit loué) mais vivant dans la capitale et passionné de romans, je me dois de parler de ces petites charmeuses.

Paris abrite pas moins de 116 librairies indépendantes (pas mal quand même =D). De la rive gauche à la rive droite en passant par le square des Batignoles, le Marais, le jardin des plantes ou encore l’île Saint Louis, Saint Sulpice, Barbès Rochechouart ou le célèbre quartier de Montmartre, chaque arrondissement possède ses librairies indépendantes.

Mais, qu’est ce qu’une librairie indépendante ?

Voila une question loin d’être figée mais d’après quelques recherches et démarches auprès de certains libraires, j’ai pu obtenir des réponses plutôt concrètes. Avant toute chose, il y a deux critères principaux.

  • Premièrement, l’indépendance financière : en effet, la société est possédée uniquement par le/la libraire qui y travaille.
  • Deuxièmement, c’est le/la libraire qui décide des livres qu’il/qu’elle met en rayon sans obligation vis-à-vis de l’éditeur.

Voilà, nous y venons grâce à la deuxième option, celle qui pour moi, est la plus intéressante, le libraire CHOISIT les livres qu’il souhaite vendre et comme tout bon passionné se respectant, les choix diffèrent. C’est comme cela que nous trouvons dans Paris des librairies indépendantes avec des thèmes bien particuliers. INSOLITE

Vous trouverez ci-dessous quelques librairies que j’affectionne ÉNORMÉMENT
Alors n’hésitez pas une seule seconde et allez y jeter un coup d’œil.

La librairie OFR

C’est une vraie référence en matière de mode, de design, de photographie etc… Nous y trouvons bien évidemment des livres mais aussi pleins d’accessoires comme des bougies, écharpes … Au fond d’une cour, un atelier propose des vernissages ainsi que des ventes privées.

20, rue du petit Thouars 75 003 Paris

La librairie des Abbesses

Il paraît que, quand on aime les livres, on repère instinctivement les librairies. C’est un peu comme les bars-tabac pour un fumeur. Avec celle-ci, nullement besoin d’être accro. On la voit bien vite quand on sort du métro ABBESSES, dans la rue Yvonne le Tac pourtant légèrement en retrait. (Le mur des JE T’AIME en devient une option). De sa devanture toute de noir laquée, on sent que ça déborde de livres.
Ce sont 60m² pour plus de 15 000 ouvrages, je vous laisse imaginer. Un véritable petit paradis sur terre. Comme sa boutique, la propriétaire à du caractère. Marie-Rose Guarniéri figure incontournable de la scène littéraire parisienne.

30, rue Yvonne le Tac 75 018 Paris

Un petit coup d’œil : La librairie des Abbesses

La Librairie Shakespear and compagny 

Cette librairie est LA référence-même de la littérature anglophone. Toute proche de la cathédrale Notre Dame de Paris, vous pourrez emportez des livres chinés sur des étagères pleines à craquer tout en sirotant un bon café.

37, rue de la Bûcherie 75 005 Paris

Un petit coup d’œil  :  Shakespear & Co

Je ne vais pas vous énumérer ici toutes ces librairies insolites. J’y reviendrais plus tard et plus en détail dans une autre rubrique. C’était juste un aperçu pour vous faire partager mon amour pour ces librairies et leurs cavernes d’Ali Baba parfois touchantes, loufoques, excentriques mais tellement attachantes. Dès que l’on franchit leur porte, mis à part la décoration et l’odeur du papier imprimé, on entre dans leur monde et étrangement, on est chez nous. Il y a l’échange de notre passion commune mais surtout, ce qui est le  plus important pour moi, c’est ce véritable contact humain.

Le temps s’arrête et on en ressort… conquis.

Un esprit plus convivial et feutré que certaines grandes enseignes dont je ne citerais pas le nom. 😉

Eh les ami(e)s ! J’ai oublié de vous dire : tous les ans, au début de l’été, les libraires de Paris vous invitent chez eux, à faire la fête. « LE PARI DES LIBRAIRES » 😉

Pour plus d’information: parislibrairies.fr

Amicalement vôtre

Hanae

mon Paris, mes librairies

PS: Voici LE guide à avoir dans son sac, sa poche, son porte feuille… Comme La RATP et ses transports, les librairies indépendantes proposent ce petit feuillet qui énumère toutes les librairies de la capitale. Parfait pour un roadtrip découverte et des achats assurés.